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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : les sonates pour piano d'Hélène de Montgeroult par Nicolas Horvath

Montgeroult

Après avoir tiré de l'oubli la musique de piano d'Anne-Louise Brillon de Jouy, Nicolas Horvath se lance le défi de présenter celle de sa contemporaine Hélène de Montgeroult. L'intégrale de ses neuf sonates est réunie pour la première fois au disque, dont certaines inédites. On découvre l'univers foisonnant, visionnaire pour l'époque, de pièces requérant une exécution souvent presque athlétique. À écouter... avec modération.

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Pianiste, compositrice, pédagogue, Hélène de Montgeroult (1764-1836) connaît une belle carrière de pianiste au XVIIIème siècle finissant, avant d'échapper à la guillotine en 1793 pour avoir voulu quitter la France, sauvée qu'elle fut par le fondateur de l'Institut national de musique. Elle est nommée professeure en 1795.  Elle est l'auteur d'une volumineuse méthode de piano publiée en 1820, intitulée ''Cours complet pour l'enseignement du forte piano, conduisant progressivement des premiers moments aux plus grandes difficultés''. Elle croisera le chemin de musiciens célèbres comme Dussek, Viotti ou Reicha et tiendra salon comme sa compatriote Brillon de Jouy. Elle publie ses trois recueils de sonates entre 1795 et 1811, qui apportent une contribution majeure au répertoire français de la fin de la période classique et du début du romantisme. Autant de fresques impressionnantes de par leur richesse d'invention et la manière de jouer le pianoforte, dont elle éprouve toutes les ressources, ce qu'elle améliore encore au fil des trois volumes.

Le style en est complexe et chargé. Pour reprendre un mot célèbre lancé à Mozart par l'empereur Joseph II : « Trop de notes, …. » ! La mélodie est souvent enrobée dans une écriture syncopée et une débauche de rythmes très rapides. Leur technique est exigeante, trilles incessants et autres appogiatures, croisements de mains fréquents pour contraster les registres. Les quatre premières sonates sont en deux mouvements vifs écrits dans la même tonalité mais de caractère différent, selon le modèle italien. Puis les œuvres s'enrichissent d'un troisième mouvement, de tempo lent, voire même d'un quatrième dans le cas de la sonate N°1 de l'op.5. Ces pièces écrites pour le pianoforte devaient sonner de manière bien différente de ce qu'on peut entendre aujourd'hui. Car selon Deborah Hayes et Nicolas Horvath, auteurs d'une plaquette très documentée, « le forte-piano avait un son plus léger que le piano moderne... l'aigu était moins percutant ». Il n'empêche, bien que le pianiste prenne en compte ces éléments dans son interprétation, la restitution sur un Steinway Grand ne peut cacher un effet percussif certain qui peut devenir fatigant, surtout lorsqu'on écoute ces pièces les unes à la suite des autres. Ainsi des sonates de l'op.1 où des indications comme Prestissimo, Allegro vivace ou agitato conduisent à un débit confinant à la frénésie sonore, singulièrement au second mouvement des sonates N°2 en Mi bémol majeur et N°3 en Fa mineur, cavalcades effrénées dans un fourmillement sonore étourdissant.

Les sonates de l'op.2, de 1800, voient l'émergence d'une élégance classique et l’affinement du langage. Comme il en va de la Sonate op.2 N°2 en Do majeur qui fait se succéder un Allegro moderato, d'une manière toute mozartienne, un Andantino quasi allegretto et un con brio final d'une belle différentiation thématique. La sonate suivante en La mineur cultive une façon d'improvisation. Dans les sonates de l'op.5, de 1811, la mélodie se fait plus importante et les développements plus conséquents, à l'aune de l'évolution stylistique qui se fait jour à l'époque. La Sonate op.5 N°1 en Ré majeur, la plus développée de toutes et en quatre mouvements, aligne un vaste Allegro spiritoso doté d'un étonnant enchevêtrement de thèmes, un sombre Adagio, un bref Allegro assai, amorce de scherzo et un finale Presto dans un tempo de danse de sartarello endiablé. Le discours est proche du piano de Joseph Haydn. Les deux dernières sonates se distinguent par un renforcement des contrastes majeur-mineur et par leur mouvement lent central, Aria con espressione à la manière d'un choral chez l'une, Adagio non troppo chantant dans l'autre.

Il faut louer la perspicacité de Nicolas Horvath permettant de remettre en lumière ces musiques brillantes qui enrichissent le répertoire du piano français du début du XIXème siècle. Il les joue avec la technique experte qu'on lui connaît et dans un souci d'authenticité bien que sur un piano moderne. Et ce avec le toucher léger et preste qui marquait ses interprétations du piano d'Anne-Louise Brillon de Jouy, ajouté ici à une manière nécessairement athlétique eu égard au langage particulier d'Hélène de Montgeroult. Saisi de près dans une acoustique mate, l'instrument bien centré est très présent.

Texte de Jean-Pierre Robert     

Plus d’infos

  • Hélène Antoinette Marie de Nervo de Mongeroult : Trois Sonates pour le forte-piano, œuvre première. Trois sonates pour le forte-piano, œuvre deuxième. Trois sonates pour le forte-piano, œuvre cinquième
  • Nicolas Horvath, piano
  • 2 CDs Grand Piano : GP885-86 (Distribution : Naxos/ Outhere Music)
  • Durée des CDs : 75 min 39 s + 81 min 02 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5) 

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Nicolas Horvath, Hélène de Montgeroult, Femmes compositrices

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