L'Enfer des anges : un drame méconnu à découvrir sans attendre (en Blu-ray et DVD)

Blu ray L Enfer des Anges 00

Note artistique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile grise(4/5)

Synopsis

Après avoir été battu puis abandonné par son père, Lucien est retrouvé amnésique par Lucette, une jeune fille évadée d’une maison de redressement. Livrés à eux-mêmes dans une cité malfamée, les deux enfants cherchent tant bien que mal à s’intégrer à la population misérable de ce bidonville de l’est parisien. Confrontés à la pauvreté, la drogue et la violence quotidienne mais unis par une profonde affection, Lucette et Lucien vont tenter de se construire une nouvelle vie.

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• Titre original : L'Enfer des anges
• Support testé : Blu-ray
• Genre : drame
• Année : 1941
• Réalisation : Christian-Jaque
• Casting : Louise Carletti, Jean Claudio, Jean Tissier, Lucien Gallas, Serge Grave, Marcel Mouloudji, Félix Claude, Berthe Tissen, Robert Rollis, Sylvia Bataille, Bernard Blier, Fréhel, Dorville
• Durée : 1 h 34 mn 23
• Format vidéo : 16/9
• Format ciné : 1,37/1 Noir et Blanc
• Sous-titrage : français, anglais
• Piste sonore : DTS-HD MA 2.0 monophonique français
• Bonus : Fin alternative inédite et restaurée (8 mn 30) - Entre le noir et le sombre, entretiens exclusifs autour du film avec Noël Very, Philippe Roger, Didier Griselain (45 mn 15, réalisation Roland-Jean Charna) - actualités Pathé d'époque : Les Îlots insalubres (1931, 0 mn 42), La Lutte contre les taudis (1938, 1 mn) et Lancement du premier Festival de Cannes (1939, 6 mn 18) - DVD du film
• Éditeur : Pathé !

Commentaire artistique

D’abord affichiste et décorateur de cinéma, Christian-Jaque passe à la réalisation en 1932 et devient un des cinéastes les plus actifs du cinéma français tout au long d’une carrière forte de presque soixante longs métrages. On lui doit plus d’un titre devenu des classiques : François Ier (1937), L’Assassinat du père Noël (1941), La Symphonie fantastique (1942), Fanfan la Tulipe (1952), etc. En 1938 il dirige Les Disparus de Saint-Agil adapté par Pierre Prévert (non crédité) du roman de Pierre Very : une magnifique fantaisie qui invite le spectateur à vivre une histoire fertile en émotions à travers la vision enfantine. L’année suivante il réalise L’Enfer des anges qui ne sortira qu’en 1941. Le film avait été sélectionné pour être projeté au premier Festival International de Cannes, prévu du 3 au 20 septembre 1939, mais la manifestation fut stoppée par l’entrée en guerre de la France et reportée en 1946. Ce n’est qu’en 2019 que le film restauré (celui de cette édition) sera présenté à Orléans, la ville natale de Jean Zay, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, initiateur du festival. L’Enfer des anges reprend une partie du casting et des techniciens du film Les Disparus de Saint-Agil : cette fois-ci c’est un scénario original de Pierre Very, s’appuyant sur les recherches de terrain d’Alexis Danan de Paris Soir et dialogué par Pierre Laroche, qui sera adapté et qui décrit le quotidien des enfants abandonnés dans les quartiers insalubres de la capitale d’avant-guerre. C’est en quelque sorte l’antithèse du film précédent dont le tableau social d’une grande noirceur surprend par l’intensité de son intrigue et la conviction de ses comédiens. La maltraitance enfantine y est vigoureusement pointée du doigt à travers la destinée de quelques « anges » : la jolie et fragile Lucette incarnée avec grâce par Louise Carletti (tout aussi charmante que dans Nous les gosses, 1941, une autre restauration Pathé !) le jeune amnésique Lucien joué par Jean Claudio et laissé pour mort par ses parents ignobles (Fréhel et René Bergeron), et divers autres enfants parmi lesquels on reconnaîtra Marcel Mouloudji. Les adultes ne sont guère reluisants : Jean Tissier excelle en souteneur amoral par son jeu ostentatoire et Jean Petitot compose une affreux philatéliste salace. Seuls Bernard Blier en patron de café sporadique et Dorville en clodo, magnifiquement solidaire des enfants maltraités, rachètent un peu les turpitudes humaines. Grâce à la qualité de la restauration en 4K et de l’édition blu-ray (limitée à 3 000 exemplaires), la photographie bouleversante en clair-obscur d’Otto Heller est détaillée avec une précision qui accentue le caractère naturaliste du film et son contenu documentaire, révélant la crasse et l’insalubrité de certains quartiers de Paris dans les années 30/40. C’est bel et bien un enfer, physique et psychologique, que nous décrit L’Enfer des anges avec ses personnages et ses décors absolument désespérants où l’enfance innocente est bafouée jusqu’à la tragédie : difficile d’être insensible à la condition atroce que les plus petits devaient endurer même si la version restaurée, seule subsistante (cf. bonus), se clôt sur une mince note d’espoir ! Christian-Jaque n’a pas son pareil pour diriger les enfants comédiens et réussit parfaitement à saisir la fragilité, l’ingénuité et la puérilité qui les caractérisent. Un film difficile dont le carton d’entrée annonce la couleur « ce film expose dans sa cruelle vérité la détresse de l’enfance abandonnée… » et la mission « …sauver ceux qui feront la France de demain… », tout un programme qui justifie sa vision n’en déplaise aux critiques de l'époque qui lui reprochaient son excès de misérabilisme et de pittoresque. Rappelons que Christian-Jaque a souhaité faire ce film après avoir constaté par lui-même - dans les années 30 - la sordide réalité de la zone de Saint-Ouen dans laquelle, telle une favela, on ne pénétrait qu’accompagné ! L’Enfer des anges n’était pas qu’une simple fiction nourrie de conventions mélodramatiques mais bien un drame social chargé d’éveiller les consciences : un réquisitoire plus qu’une enquête sociologique. Sa force toujours intacte en rend la vision plus que poignante, à l’image de la délicate Louise Carletti, absolument inoubliable.

 

Blu ray L Enfer des Anges

Commentaire technique

Version de 1941 avec la fin optimiste de la première version (deuxième version pessimiste pas retrouvée) restaurée en 4K par L’Image retrouvée en 2019 à partir du négatif caméra original 35 mm et d’un « marron » (tirage de sécurité)

Image : copie HD, définition remarquable compte-tenu de la date du film, piqué variable du à la reconstruction du film mais généralement excellent, grain argentique donnant une texture très cinéma, gestion impressionnante des contrastes avec des noirs profonds et des gris harmonieux, image propre et stabilisée, un travail de restauration à saluer

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Son : mixage français 2.0 monophonique, belle clarté des dialogues malgré les défauts dus à l’âge comme le bruit de fond audible et l’écrêtage des aigus, excellent équilibre voix et ambiances sans distorsion

Notre avis

Image : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile grise(4/5)
Mixage sonore : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile demi bleueetoile grise(3,5/5)
Bonus : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile demi rougeetoile grise(3,5/5)
Packaging : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile griseetoile grise(3/5)

IMDb : https://www.imdb.com/title/tt0268284/

 

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