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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : hommage à Nadia Boulanger, maître de musique

DearMademoiselle

  • ''Dear Mademoiselle''
  • Astor Piazzolla : Le Grand Tango
  • Igor Stravinsky : Suite italienne (arr. de Gregor Piatigorsky)
  • Nadia Boulanger : Trois Pièces pour violoncelle et piano
  • Elliott Carter : Sonate pour violoncelle et piano
  • Philip Glass : Tissue N°7
  • Michel Legrand : Medley pour violoncelle et piano (arr. de Astrig Siranossian et Nathanaël Gouin)
  • Quincy Jones : Soul Bossa Nova (arr. d'Astig Siranossian & Nathanaël Gouin)
  • Astrig Siranossian (violoncelle), Daniel Barenboim (Boulanger), Nathanaël Gouin (piano)
  • 1 CD Alpha : Alpha 635 (Distribution : Outhere Music)
  • Durée du CD : 72 min 08 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5)  

Ce CD est un hommage à la grande pédagogue que fut Nadia Boulanger, appelée ''Mademoiselle'' par ses élèves, comme Daniel Barenboim, et les compositeurs qu'elle inspira, au nombre desquels Stravinsky, Carter, Glass, Michel Legrand ou Quincy Jones. Le genre pratiqué est ici celui du duo violoncelle et piano, autour d'une de ses compositions. Et dans des interprétations qui fleurent aussi bien le respect voué à cette grande dame de la musique que la haute qualité d'exécution.

Nadia Boulanger (1887-1979) reste une figure marquante de la vie musicale du XXème siècle, surtout en tant que pédagogue. Encore que ses talents de compositrice, tout comme ceux de sa jeune sœur Lili prématurément disparue, soient tout aussi reconnus et ravivés récemment dans un CD de mélodies. Bien des musiciens importants du siècle passé ont bénéficié de ses conseils, comme Stravinsky, Bernstein, Piazzolla ou Glass. Comme des interprètes tel Daniel Barenboim qui à partir de 1954 et durant plusieurs années, bénéficia de son enseignement. Cette prédominance américaine chez ses élèves est à rattacher au fait que Nadia Boulanger est à l'origine, avec sa sœur, de la création, durant la Première guerre mondiale, du Comité franco-américain. De même, elle intégra en 1921 l'équipe des professeurs du nouveau Conservatoire américain de Fontainebleau, dont elle deviendra directrice en 1949 et ce jusqu'à sa mort en 1979. Par ailleurs, elle se rendra aux USA en 1940, enseignera à Harvard et y multipliera conférences et concerts. À partir de son retour en France en 1946, elle recevra à son domicile parisien du 9ème nombre de musiciens et bien des élèves.

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Nadia Boulanger Igor Stravinsky
Nadia Boulanger avec Igor Stravinsky en 1941 ©Fondation Nadia et Lili Boulanger/ DR

Le programme du CD s'articule autour d'une des compositions peu connue de Nadia Boulanger : Trois Pièces pour violoncelle et piano. Écrites à partir de 1911, d'abord pour l'orgue pour les deux premières, elle les transposera pour violoncelle et piano, forme dans laquelle l’œuvre sera publiée en 1914. La ''Pièce N°1'', marquée ''modéré'', livre une discrète méditation, la ligne sinueuse du violoncelle s'unissant à un accompagnement fluide du piano. Puis le discours se détend en un chaud crescendo avant qu'il ne retrouve la discrétion du début. La ''Pièce N°2'', ''sans vitesse et à l'aise'', offre un chant lyrique au cello tout aussi contenu, de ton combien gallique. La ''Pièce N°3'', notée ''vite et nerveusement rythmé'', est pleine d'élan, vive et guillerette avec une partie médiane qui revient à la manière méditative des deux premiers morceaux. La présence de Daniel Barenboim au piano est on ne peut plus signifiante, lui qui rappelle combien il doit à ce professeur tant admiré son premier attachement français.

Pour marquer la relation artistique essentielle entre Nadia Boulanger et Igor Stravinsky, est donnée la Suite italienne, de 1932, tirée de Pulcinella, dans l'arrangement pour violoncelle et piano dû au celliste Gregor Piatigorsky. Toute la saveur de cette musique néoclassique, initiée de Pergolèse, ressort de la combinaison des deux instruments, une sorte de quintessence chambriste. Le jeu extrêmement raffiné des présents interprètes y est pour beaucoup, au fil des cinq séquences : ''Introduzione'' en forme de marche, ''Serenata'' presque berceuse, ''Aria'' bien chantante et dansante, sans doute la partie de l’œuvre où l'on s'éloigne le plus de l'original et de son côté parodique, ''Tarentella'' cocasse dans le traitement du cello. ''Minuetto & Finale'' enfin mêle le sage et le rageur. Astor Piazzolla vient étudier à Paris chez Nadia Boulanger en 1954. Découvrant son passé tanguero, Mademoiselle lui dira « voilà le vrai Piazzolla, ne l'abandonnez jamais ». Est joué ici le fameux Grand Tango.

Yehudi Menuhin Nadia Boulanger
Avec Yehudi Menuhin ©Fondation Nadia et Lili Boulanger/DR

Le compositeur Elliott Carter est un des disciples les plus connus de Nadia chez qui il travaille de 1932 à 1935 la composition et l'harmonie, pour suivre sa propre voie entre langage néoclassique et retour à ses racines américaines. Sa Sonate pour violoncelle et piano de 1948 a bénéficié des conseils cumulés de Nadia et d'Aaron Copland, lui-même disciple de la Grande dame. Carter explique avoir voulu laisser à chacun des deux instruments sa posture naturelle, ce qui poussé à ses limites, caractérise un piano souvent percussif (premier mouvement, finale) et un cello très expressif, comme il en va de la longue digression au Moderato initial et de la mélodie en forme de récitatif de l'Adagio dont les envolées scrutent tous ses registres. Le second mouvement Vivace, molto leggiero, « frise la parodie de certains collègues américanisants de l'époque », dira-t-il. Le CD cite encore trois musiciens tenant des leçons de Mademoiselle Boulanger bien des bases de leur art. Philipp Glass se perfectionne chez elle en 1963, « l'un de mes anges », dira-t-il. La pièce Tissue N°7 est une longue phrase doucement lyrique du violoncelle sur un accompagnement saccadé et uniforme au clavier. Quincy Jones travaille l'orchestration avec Nadia de 1957 à 1962. Soul Bossa Nova montre combien la rigueur compositionnelle peut se traduire dans des tunes façon improvisation à la fois jazzy et sud-américaine. Enfin Michel Legrand fréquente aussi à la même époque l'appartement parisien. Il relève « c'était une femme exigeante. Je l'aimais autant que je la haïssais. Je lui dois tout ». On l'entend dans le digest de morceaux connus, de ''Peau d'âne'' ou des ''Parapluies de Cherbourg'', réunis dans Medley pour cello et piano, joué ici avec brio par la paire Astrig Siranossian et Nathanaël Gouin, décidément très inspirés par pareille entreprise.

La prise de son, très intimiste, à la salle de musique de La Chaux-de-Fonds, offre une belle fusion entre les deux instruments.
Texte de Jean-Pierre Robert 

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