Rétro-test casque Yamaha HP-50 : si vintage et tellement d'actualité

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Plus que centenaire, Yamaha est une de ces multinationales japonaises touche-à-tout. Difficile de savoir à quel moment ses premiers casques audio ont été créés, mais celui que nous testons ici n'a rien à voir avec les modèles vendus ces dernières années, toujours très musicaux certes mais beaucoup plus simples et classiques. Entre les années 1970 et 1980, cet équipementier proposait une alternative sonore et budgétaire très sérieuse face aux casques sédentaires électrostatiques très haut de gamme. Il s'agissait de sa gamme de casques audio orthodynamiques. L'un des modèles de cette gamme à très fort potentiel nous a interpellé, plus précisément le Yamaha HP-50 ! Nous le redécouvrons ici, dans ce test rétro.

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À la fin des années 1970, Yamaha collabore avec le designer industriel Mario Bellini pour élaborer son tout premier casque orthodynamique, le HP-1. Si la technologie existait bel et bien avant son apparition, le constructeur l'a fait évoluer pour ses propres casques en adoptant une membrane plus fine et quelques ajustements techniques supplémentaires.
De façon simple, le principe orthodynamique (ou plus communément appelé orthoplanar de nos jours) consiste à mettre en vibration une fine membrane plane par le biais d'une bobine ou plutôt d'un ruban conducteur, "imprimé" sur cette membrane et alimenté directement par le signal musical. Cette membrane est prise en sandwich entre de minces aimants perforés, ou deux "grilles" d'aimants, qui laissent passer les mouvements d'air et donc les ondes sonores. Par sa transmission directe, cette technologie, à l'époque et encore maintenant, se montrait abordable, précise et très performante, ce qui en faisait une bonne alternative à la technologie électrostatique, toujours supérieure, mais ô combien plus chère et encombrante du fait qu'elle nécessite une coûteuse alimentation externe.

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Ressemblant fortement au précédent HP-3 (câblé en stéréo avec prise jack 6,35 mm), le HP-50 (uniquement en mono) est sorti en 1978. Fabriqué au Japon, il a été décliné en trois versions : A, S et enfin la version classique testée ici. Si les trois références partagent donc la même structure, elles présentent quelques différences. Esthétiquement, les versions S et A sont quasiment identiques. Leur bandeau est recouvert de simili cuir et seul le câble (spiralé et très épais pour le modèle A) permet de les distinguer. Ces deux casques sont d'ailleurs câblés en unilatéral. Cela dit, techniquement, la version S était la plus facile à piloter grâce à son impédance réduite de moitié, pas moins de 150 ohms tout de même, et une entrée maximale de 1 watts, contre 300 ohms et 2 watts pour les versions A et classique ! Contrairement aux références A et S, l'édition classique était en revanche la plus légère et câblée en bilatéral. Le câble était donc relié en direct aux deux écouteurs, ce qui ne l'a pas empêché de rester en connectique 6,35 mm monophonique. Comme pour la version S, son câble est noir, épais et d'aspect mat au toucher.

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De base, ces casques HP-50 n'étaient pas du tout destinés à un usage sédentaire HiFi, contrairement aux versions HP-1, 2 et 3. En fait, ils accompagnaient les orgues Electone de Yamaha, en tant qu'équipement de monitoring, ce qui peut expliquer le choix du câblage monophonique. Mais au vu de leurs caractéristiques techniques, plusieurs utilisateurs du forum Head-fi s'amusent désormais à les recâbler en stéréo, pour un usage bien plus nomade. Vu l'engouement suscité dans la communauté des amateurs de casques vintage, nous avons donc souhaité nous faire notre propre idée. 

Passer du monitoring à la HiFi

Difficile à trouver en France, le Yamaha HP-50 ici testé nous vient directement des Etats-Unis. Avant toute intervention, nous avons d’abord mesuré sa réponse en fréquence. On constate, sans aucune modification, une belle linéarité entre 30 Hz et 1 kHz, avec peu d'accidents au-delà sur les hautes fréquences et un très bon maintien de la courbe de réponse. Quoi qu'il en soit, avec un branchement en mono, ce HP-50 n'est pas franchement utilisable en l'état. Tout en préservant un maximum d’éléments d'origine pour limiter sa dénaturation esthétique et sonore, nous souhaitions le débarrasser de sa prise de raccordement monophonique limitante (bien qu'elle soit presque indestructible et présente une excellente préhension) pour la remplacer par une fiche TRRS de 2,5 mm câblée en symétrique et en stéréo cette fois-ci. Voici pourquoi nous n'avons pas équipé le HP-50, pour le moment, d'entrées femelles jack ou MMCX sur chaque écouteur (nous le ferons uniquement lorsque le câble d'origine aura rendu l'âme).

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En toute logique, après avoir effectué cette modification, cela devrait nous permettre d'obtenir les performances brutes du casque en sortie symétrique (2,5 et 4,4 mm via adaptateur) et de pouvoir l'utiliser sur tout type d'appareil en stéréo standard, grâce à un adaptateur jack 3,5 mm ou 6,35 mm. L'esprit sonore et visuel du casque est donc conservé ; c'est ce que nous souhaitions.

Le fonctionnel est à l'honneur

Mais revenons un instant sur le design de ce Yamaha HP-50. Très simple et minimaliste, il n'utilise aucune matière noble, mais un plastique résistant beige et très léger qui a malheureusement subi les assauts du temps : certaines surfaces trop exposées à la lumière sont bien jaunies et la finition n'a rien de haut de gamme, trahie par la présence d'arêtes un peu trop brutes et saillantes. Mais le plastique présente l'avantage de sa légèreté et de sa grande souplesse. Car l'arceau, d'une largeur et courbure idéales (avec le logo Yamaha orthodynamique bien visible et moulé) ne nécessite aucun rembourrage supplémentaire pour être confortable. Rustique et sans graduations, basé sur un système de friction, le réglage de hauteur des oreillettes est approximatif mais tout à fait fonctionnel. On peut également noter un petit détail : une série de chiffres est gravée à l'intérieur d'une des branches. Autrement, les écouteurs du HP-50 ne sont pas très grands (65 mm de diamètre), même s'ils abritent des transducteurs d'un diamètre de 45 mm environ. Ils reposent sur pivot, ce qui les rend mobiles et leur permet de s'adapter à la majorité des morphologies de tête.

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Sur les écouteurs, des coussinets en simili cuir noir sont encollés. Vu leur surface relativement fine et l'âge du casque, nous avons été un peu surpris par leur bon état de conservation, qui ne nécessite pas de les remplacer. Mais s'agissant d'un casque mono, son utilisation a certainement été très limitée, ce qui peut expliquer en partie cet état. Les coussinets reposent entièrement sur les oreilles, il s'agit donc en théorie d'un casque fermé. Mais curieusement, l'isolation phonique est si faible que l'on estime son niveau entre l'ouvert et le semi-ouvert. Pour la qualité de restitution musicale, cela ne pose pas trop de problèmes. Mais votre entourage proche peut être gêné car les fuites sonores sont audibles. En dehors de ça, le confort est suffisant pour de longues sessions d'écoute, grâce à la large surface d'appui des coussinets bien sûr mais aussi grâce à l'arceau qui s'adapte à la courbure de votre tête. Même bien ajusté, il ne serre jamais de façon excessive. 

Mise en œuvre de la modification

Avant de remplacer la fiche jack d'origine, nous nous sommes aussi assurés de la bonne santé du casque. Car bien souvent, ces modèles anciens utilisent une mousse spécifique pour limiter les vibrations. Les écouteurs étant assez réduits, elle se retrouve comprimée derrière le transducteur. Par le passé, nous avions déjà secouru deux casques du même type et avions constaté que la mousse pouvait durcir ou se désagréger en se répandant dans les nombreux orifices des "grilles" aimantées, entraînant une perturbation du mouvement de la membrane.
Sur le Yamaha HP-50, pour accéder aux transducteurs, il faut d'abord décoller les coussinets. Vu leur âge, l'opération est très délicate et il faut s'en acquitter avec soin car ils pourraient être fortement abîmés à cause d'une colle de type néoprène. Ceci fait, ils dévoilent 4 clips permettant d'ouvrir les oreillettes. Une fois démontés et le transducteur mis de côté, on remarque la présence d'un filtre à poussière et d'un filtre audio blanc, tous deux dans un état impeccable.

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Moins bien conservée, la mousse est tout de même dans un très bon état esthétique et fonctionnel. Elle n'a pas durci et ne se désagrège pas. C'est préférable car la remplacer pourrait altérer sérieusement le son d'origine puisque l'on aurait beaucoup de mal à en retrouver une identique et neuve. Concernant la remise en place des coussinets, il est possible d'utiliser tout simplement du ruban adhésif double face extra fin, moins agressif que la colle néoprène. Une fois la vérification interne effectuée, nous avons d'abord choisi un sens d'écoute (s'agissant d'un casque mono, le sens d'écoute n'est pas identifié) et démarré le remplacement de la fiche jack mono. L'opération s'est révélée un peu compliquée à cause de la taille très réduite des points de soudure et des fils du câble composés de très peu de brins. 

Une seconde jeunesse...

Pour un casque de plus de quarante ans, nous nous attendions à un son moins riche, peut-être un peu plus sombre et orienté Hifi vintage, avec un léger voile et des basses un peu plus diffuses. Mais la sonorité du HP-50 modifié s'est avérée très surprenante et d'une définition exemplaire, vraiment audiophile, adaptée à tous les styles musicaux. Les mesures, avant et après modification, révèlent une perte en basses fréquences et un léger gain dans les plus hautes. En pratique, cela reste encore bien équilibré sur tout le spectre, avec des micro détails en très grand nombre, des basses extrêmement bien tenues, des vocalises proches et des hautes fréquences jamais agressives. Nous constatons un bel étagement des plans sonores, chaque son est audible, aucune superposition ne rend la restitution confuse. Comparé au HP-3 que nous avions déjà eu entre les mains il y a quelques années, le Yamaha HP-50 offre cette clarté et cette brillance qui lui manquaient tant. À l'inverse, le HP-50 ne se projette pas aussi loin dans les basses fréquences mais cela n'a vraiment rien de gênant car leur impact est fort et propre.

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Ajoutez également une largeur d'espace supplémentaire qu'offre l'écoute depuis la sortie audio symétrique d'un baladeur FiiO M11 Pro et le HP-50 mis à jour nous a procuré de très bons moments d'écoute.
Par la suite, pour une optimisation sonore, nous avons supprimé le filtre blanc afin d'obtenir un peu plus de basses-médiums (entre 10 et 400 Hz) et d'ultra hautes fréquences (supérieures à 8 kHz). Pour finir, n'oublions pas que l'impédance très élevée du HP-50, de près de 300 ohms, nécessite une puissante amplification que seuls les meilleurs lecteurs audiophiles et autres amplificateurs à casques dédiés peuvent offrir. Même notre vaillant baladeur FiiO M11 Pro a dû se maintenir entre 95 et 100 de volume (sur 120) pour obtenir une puissance d'écoute correcte, avec un gain réglé en position HIGH. Mais n'allons pas lui faire le reproche d'un mauvais rendement, le Yamaha HP-50 n'a pas été conçu pour être utilisé comme casque HiFi ou nomade, comme nous le faisons actuellement.

Le casque Yamaha HP-50 décortiqué par Slavi pour ON-Mag 

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Modifié certes, mais une belle claque vintage tout de même !

Ces dernières années, Yamaha s'est recentré sur des casques électrodynamiques plus simples, souvent professionnels. S'ils semblent encore appréciés, nous regrettons que l'équipementier centenaire expérimenté reste aussi sage, là où tant d'autres, avec un palmarès souvent moins important, nous présentent des modèles osés, aux allures de prototypes et qui marquent les esprits. Pour consolation, il faut donc s'orienter vers le marché de l'occasion et les casques vintage orthodynamiques de la marque. Malgré une structure spartiate résistante et fonctionnelle, le Yamaha HP-50 se situe à un niveau d'écoute surprenant au vu de son âge. Il s'est montré tellement convaincant qu'il nous est difficile de croire, les yeux fermés, que nous sommes en présence d'un casque aussi âgé. Ses performances sont réellement de niveau audiophile et adaptées à tout style musical. Alors pour ceux qui souhaiteraient profiter de ces anciens casques assez exceptionnels, il ne faut pas tarder : extrêmement difficile à dénicher sur le sol français, la série orthodynamique de Yamaha tend à se raréfier et les prix ne cessent de grimper...

Site du fabricant : Yamaha

Spécifications officielles

  • Référence : HP-50
  • Type : casque supra-auriculaire fermé, filaire
  • Technologie : orthodynamique (planar)
  • Réponse en fréquence: 20 Hz - 20 kHz
  • Sensibilité: 93 dB mW
  • Impédance : 300 Ω
  • Puissance d’entrée max. : 2 W
  • Poids du casque : 210 grammes
  • Prix d'époque :60 $

 L'avis d'ON-mag

  • Construction :  etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile grise (4/5)
  • Polyvalence : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile grise (4/5)
  • Ergonomie et Confort : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile grise (4/5)
  • Musicalité : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile grise (4,5/5)


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Mots-clés: Yamaha

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