Deux chefs-d’œuvre d’Eisenstein en haute définition (en Blu-ray et DVD)

Blu ray Eisenstein Nevski Ivan 00

Note artistique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge(5/5)

Synopsis

Alexandre Nevski : la Russie du XIIIème siècle. Subissant encore le joug mongol, elle est attaquée à l'ouest par les chevaliers teutoniques. Nevski, prince pacifique qui règne sur un peuple de pêcheurs, est appelé afin d'organiser la lutte. Son armée populaire rencontre les Teutons sur le lac gelé…

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Ivan le Terrible : devant l'incapacité des régents, le jeune Ivan décide de se faire couronner. Mais sa tante, qui voudrait voir son fils Vladimir sur le trône, avec la complicité des boyards, fait empoisonner la tsarine. Ivan se retire alors dans un monastère. Le peuple rappelle Ivan.

• Titre français : Alexandre Nevski - Ivan le Terrible - Ivan le Terrible La Conjuration des Boyards
• Titre original : Aleksandr Nevsky - Ivan Groznyy - Ivan Groznyy. Skaz vtoroy: Boyarskiy zagovor
• Support testé : blu-ray
• Genre : historique
• Année : 1938, 1944, 1946 (1958)
• Réalisation : Sergueï M. Eisenstein
• Casting : (1) Nikolaï Tcherkassov, Nikolai Okhlopkov, Andrei Abrikosov, Dmitri Orlov, Vasili Novikov, Nikolai Arsky (2) Mikhaïl Zarov, Ludmila Tzelikovskaia, Nicolaï Tcherkassov, Mikhaïl Nazvanov, Pavel Kadotchnikov, Seraphina Birman
• Durée : 1 h 43 mn 25 - 1 h 35 mn 17 - 1 h 21 mn 52
• Format vidéo : 16/9
• Format ciné : 1,37/1 Noir et Blanc
• Sous-titrage : français
• Pistes sonores : DTS-HD MA 2.0 monophonique russe
• Bonus : entretiens avec Kristian Feigelson, professeur de cinéma à La Sorbonne Nouvelle (1) Alexandre Nevski, une fresque épique (23 mn 28) (2) Ivan le Terrible, un film dans l’Histoire (26 mn 21)
• Éditeur : Bach Films

Commentaire artistique

Alexandre Nevski, chef-d’œuvre du cinéma mondial, présenté ici dans la version restaurée en 2015 par Mosfilms, est clairement un film épique historique qu’il faut comprendre comme une œuvre de propagande contre toute menace en direction de l’URSS. Sergueï M. Eisenstein réalise son film en 1938 dans un contexte d’expansionnisme germanique et il n’est guère difficile de faire le parallèle entre les agresseurs (Mongols, Tatars, Livoniens) que son protagoniste Alexandre Nevki combat avec succès au 13e siècle dans le film et la montée en puissance du national-socialisme aux frontières de l’empire stalinien. Les cartons de clôture sont sans ambiguïté et de nombreuses allusions au nazisme sont symbolisées par la présence et les attitudes des chevaliers teutoniques. Fortement manichéen, ne reculant devant aucun cliché, la fourberie des ennemis et la noble grandeur patriotique du héros, Alexandre Nevski a tout du film de propagande stéréotypé chargé de galvaniser la nation contre l’envahisseur et imprégné par les idéaux communistes sur la lutte des classes, l’élan nationaliste et l’anticléricalisme. L’acteur principal, imposée par Staline, est Nikolaï Tcherkassov, un membre du parti qui interprète son personnage avec affectation mais dont la photogénie remarquable contribue à l’intensité de l’action. Sous contrôle étroit du parti, le réalisateur n’a aucune liberté artistique et intellectuelle sur le scénario et la réalisation : il écrira cependant que le patriotisme était la motivation unique de la création de ce film et que son art découlait de ses profondes certitudes dans le légitimité du communisme. Pourtant il va réussir à imposer ses recherches en matière d’esthétique et de langage cinématographique qui classent définitivement son film dans les œuvres incontournables du 7e Art. Longuement étudié par les spécialistes du monde entier, Alexandre Nevski est une œuvre unique dont toutes les composantes (image, son, interprétation, montage) sont traitées à l’extrême et débouchent sur un spectacle expressionniste grandiose. Le jeu affecté des comédiens, très artificiel, devient un élément de cet esthétisme exacerbé de l’art total prôné par le cinéaste théoricien du cinéma. Les incroyables cadrages d’Édouard Tissé et les magnifiques éclairages participent à la splendeur du film : la fameuse séquence de la bataille finale du lac Peïpous (tournée en plein été avec de faux glaçons), inspirée par un film de D. W. Griffiths, est une véritable leçon de mise en scène qui fera date. Son dynamisme, amplifié par le montage (gros plans, musique), a souvent été comparé à une symphonie cinématographique dont l’emphase homérique transcende l’évènement historique. Alexandre Nevski est bien l’œuvre d’un génie du 7e Art qui aurait mérité une édition aux suppléments plus copieux.

Sergueï Eisenstein, promu directeur artistique du studio Mosfilm en 1941, entreprend le tournage de son dernier film Ivan le Terrible qui est conçu comme une épopée épique en trois parties. La première, tournée en 1944, dépeint le prince Ivan comme unificateur d’un pays morcelé qu’il fédère en devenant le tsar Ivan IV de Russie. L’équipe d’Alexandre Nevski est reconstituée avec Nikolaï Tcherkassov (imposé) dans le rôle-titre, Édouard Tissé derrière la caméra (en compagnie d’Andreï Moskvine) tandis que Serge Prokofiev compose la musique. Du fait de la guerre, le tournage est déplacé à Alma-Ata : la magnifique photographie en noir et blanc, la somptuosité des décors et des costumes, les éclairages étudiés contribuent à magnifier le personnage historique auquel s’identifiait Staline qui va récompenser le film du Prix Staline (1945). La seconde partie, tournée dans la foulée en 1946, qui bénéficie d’une importante figuration et de séquences en couleurs (grâce à la saisie de lots de négatifs Agfacolor après la chute de Stalingrad), change de tonalité : Ivan est désormais présenté comme un despote paranoïaque. Staline l’interprète immédiatement comme une critique du culte à sa personne et, fâché par l’image donnée de la garde personnelle du Tsar, les opritchiniki, fait interdire le film. La troisième partie restera inachevée et son négatif probablement détruit : Ivan le terrible clôt hélas la carrière de son réalisateur, interdit de sortie d’URSS et qui meurt en 1948. Tout comme Alexandre Nevski, mais hissé un cran au-dessus, l’art total cher à Sergueï Eisenstein atteint dans Ivan le terrible son paroxysme avec une fusion de tous les arts (cinéma, danse, architecture, opéra) : une fresque grandiose - dès la séquence du couronnement - sublimée par la magie de sa mise en scène, le sens de l’action, la fascination exercée par un jeu inoubliable de regards et la forte impression provoquée par les éclairages dramatiques et les incroyables gros plans. Les décors sont époustouflants et savamment calculés (porte basse obligeant les acteurs à se baisser). Tous les études s’accordent à souligner le sens profond de la tragédie qui sous-tend ce film, pourtant dépourvu de réelle émotion, qui synthétise la théorisation du cinéma selon son auteur en une apogée de l’esthétisme aux savantes recherches plastiques aidées par l’apport de la couleur. Ivan le terrible est un film que tout amateur de cinéma, cinéphile ou non, devrait avoir vu : qu’on soit subjugué ou non par son traitement, le film reste une leçon de cinéma inégalée qu’il faut au moins avoir expérimentée au moins une fois dans sa vie de spectateur. Dommage qu’au regard d’un tel monument, le supplément offert soit si limité.

 

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Commentaire technique

Alexandre Nevski

Image : copie HD, nouveau master de 2015, image propre débarrassé de ses défauts, bonne définition, excellent piqué sur les gros plans, très bon contraste, noirs profonds, blancs nuancés, échelle de gris régulière
Son : mixage russe 2.0 monophonique au niveau trop bas et affecté d’un souffle assez prononcé, spectre très limité avec des aigus défaillants

Ivan le Terrible

Image : copie HD, master 2014, première partie avec une superbe définition, un piqué remarquable, un grain très limité, un superbe contraste aux noirs profonds et aux gris étagés, la deuxième partie est un peu moins bien définie, des images plus granuleuse, un bon contraste, un étalonnage chaud pour la parie couleurs avec une colorimétrie restreinte (rouge, noir, jaune), image exempte de défaut
Son : mixage russe 2.0 monophonique, affectée par un bruit de fond persistant, dialogues et musique clairs, spectre limité dans les aigus

Notre avis

Image : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile demi rouge(4,5/5)
Mixages sonores : etoile bleueetoile bleueetoile demi bleueetoile grise(2,5/5)
Bonus : etoile rougeetoile rougeetoile griseetoile griseetoile grise(2/5)
Packaging : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile griseetoile grise(3/5)

IMDb
Alexandre Nevski : https://www.imdb.com/title/tt0029850/
Ivan le Terrible : https://www.imdb.com/title/tt0037824/
Ivan le Terrible La Conjuration des Boyards : https://www.imdb.com/title/tt0051790/

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