Skip to main content
PUBLICITÉ
  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Jean-Nicolas Diatkine joue les Préludes de Chopin

Au sujet de l'interprétation des Préludes et de la troisième sonate, le pianiste Jean-Nicolas Diatkine indique avoir « recherché à retrouver de Chopin la spontanéité de l'instant, la respiration et le phrasé des chanteurs dont il recommandait une écoute assidue à ses élèves ». 

De fait, ses exécutions sont marquées au sceau de la rigueur, notamment quant à un strict usage du rubato et au dosage de la pédale. À une grande exigence est associé un évident souci de cantabile. L'approche ne se permet que peu de liberté avec le texte. Et pourtant, le résultat respire la spontanéité. À travers un jeu qui fuit la démonstration virtuose au profit d'une naturelle expressivité : la profondeur plus que la flamboyance, le simplicité plus que la brillance. On est loin des clichés souvent associés à l'exécution des œuvres du compositeur polonais, qui confinent parfois à la volonté de surprendre à tout prix. Ainsi de la Sonate N°3 pour piano en Si mineur op.58. Si différente des deux autres, elle ouvre de nouvelles perspectives au genre de la sonate en termes formel et de contenu expressif. Le pianiste en sublime ici la complexité autant que la charge émotionnelle. L'Allegro maestoso révèle sa richesse thématique et rythmique, comme toutes ses tensions, au développement en particulier, là où s'affirme le souci chez Chopin de ne pas se répéter. Le Scherzo se caractérise par la fluidité du Ier thème, dont l'emportement tumultueux n'est nullement exagéré, et le calme du second, accalmie bienvenue. Le trio possède son rythme de berceuse. La puissance quasi martiale des premiers accords du Largo impose un cantabile logé dans le registre grave du piano, proche du recueillement. Le finale Presto ma non tanto déploie une vitalité non tapageuse dont la pulsation sait se parer de sérénité, loin d'une agitation factice. 

LA SUITE APRÈS LA PUB

Des 24 Préludes op.28 Jean-Nicolas Diatkine offre une vision pareillement pensée, y ajoutant « la liberté de l'improvisation », selon sa juste formule. Cette somme pianistique que Chopin place dans l'héritage des Préludes et Fugues de JS Bach, offre au musicien matière à affirmer pleinement son style. Ils sont salués à leur parution en 1839, notamment par Liszt qui observe : « tout y est de premier jet, d'élan, de soudaine venue... Ils ont la libre et grande allure qui caractérise les œuvres de génie ». Les Préludes diffèrent entre eux en termes de tempos, de durée, de climats expressifs, et surtout de timbres, souvent aux couleurs chatoyantes. Si plus d'une pièce paraît s'inscrire dans les divers genres pratiqués par Chopin, tels que Nocturne, Étude ou Ballade, voire Mazurka, toutes possèdent un caractère propre. Et leur somme forme un cycle cohérent, invitant à partager une large gamme d'émotions. La construction en est rigoureusement élaborée, dans une étonnante économie de moyens. La présente interprétation se nourrit de ces paramètres, laissant à l'auditeur tout loisir de fertiliser son imagination. Quelques exemples, parmi les morceaux de tempo rapide d'abord : le troisième prélude, en Sol majeur dont le chant si flexible à la main droite évolue sur un balancement de la gauche, le huitième en Fa dièse mineur, comme un feu dévorant, où la fluidité du discours conserve une belle dose de legato, ou encore l'enchaînement des Nos 10 (fusée de la main droite), 11 (sorte d'esquisse fuyante, toute de légèreté) et 12 (Presto forcené par sa répétition enivrante dans une allure obsessionnelle). Au compte des pièces plus lentes : le second prélude, en La mineur, sorte de glas, la plainte presque désespérée du N°4 en Mi mineur, là où « tout se replie et s'éteint dans une sorte de néant » (Bernard Gavoty), le caractère nostalgique nocturne du N°13, le Largo majestueux et hiératique dans les accords graves du vingtième, où tout semble s'assagir dans l'impassibilité. On apprécie encore l'art de l'effleurement que le pianiste distille dans le 23ème prélude, le chant élégiaque du N°6 ou au contraire la véhémence du N°18. Il ajoute le Prélude op.45 en Ut dièse mineur qui cultive une instabilité tonale, à rapprocher des pièces les plus lyriques, et encore le Prélude op. posthume en La bémol majeur.

La prise de son studio en Autriche capte avec naturel le Steinway Grand et restitue toute la clarté du jeu du pianiste.
Texte de Jean-Pierre Robert 

Plus d’infos

  • Frédéric Chopin : Sonate pour piano N°3 op.58. 24 Préludes op.28. Prélude op.45. Prélude op. Posth. en La bémol majeur
  • Jean-Nicolas Diatkine, piano
  • 1 CD Solo Musica : SM 433 (Distribution : Socadisc)
  • Durée du CD : 72 min 18 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5) 

CD disponible sur Amazon



Autres articles sur ON-mag ou le Web pouvant vous intéresser


Frédéric Chopin, Jean-Nicolas Diatkine

PUBLICITÉ