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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Alexandre Kantorow joue Brahms

Brahms Alexandre Kantorow

Pour son nouveau disque consacré à Brahms, Alexandre Kantorow joue deux œuvres appartenant à la première période dite ''nordique'' du maître allemand, les Ballades op.10 et la troisième sonate pour piano. Avec une extrême maestria qui pousse les contrastes à l'extrême et confine parfois à la fresque épique, ce qu'une prise de son très ample accentue particulièrement.

Les quatre Ballades op.10, de 1854, sont inspirées d'une vieille ballade écossaise ''Edward''. Et conçues comme poétiquement illustratives avec la liberté formelle qu'implique ce type de pièce pianistique. Ainsi de la première, Andante, instaurant un climat âpre et d'une sombre grandeur à travers le dialogue figuré entre une mère et son fils, celui-ci ayant tué le père. Kantorow associe une manière presque cataclysmique dans la narration de cette terrible histoire et le côté presque aérien de certaines répliques. Tout en contraste, les cinq épisodes très différents de la seconde ballade sont poussés à l'extrême par le pianiste, entre véhémence et sérénité. La teinte schumanienne appert cependant. L'Intermezzo, en forme de scherzo qui forme la troisième pièce, se distingue par un déhanchement fantastique se révélant inquiétant, presque démoniaque sous les doigts de Kantorow. Le passage en trio est mystérieux à souhait grâce à un toucher d'elfe, presque debussyste. Enfin la dernière ballade, plus intime, « une méditation poétique », selon Claude Rostand, garde son intériorité par un jeu tout en finesse.

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Écrite l'année précédente, en 1853, la Sonate pour piano N°3 en Fa mineur op.5 est un vaste poème pianistique. Un sommet du piano romantique. Ses larges dimensions comme ses caractéristiques compositionnelles l'ont fait qualifier de « symphonie déguisée », pour reprendre le mot de Schumann. La construction en arche propose 5 mouvements. La vision d'Alexandre Kantorow frappe d'emblée par sa large différentiation dynamique. Ainsi le début de l'Allegro maestoso est-il empoigné dans un geste tumultueux, alors que le second thème con espressione se différencie par son infinie douceur. Ces écarts de dynamique caractérisent l'exécution de l’œuvre dans tous ses mouvements, alternance de toucher tour à tour percussif dans les grands climax et évanescent dans le registre ppp. Ce dernier embellit l'Andante espressivo, page fascinante s'il en est, qu'Arrau qualifiait de « plus belle musique amoureuse après Tristan ». En résumé, comme il en est de Ballades, on a affaire à une interprétation exaltante, d'un artiste aux dons hors du commun, comparé à la pléiade de ses jeunes contemporains. Extrêmement pensée dans ses plus infimes détails, elle creuse sans vergogne les extrêmes : passages rapides et véhéments, presque féroces, trilles ppp déliés d'une rare délicatesse, et un usage important de la pédale forte. Philippe Entremont fustige pourtant l'excessive pratique de cette dernière, chez certains pianistes actuels, qui « vous donnent l'impression de jouer dans une cathédrale » (in ''Piano ma non troppo'', Ed. de Fallois, 2015). Une vision bien différente des références que sont celles hier d'Arrau ou de Rubinstein ou actuellement de Zimerman ou de Sokolov.

Pour conclure un programme généreux, il ajoute l'arrangement qu'a fait Brahms lui-même de la fameuse Chaconne extraite de la Partita N°2 pour violon seul de JS Bach. Il est tiré des Cinq Études pour le Pianoforte, réalisées entre 1869 et 1879, d’œuvres de Chopin, de Weber et de Bach. Cet arrangement est conçu pour la seule main gauche. On trouve chez Alexandre Kantorow le même souci des contrastes dans les diverses sections de cette pièce puissante.

L'enregistrement a été réalisé dans la Nef des Dominicains de Guebwiller, ancien couvent et aujourd'hui Centre culturel de rencontre, qui a vu naguère Clara Schumann y interpréter des Lieder de son ami, Johannes Brahms. L'acoustique est très ample, comparable à celle d'une vaste salle de concert, l'instrument placé à une distance raisonnable, mais occupant tout l'espace sonore. Sont resituées comme à la loupe toutes les harmoniques du Steinway D, ses aigus percussifs et une substantielle résonance du registre grave, ajoutant au jeu très pédalé du pianiste. Une prise de son, certes d'un beau relief, mais pas toujours confortable.

Texte de Jean-Pierre Robert 

Plus d’infos

  • Johannes Brahms : Ballades op.10. Sonate pour piano N°3 en Fa mineur op.5. Chaconne (extr. de la Partita N°2 pour violon seul ; arr. pour la main gauche)
  • Alexandre Kantorow, piano
  • 1 CD Bis records : Bis-2600 (Distribution : Outhere Music France)
  • Durée du CD : 85 min 16 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile grise (4/5) 

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