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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : transcriptions pour violon et piano de Saint-Saëns

Saint Saens Danse Macabre

Pour le troisième volume du projet d'enregistrement de l’œuvre de musique de chambre pour violon et piano de Saint-Saëns, Fanny Clamagirand aborde les transcriptions, la plupart de l'auteur lui-même. Un sympathique florilège de pièces célèbres qui trouvent dans ces arrangements une autre vie, grâce aussi à une interprétation racée et sincère.

Saint-Saëns a beaucoup écrit pour le violon, concertos, pièces concertantes, sonates et autres morceaux de musique de chambre. Il s'est aussi adonné au genre de la transcription pour cet instrument d’œuvres d'autres compositeurs, mais aussi des siennes. Et ce dans une manière ne se résumant pas à une simple réduction d'un original avec orchestre, mais dans le dessein de créer une œuvre distincte. Dans le travail de transcription, ne convient-il pas de distinguer ce qui ressort du fond du morceau, lequel ne saurait être modifié, et du langage employé, qui se doit d'être adapté eu égard à ses propres paramètres : « du moment qu'un morceau passe d'un moyen d'exécution à un autre, il doit s'accommoder aux nouvelles conditions », écrira Saint-Saëns à son éditeur Durand. Ainsi le style souvent déclamatoire des originaux orchestraux laisse place à une écriture plus intime et subtile dès lors qu'il s'agit du dialogue entre deux voix. Un bon exemple est la fameuse Danse macabre op.40 qui devait connaître plusieurs versions, dont un poème symphonique (1874) et cet arrangement avec accompagnement de piano réalisé en 1877. L'épisode lyrique au médian gagne en intimisme. De même, la Havanaise en Mi majeur op.83 prend-elle une saveur plus secrète ici que dans sa version orchestrée, même dans ses passages rapides, car le récit semble techniquement plus raffiné.    

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On entendra avec intérêt d'autres compositions tout aussi inspirantes dans ce format. Comme cette étonnante version de l'Ouverture de l'oratorio biblique Le Déluge op.45, dont le schéma tripartite adagio-fugue-récitatif acquiert dans le face-à-face du violon et du piano une aura de grande ferveur, là encore l'écriture lyrique dévolue au premier en étant magnifiée jusqu'à la note filée finale. La Prière, op 158bis, offre pareille ferveur dans l'arrangement violonistique réalisé en 1920 d'une pièce originalement conçue pour violoncelle et orgue l'année précédente. Comme bien de ses contemporains, Saint-Saëns a été séduit par les rythmes ibériques. Outre celui de la Habanera, on lui doit aussi l'élan de cette Jota aragonese op.64, plus vraie que vraie, ses brefs thèmes se succédant, s'entrelaçant ou se superposant à l'envi. Le Caprice andalou op.122, de 1904, distille une rêverie poétique joliment dansante et haute en couleurs, au long de diverses variations à partir d'un thème d'origine populaire noté par le compositeur lors d'un séjour à Cadix, et illustrant la belle province espagnole méridionale. Cette fois, la version chambriste a précédé celle pour l'orchestre.

Le CD permet également d'entendre deux arrangements de pièces de Saint-Saëns réalisés par d'autres musiciens. C'est le cas de Bizet pour Introduction et rondo capriccioso en La mineur, dédié à Pablo de Sarasate. Le rythme de habanera est là aussi l'épine dorsale d'un morceau enlevé dont le succès ne s'est jamais démenti. Eugène Ysaÿe en fera autant du Caprice d'après l’Étude en forme de valse, savoir la 6ème de l'op.62 : une pièce qui annonce la couleur on ne peut plus virtuose dès l'entame et se déploie en variations habilement différentiées, autant d'exercices de haute voltige sollicitant tous les registres du violon. Enfin, en première au disque, est donné l'Air de Dalila que Saint-Saëns a écrit en 1918 pour la Reine Élisabeth de Belgique, grande mélomane et elle-même violoniste, mais jamais publié. Dans ce qui est le premier air de l'héroïne de l'opéra Samson et Dalila ''Printemps qui commence'', le violon se substitue à la voix et sa grande courbe mélodique, sans pour autant en épouser servilement l'écriture première pour orchestre dans ce qui serait une sorte de traduction littérale.

Le violon intense de Fanny Clamagirand offre à toutes ces pièces des sonorités d'un vrai naturel, évitant le pathos. La suprême finesse du trait, jusqu'à des aigus filés comme immatériels, y est pour beaucoup comme la sincérité des interprétations. Vanya Cohen jouant un Bösendorfer propose une réplique à l'écoute et pianistiquement immaculée.  

La prise de son, dans l'écrin feutré de la Bibliothèque Henry et Isabel Goüin de l'Abbaye de Royaumont, participe de l'ambiance intimiste qui fait tout le prix de ces interprétations et la balance violon-piano est irréprochable.

Texte de Jean-Pierre Robert 

Plus d’infos 

  • Camille Saint-Saëns : Danse macabre, op.40. Jota aragonese, op.64. Prélude (extr. de l'oratorio Le Déluge, op.45). Havanaise en Mi majeur, op.83. Introduction et Rondo capriccioso en La mineur, op.28. Prière, op158 bis. Caprice andalou, op.122. Air de Dalila (extr. De l'opéra Samson et Dalila). Caprice d'après l’Étude N°6 en forme de valse (op.52/6)
  • Fanny Clamagirand (violon), Vanya Cohen (piano)
  • 1 CD Naxos :  8.574314 (Distribution : Naxos)
  • Durée du CD : 68 min 01 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

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Saint-Saëns, Fanny Clamagirand, Vanya Cohen

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