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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : l'âge d'or de Venise, Vivaldi et les autres

Vivaldi LAgeDor

Il ne faut pas s'y tromper, ce CD ne focalise pas sur l'âge d'or de Vivaldi, mais bien de Venise. Là où à la période baroque se produit une effervescence musicale inouïe, à l'aune de celle de la vie sociale où tout un chacun aspire à se divertir quel que soit son rang. Pour l'illustrer, Marianne Piketty a composé un portrait tout en contrastes des musiques qui fleurissent alors dans la Sérénissime. De Vivaldi bien sûr - avec des inédits au disque ! – sans doute le plus illustre de ses enfants, mais aussi de ses contemporains, Strozzi, Turini, Albinoni, jusqu'à Monteverdi.

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« Venise est l'endroit où la musique est la meilleure », écrivait à Jean-Jacques Rousseau le compositeur musicologue anglais Charles Burney. La fascination exercée par la Sérénissime sur les musiciens semble sans limite. Le foisonnement artistique du moment se retrouve dans leurs compositions où se mêlent genres, styles, voire influences opposées. Ainsi de Barbara Strozzi (1619-1677), une des rares femmes compositrices du baroque, dont est donnée la pièce ''Lagrime mie'', extraite d'une de ses nombreuses cantates, ici dans une reconstitution au seul violon due à Olivier Fourès. Francesco Turini, dans sa Sonate a tre ''Il Corisino'' (le petit cœur), de 1621, allie diverses danses de style populaire dans un savant travail en répons entre deux violons. Tomaso Albinoni, le dilettante, manie la manière brillante, comme dans sa Sinfonia en Sol mineur d'une folle agilité. Un musicien comme Domenico Gallo donne dans la galanterie vénitienne, comme dans sa Sonata n°2 et son Allegro en forme de ritournelle. Le peu connu Marc'Antonio Ziani pratique un thème à la mode, celui du ''sepolcro'' dans sa Sinfonia en Do mineur, par un récitatif intense sur le mode Largo, puis fugué et quelque peu théâtral. Question théâtre, Monteverdi en sera le chantre. Est donnée ici une diminution (réduction) pour théorbe, violon et ripieno d'une introduction instrumentale à une aria de son opéra Le Couronnement de Poppée : une improvisation, sorte d'entrée en matière.

Vivaldi participe bien sûr pour beaucoup de cet âge d'or vénitien, de sa prolifique et diversifiée production. Parmi celle-ci, Marianne Piketty a choisi un florilège de pièces, dont certaines n'avaient pas encore été enregistrées, si tant est qu'il en existe encore ! Ainsi de la version originale du Concerto de violon en Si mineur RV 390 qui fait se succéder un long premier mouvement, un Larghetto où les pizzicatos des cordes amènent la mélodie du soliste et la soutiennent, enfin un finale rageur. Le Concerto pour violon et violoncelle en Sol majeur RV 814 a été écrit pour deux des demoiselles de l'Ospedale della Pietà, Chiaretta, la violoniste, et Teresa, la celliste. Là aussi le superbe Larghetto médian et ses intenses unissons des deux solistes est entouré de deux Allegros hyper virtuoses, avec jeu en répons et éclatant de vie. Le Concerto pour cordes en Sol mineur RV 157 célèbre les éminentes qualités techniques de l'orchestre de cette même institution vénitienne, à propos duquel Vivaldi dira « je pense que le meilleur et le plus précis concert que j'ai entendu dans ma vie fut joué là-bas, rien que par des femmes ». Le Concerto pour 4 violons RV 553 déploie une joute éblouissante entre les quatre parties dans un tempo très soutenu aux mouvements extrêmes entourant un Largo apaisé, moment de réflexion plus sérieux. La Sonata a Quattro ''Al Santo Sepolcro'' RV 130 se cale dans cette thématique sépulcrale déjà citée et rappelle qu'entre théâtre et église le chemin n'est pas si éloigné.

Avec ses trois consœurs violonistes et leurs autres collègues à l'alto, au violoncelle, à la contrebasse, au théorbe et au clavecin, Marianne Piketty livre des exécutions frôlant l'exubérance, fort articulées, parfois même boulées dans les mouvements rapides. Les contrastes avec les séquences lentes en sont d'autant plus marqués, celles-ci intensément expressives, dont celles à son propre violon. Partout la qualité instrumentale est au plus haut niveau.

L'enregistrement à l'Abbaye de Noirlac offre une ambiance très ample au point que la formation de 9 musiciens sonne comme s'ils étaient cinquante. Pour séduisant qu'il soit, l'écrin sonore semble bien généreux en l’occurrence.

Texte de Jean-Pierre Robert 

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  • ''Vivaldi L'âge d'or''
  • Antonio Vivaldi : Sinfonia pour cordes et basse continue ''la Verità in Cimento'', RV 739. Concerto de violon en Si mineur, RV 390. Sonata a Quattro ''Al Santo Sepolcro'', RV 130. Concerto pour violon et violoncelle, RV 814 ''per Chiaretta e Teresa''. Grave (tiré du Concerto en Ré majeur, RV 562). Concerto pour 4 violons, RV 553. Concerto pour cordes, RV 157
  • Barbara Strozzi : Lagrime mie
  • Francesco Turini : Sonata a tre ''Il Corisino''
  • Tomaso Albinoni : Sinfonia en Sol mineur, Si 7
  • Marc'Antonio Ziani : Sinfonia en Ut mineur ''del Sepolcro''
  • Domenico Gallo : Allegro non molto (extr. de la Sonata N°2)
  • Claudio Monteverdi : Basso di ciaccona (extr. de L'Incoronazione di Poppea)
  • Le Concert idéal, violon & direction musicale : Marianne Piketty
  • 1 CD Evidence : EVCD 076 (Distribution : [INTEGRAL])
  • Durée du CD : 69 min
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile grise (4/5)

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