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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : la Petite messe solennelle de Rossini dans sa version chambriste

GioachinoRossini

Voici, en première au disque, la version originale de la Petite messe solennelle de Rossini, savoir avec accompagnement de deux pianos et d'harmonium, issue de la nouvelle édition critique de la Fondation Rossini de Pesaro (2013). L'ultime chef-d’œuvre de l'auteur du Barbier de Séville, son dernier ''péché de vieillesse'', retrouve un climat chambriste et de ferveur que ne dispense pas toujours la version orchestrale pourtant conçue par lui. D'autant qu'interprété avec l'immense talent des présents interprètes. Une découverte majeure.

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« Œuvre splendide et étrange », selon le chef Giulio Prandi, la Petite messe solennelle de Rossini a connu une genèse en plusieurs étapes, depuis les premières ébauches d'un Kyrie pour chœur et piano (1862) écrit à la mémoire d'un ami disparu, le compositeur Louis Niedermeyer, jusqu'à une Messe complète composée pour le banquier et amateur de musique Alexis Pillet-Will (1864), en passant par une Messe de gloria pour solos, chœur, pianoforte et harmonium en 1863. Retiré de la scène musicale depuis son opéra Guillaume Tell, le musicien écrira encore à ses heures ses « péchés de ma vieillesse » comme il les appelait, dont des pièces sacrées. Sa ''Petite messe'', dont il disait ne pas savoir si c'était « de la musique Sacrée ou de la Sacrée musique », dans une boutade célèbre, est pourtant à placer aux côtés de ses grandes réussites pour l'opéra. La partition requérait à l'origine un effectif restreint, avec quatre solistes, un chœur de moyenne importance et surtout un accompagnement tout aussi réduit, constitué de deux pianos et d'un harmonium. La sonorité particulière de ce dernier témoigne de la recherche du timbre le plus proche de l'orgue. En tout cas la réunion de ces seuls instruments témoigne de la volonté du compositeur d'écrire non pour les foules, mais à destination d'un cercle restreint d'auditeurs. Quoique bien accueillie lors de sa création, il est certain que pour atteindre un plus large public, l’œuvre devait être orchestrée. Rossini s’y attellera en 1867, sans pouvoir en soigner le dernier état. Et c'est dans cette version avec orchestre que la messe est le plus couramment donnée et enregistrée.

C'est toutefois à la version initiale que le présent disque revient. Et ce en utilisant des instruments d'époque : un piano Érard de 1838, un Pleyel de 1856 et un harmonium Alexandre à mains doubles de 1890. Et en recourant à un chœur composé de 16 chanteurs (4x4 sopranos, altos, ténors et basses). Le résultat est tout simplement confondant. La légère boursouflure qui ne manque pas de transparaître de la version orchestrée, même dans des interprétations légendaires (Corboz, Giulini), ne se retrouve nullement ici. Et même le côté opératique de certaines séquences est-il ravalé au rang presque anecdotique. On en revient à l'intimisme voulu par Rossini. Sans pour autant perdre l'idée d'une liturgie associant mélodisme bel cantiste, contrepoint strict et ensemble choral substantiel.            

Le mérite en revient d'abord au chef Giulio Prandi qui ne cache pas son enthousiasme pour l’œuvre et a cherché à se rapprocher le plus possible de l'original par un choix judicieux de tempos et de couleurs. Et surtout un travail sur la signification de ce qu'est une œuvre de musique sacrée et d'abord sa fonction essentiellement liturgique, par un retour à une sobriété digne de la polyphonie des grands prédécesseurs, comme Palestrina. Sa direction est d'une grande sobriété, dotée de délicatesse souvent, dégageant une indéniable ferveur et une puissance communicative. Cette version chambriste porte la marque du style du dernier Rossini : un mélodisme, certes encore proche de celui de l'opéra, mais décanté désormais, des contrastes non appuyés, notamment dans la rythmique de marche souvent privilégiée, assez atypique pour ce type de musique, mais combien rossinienne. Enfin des voix solistes soumises à une moindre pression, même si encore parfois traitées avec brillance dans les airs en solo : ainsi le ''Domine Deus'' proche d'une cabalette décidée, pour le ténor, le ''Quoniam'' aux accents résolus pour la basse, et surtout le ''Crucifixus'' et le ''O Salutaris'' s'agissant de la soprano. L'accompagnement offre une tournure d'extrême clarté, car habilement distribué entre les trois claviers. De même, la répartition des séquences entre solistes et chœur est-elle tout à fait originale, celui-ci étant doté d'une fonction essentielle. Ainsi au Kyrie qui lui est entièrement dévolu, dont la séquence ''Christe eleison'' a cappella. Le Gloria débute et se termine aussi par une section chorale. Le Credo culmine sur un fugato monumental. La prestation du chœur Ghislieri est un des joyaux de cette exécution : malléabilité des voix, limpidité des timbres, douceur des attaques, tenue exemplaire dans les pianissimos.

Les solistes sont tout aussi remarquables, tous quatre faisant montre d'une belle discrétion. Le ténor Edgardo Rocha, bien connu pour ses interprétations rossiniennes à l'opéra, souvent aux côtés de Cecilia Bartoli, asservit l'éclat de son timbre à un discours sans ostentation. La mezzo Josè Maria Lo Monaco, dans une partie qui n'a pas d'air solo proprement dit mais se voit gratifiée d'un duo envoûtant avec le chœur à l'Agnus dei final, déploie une ligne de chant d'une grande sobriété. Conduisant la fin de la messe à un haut degré d'intensité de par la mélodie syncopée et sinueuse sur un chœur à voix basses au ''Dona nobis pacem''. Christian Senn adopte pareille retenue dans les parties de basse qu'il adorne de teintes claires, proches du baryton. Enfin Sandrine Piau illumine ses interventions de soprano solo ou dans les ensembles avec l'art qu'on lui connaît et une magistrale diction empreinte de gravité. La sonorité particulière de l'harmonium complète celle des deux pianos d'époque, de timbres l'un et l'autre bien différents. Singulièrement le piano I, un Érard de 1838 à la tonalité claire, tenu par le pianofortiste et claveciniste Francesco Corti, apporte son aura à ces exécutions. Outre qu'il se voit confier un immense solo instrumental, le ''Prélude religieux pendant l'Offertoire'', destiné à apporter une respiration entre Credo et Sanctus.   

La prise de son, dans une salle d'un palais à Padoue, de par sa proximité, contribue largement au caractère intimiste de l'interprétation. On signale une belle spatialisation des trois instruments à clavier et des voix solistes comme une image sonore bien proportionnée quant au chœur.

Texte de Jean-Pierre Robert

  • Gioachino Rossini : Petite messe solennelle (version de la nouvelle édition critique de la Fondation Rossini)
  • Sandrine Piau (soprano), Josè Maria Lo Monaco (mezzo), Edgardo Rocha (ténor), Christian Senn (basse)
  • Coro Ghislieri
  • Francesco Corti, Cristiano Gaudio (pianoforte), Deniel Perer (harmonium)
  • Giulio Prandi (direction)
  • 1 CD Arcarna : A 494 (Distribution : Outhere Music)
  • Durée du CD : 86 min 46 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

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