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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : musique française à quatre mains

French Duets 2021

  • ''French duets''
  • Gabriel Fauré : Dolly, suite pour piano à quatre mains
  • Francis Poulenc : Sonate pour piano à quatre mains
  • Claude Debussy : Six épigraphes antiques. Petite suite
  • Maurice Ravel : Ma mère l'Oye
  • Igor Stravinsky : Trois pièces faciles pour piano à quatre mains
  • Paul Lewis, Steven Osborne, piano
  • 1 CD Yperion : CDA68329 (Distribution : Distrart Music)
  • Durée du CD : 68 min 28 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5) 

Dans le genre du morceau de piano à quatre mains se dégage la quintessence du bon goût français et bien des caractéristiques du style de ses auteurs, particulièrement Debussy et Ravel. C'est l'univers de la petite forme qui rejoint dans plusieurs pièces le monde de l'enfance. Les deux pianistes britanniques Paul Lewis et Steven Osborne ont composé un bouquet exhaustif. Des musiques proches du sublime, divinement interprétées.

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Leur programme convoque Fauré, Debussy et Ravel, mais aussi Poulenc et Stravinsky. De Fauré, la suite Dolly op.56 dont les six pièces ont été composées entre 1893 et 1896 pour la fille de la chanteuse Emma Bardac, future épouse de Debussy, allie mélodisme à fleur de peau (''Berceuse''), esprit et entrain (''Mi-a-ou'', ''Kitty valse''), tandis que ''Le jardin de Dolly'' est « un rêve enchanté aux fleurs embaumées », selon Marguerite Long qui voit dans ''Tendresse'' de « délicieux embrassements ». L’œuvre se termine avec ''Le pas espagnol'' dans une manière allègre digne de Chabrier. Ce monde enchanté de l'enfance, Ravel le dépeint dans Ma mère l'Oye dont est donné ici l'original pour piano à quatre mains daté de 1898. Une succession de cinq vignettes alliant naïveté et mystère que l'on savoure dans cette version originale respectant scrupuleusement les indications du musicien : le tempo lent et un jeu simple pour ''Pavane de la belle au bois dormant'', le cheminement précautionneux de l'enfant de ''Petit poucet'', les délicats modes orientaux de gamelan de ''Laideronnette, impératrice des pagodes'', l'échange subtil entre les deux personnages dans ''Les entretiens de la belle et de la bête'', là où chacun est joué par l'un des pianistes et dans son registre propre, la bête cantonnée dans le grave faussement menaçant, la belle dans la partie la plus aiguë. Enfin l'irrésistible progression du ''Jardin féerique'', cette ascension majestueuse se concluant en un feu d'artifice sonore.  

Claude Debussy aborde le genre à quatre mains dès 1888 avec la Petite suite. Cette adorable pièce est constituée de 4 volets : le balancement nonchalant au clair de lune de ''En bateau'', la rythmique tour à tour gaie et pensive de ''Cortège'', la grâce de ''Menuet'', inspiré de la mélodie ''Fêtes galantes'', et la joyeuse farandole de ''Ballet'' dans sa métrique si avenante. Le compositeur reviendra au piano à quatre mains en 1914 avec Six épigraphes antiques, succédané d'une œuvre de musique de chambre demandée au musicien par son ami Pierre Louÿs pour illustrer plusieurs de ses poèmes. Dans une Grèce réimaginée règnent sensualité et mystère au fil d'harmonies modales dont Debussy a le secret, pour évoquer des lamentations lointaines (''Pour un tombeau sans nom''), des sortilèges nocturnes (''Pour que la nuit soit propice'') comme ceux de la danse, une galerie de figures orientales (''Pour la danseuse aux crotales'') ou encore la monotonie divertissante de la pluie matinale en un tapis sonore convoquant tous les sens (''Pour remercier la pluie au matin'').

Le programme offre encore la Sonate pour piano à quatre mains de Poulenc, une miniature de sonate de moins de dix minutes d'horloge, sur le schéma vif-lent-vif, écrite dans ses jeunes années (1918). ''Prélude'' lorgne du côté de Bartók, voire de Prokofiev, tant la rythmique y est drue. ''Rustique'' offre une superbe dentelle dans l'aigu et ''Final'' revient à la vivacité du début dans une manière motorique à la française. De Stravinsky, les Trois pièces faciles de 1914, écrites pour deux de ses jeunes enfants Theodore et Ludmila, proposent une ''Marche'' inspirée d'une chanson irlandaise, une ''Valse'' sobre dédiée à Satie et une ''Polka'' proche d'une musique de cirque, ce dont le dédicataire Diaghilev ne prit pas ombrage. 

Les duettistes Lewis et Osborne déploient une large palette de nuances et composent un formidable tapis de couleurs tour à tour cristallines et sombres jusqu'à la dureté presque métallique des notes aiguës les plus extrêmes du clavier. La synergie entre les deux artistes est totale alors qu'ils alternent, sans que l'on sache quand exactement, les rôles de primo et de secondo, ce dernier assurant en outre la délicate tâche de doser la pédale. On admire la fraîcheur et la subtilité du jeu mettant en valeur la poétique de l'ineffable que recèlent ces pièces aussi différentes les unes des autres. 

Ils sont captés dans une ambiance aérée et en même temps intimiste.

Texte de Jean-Pierre Robert

CD disponible sur Amazon 

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