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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : la Passion selon Brockes de Haendel

Handel Brockes Passion

  • George Frederic Handel : Brockes-Passion, oratorio HVW 48
  • Sandrine Piau (La Fille de Sion), Stuart Jackson (L’Évangéliste), Konstantin Krimmel (Jésuss)
  • Vocal Consort
  • Arcangelo, clavecin et dir. Jonathan Cohen
  • 2 CDs Alpha : Alpha 644 (Distribution : Outhere Music France)
  • Durée de CDs : 160 min 46 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5)

Parmi les œuvres vocales de Haendel, la Brockes-Passion occupe une place particulière, s'agissant d'une des rares œuvres écrites par le Saxon sur un texte allemand. Elle utilise le livret conçu par le poète Brockes qui enrichit le texte biblique de la Passion du Christ de réflexions d'ordre didactique. La présente interprétation est enthousiasmante eu égard à une direction ouvragée d'une extrême distinction et une distribution vocale de haute tenue.

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Le poète natif de Hambourg Barthold Heinrich Brockes (1680-1747) est célèbre, entre autres, pour avoir revisité en 1712 la Passion de Jésus en ajoutant au récit biblique des textes de son choix. Le titre de l’œuvre est en effet ''Der für die Sünde der Welt gemarterte und sterbende Jesus'' (Jésus martyrisé et mourant pour les péchés du monde). Le texte liturgique de la passion est réécrit, notamment par l'introduction d'un certain nombre de textes en complétant le récit, lui-même largement inspiré de l’Évangile selon Saint Matthieu. Ils instaurent ainsi des moments de poétique descriptive et surtout des plages de réflexion contemplative en interrompant le cours pour le commenter ou en prolonger le contenu. En cela Brockes fait sien le piétisme allemand de l'époque, qui insiste sur la portée moralisatrice du récit de la Passion. Son texte sera utilisé par plusieurs musiciens de l'époque baroque dont Keiser, Telemann, Mattheson, Fasch et Haendel. Les principaux épisodes de la passion y sont repris. De même retrouve-t-on les personnages familiers du récit biblique, à commencer par l’Évangéliste, ce récitant ou passeur, Jésus, Pierre, Judas, Pilate ou Caïphe et bien sûr la foule. Mais d'autres figures apparaissent, et ce dans un dessein didactique. Ainsi d'une triade appelée Âmes croyantes et surtout du personnage allégorique de La Fille de Sion, auquel est dévolu un rôle important sinon essentiel : pour souligner tel passage dans un but d'éducation de l'auditeur et d'édification de sa conscience.

Haendel met en musique le texte de Brockes en 1716, au demeurant la même année que Telemann, et l'oratorio sera créé l'année suivante. Relevant du genre de l'oratorio, l’œuvre est constituée essentiellement d'arias au nombre de 28, précédées de récitatifs. Elle comprend deux duos, l'un entre la Fille de Sion et Jésus, dans un étonnant dialogue commentant le fait que celui-ci ne répond rien aux accusations de Pilate, l'autre entre Marie et son fils quant à la vraie finalité de la mort de ce dernier « pour te faire gagner le ciel », lui dit-il. On trouve encore un terzetto des Âmes croyantes et bien sûr des interventions chorales plus ou moins brèves et un étonnant dialogue du chœur avec la soliste Fille de Sion. La forme des arias emprunte aussi à l'arioso et celles-ci sont précédées ou suivies de passages dit accompagnato, différents du récitatif proprement dit. La musique est extrêmement diversifiée avec des solos instrumentaux agrémentant les arias, de hautbois ou de violon, dans la meilleure tradition haendélienne. Trois personnages centraux se partagent les textes, L’Évangéliste, ténor, puis Jésus, confié au baryton, et enfin La Fille de Sion, soprano qui, dans ses nombreuses interventions, porte le poids didactique du récit, comme il en est d'usage dans le genre de l'oratorio. Ce qui s'illustre en particulier dans cette fascinante succession de morceaux, en forme de digression au moment de l'épisode de la couronne d'épines mise sur la tête de Jésus, qui voit la Fille de Sion se lancer dans une enfilade aria-récitatif-aria-récitatif-aria, véritable ''scène'' au sein du récit évangélique. Les autres personnages, plus épisodiques, comme Pierre, Judas, Pilate, sont confiés à des membres du chœur. Celui-ci, de taille modeste, pourvoit donc l’œuvre en solistes tout en agissant comme ensemble choral proprement dit et dans ce dernier cas, sonnant comme s'ils étaient bien plus nombreux.

La présente exécution se distingue par la direction éminemment pacifiée de Jonathan Cohen prodiguant un panel raffiné de contrastes, singulièrement dans les enchaînements toujours choisis et bien sûr dans l'accompagnement vocal. Son ensemble Arcangelo, fondé en 2010, fort d'une vingtaine de musiciens, dont lui-même au clavecin et Thomas Dunford au luth, dispense des couleurs d'une sobre clarté et un flux sonore d'une vraie limpidité. Une intense ferveur s'en dégage aussi, qui s'étend à la partie chantée. Son Vocal Consort est constitué de huit parties, deux sopranos, deux contre-ténors, deux ténors, un baryton et une basse. Tous sont des chanteurs expérimentés. On citera le ténor Andrew Tortise dans la partie d'Une Âme croyante, Mary Bevan, soprano, la servante/Marie/Une autre Âme croyante, et le ténor Matthew Long, Pierre. Quant aux trois chanteurs solistes, leur prestation est superlative, grâce à un souci approfondi dans l'élocution et la maîtrise du texte. Ainsi de l’Évangéliste du ténor anglais Stuart Jackson, d'une extrême concentration et au timbre souple sachant associer candeur et fermeté. Comme il en est du baryton Konstantin Krimmel, Jésus, aux intonations d'une grande douceur, toujours empreintes de bonté. Ce jeune artiste commence une carrière prometteuse comme récitaliste et dans le genre de l'oratorio. Dans la partie de soprano de La Fille de Sion, qui se voit doter de quelques 12 arias, Sandrine Piau est bouleversante d'intériorité et d'émotion faisant sien un large éventail de nuances, de la manière ''di furore'' au cantabile séraphique, en passant par toutes sortes de modes enrichis de vocalises et autres ornementations. Jusqu'à l'aria finale où il est dit « Son bras étendu et ses yeux clos t'ouvrent grand le ciel et referment l'enfer », avec hautbois obligé et souvent à l'unisson avec la voix, véritable air d'opéra qui ne dit pas son nom. Une magistrale composition.

L'enregistrement dans une église londonienne offre profondeur, relief et présence. On remarque une habile différentiation des climats selon les airs et les ensembles, grâce à une disposition soignée des divers protagonistes, ce qui génère une ambiance feutrée dans les échanges entre l’Évangéliste et Jésus, plus ouverte quant aux scènes animées et durant certaines arias plus démonstratives. Donnant une impression de mise en espace qui fait respirer musique et chant.

Texte de Jean-Pierre Robert

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