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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : les Symphonies Nos 9 & 10 de Chostakovitch

Shostakovich LSO

  • Dimitri Chostakovitch : Symphonie N°9 op.70. Symphonie N°10 op.93
  • London Symphony Orchestra, dir. Gianandrea Noseda
  • 1 CD LSOLive : LSO0828 (Distribution : PIAS)
  • Durée du CD : 79 min 05 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

Bien que séparées par une durée de huit années, les symphonies Nos 9 et 10 de Chostakovitch ont l'une et l'autre à voir avec le personnage de Staline : la Neuvième déchaîna sa colère, la Dixième sera un hommage posthume plus qu'ironique. Dans le cadre d'une intégrale en cours, Gianandrea Noseda en livre des exécutions irréprochables, que distingue surtout la fabuleuse plastique sonore du London Symphony Orchestra.

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La singularité de la Neuvième symphonie en mi bémol majeur op.70 de Dimitri Chostakovitch dérouta plus d'un commentateur. Annoncée comme devant être un hymne à la victoire soviétique, elle est en fait tout sauf cela. Sa création en 1945 par Evgeni Mavrinski déchaîna l'ire de Staline qui pestait contre l'absence des voix et surtout d'un grand chœur final. Au lieu de quoi une partition en 5 mouvements d'une extrême concision, en rupture avec les deux précédentes. Le premier mouvement est d'une brièveté incroyable, maniant légèreté et humour à la limite du grotesque, alerte comme la Symphonie classique de Prokofiev. Y font suite un Moderato subtil qui développe une mélodie de la clarinette sur des pizzicatos des violoncelles, et une originale dernière partie qui est en fait une succession de trois mouvements enchaînés : un Presto énergique, sorte de scherzo empli de bravoure, vrai festival sonore de la petite harmonie et de la trompette solo, puis un Largo avec solo de basson et accords solennels de cuivres, enfin un Allegretto des plus satiriques, là encore débuté par le basson. Cette ultime section est traversée de soubresauts tragiques jusqu'à un semblant de marche militaire parodique qui retrouve le ton presque burlesque du début de l’œuvre. Mavrinski dira que Chostakovitch avait écrit là une musique « contre les philistins, avec leur complaisance et leur enflure, leur souci de se reposer sur leurs lauriers ». L'orchestre londonien y fait montre d'une incroyable acuité sonore.

Avec la Dixième symphonie en mi mineur op.93, de 1953, Chostakovitch rompait un silence de quelque huit années dans ce genre musical. Peut-être attendue avec trop d'impatience, elle valut à son auteur autant de louanges dithyrambiques que de critiques acerbes et devint objet de polémique. Quoi qu'il en soit, elle figure désormais au rang des réussites majeures de son auteur. Et pourtant son message n'est peut-être pas si aisé à restituer. La présente interprétation de Gianandrea Noseda pose la question, qui laisse sur sa faim. Là où Gergiev, dans le cadre de son intégrale donnée à Pleyel dans les années 2013/2014, voyait cette symphonie comme une longue coulée tragique, n'éludant pas le sentiment d'accablement, voire d'oppression, Noseda se montre plus objectif et prend parfois des distances qui en viennent à affaiblir le tragique du propos central. Comme dans l'immense premier mouvement Moderato et son climat de désolation, que les traits stridents de certains instruments comme la petite flûte rendent amers pour ne pas dire lugubres. Les climax terrifiants, autant de déluges sonores, sont mieux traduits que les passages morcelés et presque chambristes. Les combinaisons instrumentales différentes dont ces derniers sont l'occasion, le chef choisit d'en arrondir l'âpreté. Il en va de même quant à l'allure motorique de l'Allegro suivant qui doit s'emballer telle une machine infernale et être tranché au scalpel, pris ici prestissime et extraverti. Au troisième mouvement, où l'on rencontre le motif signature DSCH, les choix de dynamique entre l'Allegretto liminaire et le Largo médian n'instaurent pas suffisamment de tension, même si la lutte entre les deux blocs des cordes et des vents se résout dans une coda pianissimo pleine d'atmosphère. Le finale, Noseda en possède mieux la manière singulière : l'opposition entre ses deux parties, un Andante déchirant qui, soudain, libère à la section Allegro des forces énergiques très heurtées, mais traversées de quelque lueur d'espoir. Quoi qu'il en soit de la vision adoptée par le chef, un constat s'impose : la formidable capacité des musiciens du LSO à se couler dans cet idiome, la perfection instrumentale quels que soient les pupitres, dont on détachera quand même les bois, et la cohésion d'ensemble d'une phalange fonctionnant à son meilleur.

La captation live préserve le naturel d'une écoute de concert : immédiateté et excellente restitution du spectre sonore, de l'extrême forte à l'impalpable pianissimo.

Texte de Jean-Pierre Robert  

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