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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Musiques anglaises et françaises pour duo de violes de gambe

Rose Lys

  • ''Rose & Lys'' : duos de violes de gambe
  • La Rose : pièces de Matthew Locke, Tobbias Hume, Thomas Morley, Michael East, Christopher Simpson
  • Le Lys : pièces de Louis Couperin, Monsieur de Sainte-Colombe, Marin Marais, Joseph Bodin de Boismortier, Louis de Craix d'Hervelois
  • Ensemble Le Banquet du Roy : Eleanor Lewis-Cloué, Olivier Gladhofer, dessus, ténor et basse de viole de gambe
  • 1 CD Hortus : Hortus 187 (Distribution : UVM)
  • Durée du CD : 66 min 40 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

Ce disque met en lumière la viole de gambe, plus précisément le duo de violes. À travers une promenade musicale mettant en regard compositeurs anglais et français qui ont écrit pour l'instrument durant la période s'étendant de la fin du XVIème au milieu du XVIIIème. Une fête de sonorités servie par deux interprètes de choix.

S'il est un instrument fort prisé à l'époque des deux côtés du Channel, c'est bien la viole de gambe dont les sonorités envoûtent l'auditeur peut-être parce qu'elles sont proches de la voix humaine. Surtout lorsqu'elles s'expriment dans l'intimité d'un échange. Les violistes Eleanor Lewis-Cloué et Olivier Gladhofer ont eu l'idée lumineuse d'un parcours en miroir juxtaposant des compositions de musiciens anglais et français. Elles sont alors l'apanage du cadre privé et sont destinées aux monarques aussi bien élisabéthains que versaillais. La comparaison est fascinante car si l'art de la conversation les rapproche, d'intéressantes différences se font jour. À l'austérité et à la pratique du jeu virtuose des musiciens britanniques répond la brillance de la manière de leurs collègues français qui cultivent l'expressivité et peu à peu un certain goût du raffinement. Le programme fait ainsi se succéder deux parties, justement intitulées ''The rose'' & ''Le lys''. Au pays de la première répondent des pièces de Thomas Morley (1557-1602), Canzonets for 2 voyces (1595) pour dessus et ténor de violes, inspirées du modèle italien, comme le vif ''Torello''. De Matthew Locke on entend ''Fantaizies - Saraband'' extraits de 12 duos pour basses de violes (1652), d'une grande richesse harmonique, la mélodie étant confiée tour à tour à chaque voix, l'autre se voyant réserver l'accompagnement. Tobias Hume (actif avant 1645) cultive un style très personnel, comme le montrent deux pièces extraites du recueil Captain Hume's Poeticall Musicke de 1607. Une des originalités de la manière anglaise est l'écriture en imitation, le thème passant de l'une à l'autre voix. Comme pratiqué dans les deux Fantaisies en duo (1638) de Michael East (ca.1580-1648). Une autre est l'art d'improviser des divisions, c'est-à-dire des diminutions sur une mélodie à la basse qui se répète, appelée ground, surtout lorsque pratiquée avec deux violes. Ainsi en est-il chez le violiste et pédagogue Christopher Simpson (ca.1605-1669) du morceau Division for two viols.

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Le traitement de la polyphonie est encore plus sophistiqué chez les français, tenants du Lys. Ce ton plus clair, on le trouve chez François Couperin et sa Fantaisie pour les violes, dessus et basse de violes. Ou chez Monsieur de Sainte-Colombe et ses Concerts à deux violes égales : un recueil de 67 pièces d'une étonnante diversité, comme dans la pièce ''Le Tendre'' qui après un Prélude expressif, fait se succéder diverses danses, ou ''Dalain'', dédiée à un certain Alain, qui promeut une sorte d'improvisation pleine de fantaisie. Marin Marais reste le grand maître de l'instrument au XVIIème, auteur de près de 600 pièces écrites entre 1686 et 1759. On entend deux rondeaux tirés de la Suitte d'un goût étranger, l'italien semble-t-il. ''La fête champêtre'' ne renie pas une influence italienne, bien allante au fil de ses diverses sections allègres et lyriques. ''La rêveuse'' se meut dans un registre plus grave, la gambe se faisant bien proche du futur violoncelle. Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755), prolixe compositeur lui aussi, montre dans sa Sonate 1 de l'opus 10 (1725) comment la suite à la française peut être influencée par les italiens du fait d'une écriture extrêmement travaillée, notamment dans un étonnant Rondeau débuté en pizzicatos, ou une Gigue où la galanterie du siècle de Louis XV n'est pas loin. Le point d'aboutissement de l'évolution vers le style galant est atteint par Louis de Caix d'Hervelois (1677-1759), un des derniers représentants de l'école française de viole, eu égard au raffinement du trait et à l'ingéniosité dans les danses qu'il choisit d'illustrer, dont des Menuets gracieux et de piquants Tambourins.

C'est peu dire qu'Eleanor Lewis-Cloué et Olivier Gladhofer, membres de l'Ensemble Le Banquet du Roy, apportent à ces pièces autant de délicatesse que d'authenticité du jeu. Ils nous montrent combien la pratique en duo, eu égard à la spécificité des œuvres choisies, réserve des trésors de sonorités fascinantes par l'utilisation d'instruments différents au sein de la famille de la viole de gambe, du plus clair (dessus de viole) au plus sombre (basse de viole). Et combien toutes ces pièces, qu'elles soient anglaises ou françaises, sont diversifiées mais se complètent en un singulier florilège expressif. D'autant qu'ils sont enregistrés avec soin dans l'acoustique flatteuse de la Chapelle du Villiers dans le Loir-et-Cher.

Texte de Jean-Pierre Robert  

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