CD : la Francesina, la muse française de Haendel

La Francesina

  • ''La Francesina, le rossignol de Haendel''
  • George Frideric Handel : Arias extraites de Joseph and his Brethren, HWV 59, Deidamia, HWV 42, Semele, HWV 58, Hercules, HWV 60, Faramondo, HWV 39, Saul, HWV 53, Serse, HWV 42 & de Ode to St Cecilia's Day, HWV 76
  • Sinfonias extraites de Belshazzar, HWV 61, Semele, The Occasional Oratorio, HWV 62 (Concerto grosso op. 6 N° 6, HWV 323)
  • Sophie Junker, soprano
  • Le Concert de l'Hostel-Dieu, dir. Franck-Emmanuel Comte
  • 1 CD Aparté : AP233 (Distribution : PIAS)
  • Durée du CD : 67 min
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

La cantatrice belge Sophie Junker offre un programme en forme de portrait de la chanteuse Élisabeth Duparc, la muse française de Haendel, surnommée ''La Francesina''. Une personnalité affirmée autant par sa faconde vocale que par la caractérisation dramatique des personnages qu'elle incarnait. Elle accompagnera la carrière de Haendel durant une dizaine d'années au tournant de 1730/1740. Un passionnant parcours, enluminé par une interprète de choix, illustrant, s'il était besoin, la vitalité actuelle du chant baroque.

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Élisabeth Duparc (date de naissance inconnue, mais apparaissant en public à partir de 1730 – décédée en 1778) est une des muses de Haendel, au même titre que Mmes Cuzzoni, Bordoni ou Strada. La richesse de son soprano qui sait se loger dans le registre aigu virtuose, mais pas seulement, et la sincérité de ses interprétations à la fois engagées et de grande retenue, auront contribué à la hisser pendant une dizaine d'années au rang de prima donna majeure du ''Caro Sassone''. Et d'abord dans le domaine de l'opéra. Ainsi du rôle-titre de Serse créé en 1738 au King's Theatre de Londres. Et surtout de Faramondo HWV 39, où la même année, elle aborde le rôle de Clotilde, dont est ici donné un air d'adieux exhalant autant l'amertume que le charme et offrant des coloratures envieuses. Comme aussi de Deidamia HWV 42, de 1741, ultime opéra du compositeur. Les deux arias choisies montrent combien sont indissociables le sens dramatique (''Va, perfido !'') et l'art de la vocalise asservie à l'expression (''Nasconde l'usignol in alti rami il nido''/sur des hautes branches, le rossignol cache son nid).

Mais c'est dans le genre de l'oratorio, vers lequel Haendel se tourne à la fin des années 1730, de fait du désir de renouveau affiché par le public londonien, que la française va désormais s'illustrer. Ainsi avec le rôle de Michal de Saul (1739). Dans un tempo retenu, l'aria ''In sweetest harmony they lived'' évoque le souvenir de la perte du père. L'oratorio Joseph and his Brethren déploie des coloratures aiguës à perdre haleine. L'Ode to St Cecilia's Day est un bon exemple d'intensité de la ligne de chant : après une introduction de viole de gambe solo, l'instrument enlace la voix de la soprano pourvue d'une grande douceur d'élocution dans de longues notes tenues. Le rôle-titre de Semele (1744) restera sans doute la plus parfaite création de la Francesina. L'aria fameux ''Myself I shall adore'' illustre jusqu'à l'impudence le contentement de soi, avec ses effets en écho voix-ripieno et d'habiles coloratures coquines. Ce qui est magistralement restitué par la direction svelte de Franck-Emmanuel Comte. La partie médiane fait contraste avec sa brève cadence. Et le da capo, qui voit une ornementation différente, est brillant. Hercules, de la même année, offre une autre magistrale composition avec rôle de Iole. L'aria ''My father'' figure une douce déploration émue.

Sophie Junker n'a pas de mal à s'identifier à son illustre devancière. Outre un timbre séduisant ensoleillé et ductile, on admire la plénitude de la ligne de chant et la pureté comme l'aisance des vocalises. Et surtout un sens dramatique inné, l'immergeant au cœur de ces pages chargées de sens qui ne doivent pas rester au seuil d'une virtuosité de circonstance et s'en tenir à la simple brillance. Une voix avec laquelle il faudra désormais compter dans les futures intégrales d’opéras et d'oratorios de Haendel mais aussi d’œuvres vocales de Vivaldi et autres musiciens de l'âge d'or du chant baroque. Elle est soutenue par la direction attentionnée de Franck-Emmanuel Comte dont les tempos sont aussi justes qu'habités, et une formation, Le Concert de l'Hostel-Dieu, qui ne manque pas d'atouts questions couleurs et raffinement. On le vérifie encore à l'écoute de quelques morceaux purement instrumentaux. Comme l'Ouverture de Semele et d'autres pages de Belshazzar ou encore de cette amusante musette de la Sinfonia de l'Occasional Oratorio de 1746, en fait une musique tirée du Concerto grosso op.6 N°6 qui se signale par ses effets hypnotiques dans l'opposition cordes et bois.

La prise de son au Temple Lanterne à Lyon offre une ambiance claire, pleine d'atmosphère. La voix, saisie de près, est bien intégrée dans l'image sonore.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: George Frideric Handel, Sophie Junker, Le Concert de l'Hostel-Dieu, Franck-Emmanuel Comte

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