CD : un jeune chef finlandais illumine la Symphonie N°2 de Sibelius

Sibelius SymphonieN2 Gothenburg Symphony Orchestra

  • Jan Sibelius : Symphonie N°2 en ré majeur op.43. King Christian II (Suite) op.27
  • Gothenburg Symphony Orchestra, dir. Santtu-Matias Rouvali
  • 1 CD Alpha : Alpha 574 (Distribution : Outhere Music)
  • Durée du CD : 70 min 43 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5) 

Au-delà des diverses significations attribuées à la Deuxième symphonie op.43 de Sibelius, musique pure, manifeste patriotique, voire « confession de l'âme », selon son auteur, la nouvelle version due au jeune chef finlandais Santtu-Matias Rouvali a le mérite de peut-être toutes les réunir. Voilà une interprétation qui fouille le texte et en révèle son unité malgré la profusion d'éléments a priori hétérogènes. Une interprétation qui ne pâlit pas devant celles prestigieuses, par exemple de Kajanus, Szell ou Rattle, qui l'ont précédé.

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La Deuxième symphonie en ré op.43, créée en 1902 sous la direction de Sibelius lui-même, offre une structure en quatre mouvements dont l'architecture interne à chacun d'eux défie les canons de la symphonie romantique même finissante. Ce par un foisonnement d'éléments thématiques et rythmiques atomisés, organisés selon une manière propre à son auteur. Le chef finlandais Santtu-Matias Rouvali (*1985) s'en empare avec ardeur, sans idée préconçue, et une belle audace. On le vérifie dès le premier mouvement Allegretto - Poco Allegro, sans doute la partie la plus originale de l’œuvre dans sa dramaturgie. Un motif basé sur trois notes, qui s'articule en multiples bribes de thèmes, progresse ou se rétracte dans un contexte où tout paraît flottant. Qui à un moment assoit un climat glorieux que le chef tient serré, puis retombe, succession de vagues montant en intensité puis se délitant pour de nouveau bâtir une autre manière du thème. L'habileté à dénouer les nœuds d'un discours haché, à clarifier un continuum qui ne l'est pas d'évidence ou encore à construire des climax impressionnants après d'abruptes ruptures, témoigne d'un flair peu commun, poussant son orchestre dans ses retranchements, singulièrement les cordes. Le Tempo Andante, ma rubato, témoigne d'une égale maîtrise : après une entrée en matière de roulement de timbales et de pizzicatos de contrebasses, séquence que Sibelius a appelée « la mort », tout se précipite, comme fourrageant dans une matière en fusion qui s'assagit presque aussitôt : à l'accès de violence de blocs qui s'affrontent succède une ligne de crête où l'on croit que l'idée s'installe, là où elle fuit dans une autre digression. La péroraison toute de lyrisme est fragmentée en séquences successives fiévreuses des cordes s'enroulant dans le grave jusqu'à un point d'orgue menaçant. Ces conflits, Rouvali les assume et les résout comme peu.

Le Vivacissimo, sorte de scherzo, figure une danse orageuse. « Résistance nationale », l'a appelée Sibelius. Rouvali le prend à un tempo effréné, creusant les oppositions des cordes aiguës et graves. C'est une danse affolée, traversée de bribes de motifs aux bois et à l'alto, outre des éclats de cuivres. L'allure est preste à la limite du possible. Le Trio tranche par sa mélodie presque pastorale du hautbois débouchant sur une grande phrase lyrique. La course reprend de plus belle, plus haletante encore, fantastique, les cordes presque tranchantes. Il fallait l'oser. Le finale Allegro moderato s'enchaîne directement sur une mélodie héroïque, intitulée « Patrie libre ». Puis le discours, d'abord retenu, s'enfle avec des phases de tension et de répit et surtout un remarquable travail de la petite harmonie. C'est un cheminement de l'ombre vers la lumière. Les lignes semblent plus construites qu'au début de la symphonie, quoique les changements de perspective soient tout aussi nets. Tout cela est dirigé crânement jusqu'à une vaste coda incandescente dans une puissance calculée. La formidable tension accumulée durant toute l’œuvre est enfin libérée au long d'un crescendo lancinant, comme inéluctable. Là encore, les partis audacieux adoptés par le chef sont plus que convaincants.

La Suite de Le Roi Christian II, op.27 immerge l'auditeur dans un univers bien différent. Car pour sa première musique de scène (1899), Sibelius a écrit une partition de ton plutôt léger. La pièce de l'auteur Adolf Paul narre pourtant les amours malheureux dudit roi pour sa maîtresse qui périra empoisonnée. Le contraste est on ne peut plus marqué avec le climat de la symphonie, car la séduction musicale est immédiate ici. L’œuvre est constituée de cinq mouvements de ton populaire dans le goût lyrique et de langage fluide. ''Nocturne'' montre déjà d'intéressantes oppositions des cordes aiguës et graves, pour une sorte de danse magistralement orchestrée et gorgée de lyrisme. Avec interventions d'instruments inattendus tel le tambour de basque. ''Élégie'' offre une belle rêverie, essentiellement aux cordes, séquence plus nocturne que la précédente. ''Musette'' se signale par son joyeux babil des bois. La ''Sérénade'' installe un climat d'apparente tranquillité, car traversée d'éclats des cuivres. ''Ballade'' conclut sur un ton plus dramatique, évoquant le tragique destin de la maîtresse du roi. On pressent les pages symphoniques plus aventureuses à venir, et notamment le finale de la Deuxième Symphonie.

Santtu-Matias Rouvali montre son intime connaissance de l'idiome de son compatriote dans une direction qui là encore ose le jeu à fond, ici de lyrisme. Comme dans la symphonie, il mène les musiciens de l'Orchestre Symphonique de Göteborg à leurs limites expressives. Une formation, aujourd'hui Orchestre National de  Suède, qui entre les mains du jeune chef depuis 2017, ne dément pas sa haute réputation acquise auprès de prédécesseurs comme Sixten Ehrling ou Neeme Jarvi. Et qui possède à son palmarès de nombreux disques chez divers labels. La section des bois est particulièrement impressionnante et la cohésion d'ensemble remarquable.

La prise de son, à la Salle de concert de Göteborg, restitue le vaste ambitus de la symphonie et sa richesse d'écriture, avec un bon équilibre bois-cordes. L'étagement des plans est naturel et l'image sonore large mais non disproportionnée. La suite est pourvue d'un rapport cordes-bois encore plus étroit.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: Sibelius, Gothenburg Symphony Orchestra, Santtu-Matias Rouvali

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