CD : le violon solo de Bach, Paganini et Ysaÿe

Solo Andrey Baranov

  • ''Solo'' (volume 1)
  • Jean Sébastien Bach : Partita pour violon seul N°1 en si mineur, BWV 1002
  • Eugène Ysaÿe : Sonate pour violon seul N°3 en ré mineur, op.27
  • Niccolò Paganini : Caprices pour violon seul, op.1 (extraits)
  • Andrey Baranov, violon
  • 1 CD Muso : MU-039 (Distribution : Outhere Distribution) www.muso.mu
  • Durée du CD : 60 min 42 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5) 

Voici le premier volume d'une exploration du répertoire pour violon solo, qui aborde les plus belles pages de compositeurs maîtres de l'instrument, Bach, Paganini, Ysaÿe : trois siècles de modernité violonistique, trois manières d'illustrer l'art de l'instrument royal par excellence. Magnifié par un jeune interprète russe, Ier prix du concours de violon Reine Elisabeth 2012, que n'effraie pas la difficulté technique et qui sait la faire oublier.

L'idée de rapprocher Bach de Paganini et d'Ysaÿe est pour le moins originale. Pas si improbable pourtant, dès lors qu'on s'attache à montrer l'évolution de l'art de jouer du violon seul. Bach est la référence incontournable, Paganini un jalon notoire en termes de virtuosité. Et Ysaÿe, un maître fasciné par le Cantor, trouve logiquement sa place à leurs côtés. Le Six Sonates et Partitas, ''Sei solo – A violino sanza Basso accompagnato'' que Bach livre en 1720, constituent un texte fondateur qui repousse les limites de l'instrument. Un sommet de la littérature violonistique d'une puissance expressive presque révolutionnaire pour l'époque. Andrey Baranov a choisi la Partita N°1 en si mineur, BWV 1002. Tout comme les deux autres Partitas, et à la différence des trois Sonates, elle offre une singularité dans le choix des danses de la suite classique. Ainsi présente-t-elle une architecture particulière puisque chacune des 4 pièces qui la composent est suivie d'un Double, lequel est proportionné à la danse qui le précède, dans sa métrique, son phrasé et le nombre de mesures. Ce qui ne veut pas dire que ledit ''Double'' soit interprétativement identique en durée à son original. Il s'agit plutôt d'une variation. Ainsi de la première danse, Allemande, qui dure ici 6'31, alors que le Double ne fait que 4'32. Elle est avec Baranov enjouée et parée d'une fière rigueur. La Courante est alerte tandis que son Double renchérit en fluidité et en brillance, non démonstrative cependant sous l'archet du musicien russe. La Sarabande est hautement pensée, à laquelle son Double fait écho avec tendresse. Le ''Tempo de Bourrée'' final est imaginatif dans le choix de son tempo et le Double tout autant par l'aisance de Baranov dans le langage du Cantor. 

Fasciné par les Sonates et Partitas de Bach, jouées par Josef Szigeti, Eugène Ysaÿe écrit en 1923 ses propres Sonates pour violon seul. Qui constituent une étape notable dans l'évolution des techniques du violon au début du XXème siècle, car leur indéniable virtuosité y est au service d'une poétique sensible. La Sonate pour violon seul N°3 en ré mineur est novatrice comme il en fut de son dédicataire Georges Enesco. Elle est brève et ses deux parties associent une première ''Ballade'', marquée Lento molto e sostenuto, un récitatif au lyrisme poignant, à une seconde Allegro in tempo giusto e con bravura, fantasque, flattant tous les registres du violon. Andrey Baranov en fait saillir la puissance orchestrale et les mélismes puisés au folklore roumain. Comme sa polyphonie d'une extrême richesse dans son extravagance mélodique et rythmique.

Avant cela, un autre saut dans le temps et la difficulté ont valu à l'histoire les 24 Caprices pour violon seul op.1 de Paganini. Il les écrit entre 1802 et 1820. Pour paraphraser Liszt, on peut parler d'études d'exécution transcendante qui repoussent plus encore les limites de jeu du violon. Baranov en a choisi sept, pour montrer que le panel interprétatif ne se borne pas à la seule acrobatie technique. Le ''Caprice N°1'' ouvre des horizons insoupçonnés de pratique hyper virtuose où l'instrumentiste doit conserver une régularité absolue de tempo malgré des écarts hallucinants. À propos du ''Caprice N°2'' on peut parler de poésie sous la brillance. Le Neuvième, titré ''La Caccia'' (La chasse), de sa rythmique effrénée, figure comme une imitation d'instruments à vent. C'est sautillant avec effets d'écho, et au médian, des traits s'aventurant jusqu'à des suraigus effroyables. Le ''Caprice N°14'' s'anime telle une fanfare dansante. Le ''Caprice N°17'' aligne d'incroyables sauts d'octaves avec glissandos vertigineux. Le Vingtième s'ouvre sur une sorte de musique d'hornpipe, avec longue tenue d'un son legato. Suit une section bardée de traits en fusée titillant l'aigu le plus ténu. Le ''Caprice N°24'', le dernier et l'un des plus célèbres, est proprement époustouflant, usant de toutes les techniques qui ont émaillé les précédents morceaux de la série : jeu staccato, sur le fil de l'archet, en pizzicatos, vélocité on ne peut plus tendue, chromatismes. Mais aussi manière d'une étonnante douceur. Ce qu'illustre, avec imagination, comme il en est des autres œuvres du programme, Andrey Baranov, transcendant la pure performance technique. La sonorité claire de son Guarneri et un sens inné de la fantaisie en feraient presque oublier une technique flamboyante, une rigueur de tous les instants.

L'enregistrement, au Studio 4 de Flagey à Bruxelles, est parfaitement ''atmosphérique'', bien aéré, l'instrument magnifiquement capté.

Texte de Jean-Pierre Robert 

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Mots-clés: Bach, Niccolò Paganini, Eugène Ysaÿe, Andrey Baranov

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