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CD : Miriways, un opéra exotique de Telemann

Telemann Miriways

  • Georg Philipp Telemann : Miriways, opéra en trois actes. Livret de Johann Samuel Müller
  • André Morsch (Miriways), Robin Johanssen (Sophi), Sophie Karthäuser (Bemira), Lydia Teuscher (Nisibis), Michael Nagy (Murzah), Marie-Claude Chappuis (Samischa), Anett Fritsch (Zemir), Dominik Köninger (L'oracle, Scandor), Paul McNamara (Gesandter)
  • Akademie für Alte Musik Berlin dir. Bernard Labadie
  • 2 CDs Pentatone : 5186842 (Distribution : Outhere Music )
  • Durée des CDs : 74 min 53 s + 79 min 30 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

Aux côtés de sa vaste production instrumentale, Telemann a laissé une trentaine de titres d'opéras. Parmi ceux-ci, Miriways occupe une place particulière eu égard à son sujet exotique traité musicalement avec originalité. La présente exécution, fruit d'un concert donné au Festival Telemann 2017 de Hambourg, rend justice à une œuvre qui mérite le détour.

Le titre Miriways est celui d'un personnage historique Mir Wais Khan, dit le ''Cromwell persan'', prince afghan en révolte contre la domination perse et contraignant le Shah de Perse à céder la place d'Ispahan aux afghans. Le sujet traité par Telemann était en fait tout à fait contemporain, car ces événements dataient des années 1715-1722, alors que l'opéra sera créé en 1728. Ce singspiel narre un mélodrame amoureux car l'histoire traite plus une intrigue amoureuse que des faits guerriers : l'opposition puis la réconciliation de Mir Ways avec son beau-fils, le Prince Sophi. Ce dernier refuse le parti qu'il lui destine, lequel s’avérera finalement être Bemira, qui l'aime, et est la propre fille du roi. De son côté, Nisibis aime Murzah, quoique courtisée par Zemir. Un tel sujet comporte une composante exotique, que l'on retrouvera dans des œuvres ultérieures, comme le Solomon de Haendel, en 1749. La part illustrative est essentielle en termes de décoration, savoir l'évocation de la belle Ispahan et ses merveilles. Cet exotisme, on le décèle dans la partition, riche de détails savoureux, comme une utilisation généreuse des percussions notamment dans le registre aigu. Les arias sont parfois accompagnées d'un instrument solo comme le hautbois d'amour, la flûte ou les cors. L’œuvre a été conçue brillante pour les chanteurs virtuoses de l'époque de l'opéra de Hambourg, dont la célèbre soprano Maria Domenica Pol dans le rôle de Sophi, rôle travesti donc. L'opéra est structuré en une succession de récitatifs et d'arias, les premiers simplement accompagnés de la basse continue, les secondes en da capo ornées de vocalises avec l'appui du ripieno d'orchestre. La musique est bien différentiée avec quelques accents janissaires, comme on le trouvera plus tard dans L'Enlèvement au sérail de Mozart. Les rythmes sont souvent emportés et d'une belle fluidité, dans la manière typique de Telemann. On y trouve trois chœurs (constitués de l’ensemble des solistes), au début (chœur des perses), au IIème acte, avec un ''au feu'' extrêmement cataclysmique, et à la fin du dernier acte. Il n'y a qu'un duo. La distribution vocale est originale, avec trois barytons et cinq sopranos, mais un seul ténor, et dans un rôle secondaire.

La présente exécution doit beaucoup à la direction de Bernard Labadie. Ce chef canadien, peu connu ici, fondateur des Violons du Roy et directeur de l'ensemble vocal La Chapelle de Québec, aime aussi à se confronter à l'opéra, notamment à Montréal et récemment à Toronto. Sa grande expertise du répertoire du XVIIIème vaut une manière toute en nuances dans le soutien des chanteurs comme pour ce qui est des divers morceaux instrumentaux émaillant cette pièce. Ainsi de la Sinfonia en Sarabande, intermède solennel, aux sonorités sombres introduisant la scène de l'apparition du fantôme du défunt roi de perse, le Shah Abaz, ou de la Marche persane, emphatique, lourde du sentiment d'oppression, rehaussée de percussions. L'Akamus Berlin est la formation idéale pour donner à cette musique ses justes teintes, couleurs mordorées des cordes, patine des bois, dont le hautbois de Xenia Löffler. Et on saluera le titulaire du pupitre des percussions, Michael Metzler, fort sollicité. 

La distribution se tire fort bien d'affaire de la myriade d'arias. Le baryton André 
Morsch, de belle tenue, ménage aussi bien les arias di furore aux accents vengeurs (''Es erzittre der Wütrich, der Schaum der Barbaren''/La tête brûlée tremble, sauvage barbare) ou la belle déclamation émue de ''Lass, mein Sohn, ach lass dir raten'' (laisse-moi, mon fils, te conseiller) avec accompagnement du hautbois d'amour, une des plus belles pages de l’œuvre. Michael Nagy offre un baryton plus clair pour conter les affres du personnage de Murzah : le renoncement dans une aria avec flûte obligée, ou ''le tout pour le tout'' lorsqu'il offre son épée à la femme aimée pour décider de son sort, au long d'une aria nantie de vocalises hardies. La partie du Prince Sophi est défendue avec brio par Sophie Johanssen, large soprano, au fil d'arias ouvragées, où la voix se mêle à la flûte dans un morceau de subtil lyrisme, du jeune homme clamant sa loyauté (''Nenn ein Hertz doch unbebglücket''/ Appelle seulement un cœur infortuné). Autre morceau de choix ''Ich will mit verscheuchten Rehen'' (Je veux aller avec des chevreuils effrayés) où, dans un élan martial, le jeune homme renonce aux honneurs, au long d'une page usant de répétitions et de folles vocalises. Le soprano plus léger de Lydia Teuscher prête à Nisibis d'autres accents, comme à cette aria avec hautbois d'amour, qui en appelle au sommeil, ou cette autre munie de vocalises pour décrire le désespoir amoureux. De Bemira, Sophie Karthäuser déploie toute l'ardeur d'un cœur éperdu dans ''Ich liebe dich mit zartem Triebe'' (Je vous aime avec tendre désir). Marie-Claude Chappuis et Anett Frisch complètent le panel féminin avec bonheur, la seconde notamment dans le rôle travesti de Zemir, sur le versant fourbe, qui se voit doté de morceaux plus corsés, dont une aria bien rythmée et aux accents orientalisants.

L'enregistrement de concert live à la Laeiszhalle de Hamburg est ample et aéré, ménageant un équilibre voix-orchestre satisfaisant et un relief sonore certain.

Texte de Jean-Pierre Robert 

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Mots-clés: Telemann, Akademie für Alte Musik Berlin, Bernard Labadie

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