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CD : Les Essentiels ON-Mag - Une Aïda pour aujourd'hui

Verdi Aida

Chaque vendredi, durant le confinement, la rubrique CD s’ouvrira à des disques déjà parus que la revue considère comme indispensables pour leur qualité musicale et technique.

  • Giuseppe Verdi : Aïda. Opéra en quatre actes. Livret de Antonio Ghislanzoni d'après une nouvelle d'Auguste Mariette, adaptée par Camille Du Locle
  • Anja Harteros (Aïda), Jonas Kaufmann (Radamès), Ekaterina Semenchuk (Amnéris), Ludovic Tézier (Amonastro), Erwin Schrott (Ramphis), Marco Spotti (Il Re), Paolo Fanale (Messagero), Eleonora Burato (Sacerdotessa)
  • Banda musicale della Polizia di Stato
  • Orchestra e Coro dell'Accademia Nazionale di Santa Cecilia, dir. Antonio Pappano
  • 3 CDs Warner Classics : 0825646106639 (Distribution : Warner Classics)
  • Durée des CDs : 39 min 56 s + 40 min 41 s + 64 min 59 s
  • Parution : novembre 2015
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

Précédée, lors de sa sortie, d'une publicité avantageuse, cette nouvelle version discographique d'Aïda tient ses promesses. On a pris un soin méticuleux à sa préparation : cast assemblé avec doigté, choisi parmi les voix les plus en vue du moment, chef charismatique dans le domaine lyrique, technique d'enregistrement studio particulièrement étudiée. En un mot, une version moderne qui tient haut la main le choc de la comparaison avec celles, enviables, ayant jalonné une riche histoire discographique.    

Créée en 1871 à l'Opéra du Caire, Aïda reste l'une des œuvres les plus originales de Verdi. D'abord par sa musique, dépassant le simple exotisme, fruit de l'évolution stylistique déjà remarquée dans Don Carlos. Ce qu'ici, le chef Antonio Pappano, signant une de ses plus belles réalisations verdiennes, restitue à la perfection : le vrai ton italien qu'un orchestre rompu à ces pages peut apporter, celui de l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia. Surtout les atmosphères sont là, que ce soit dans les grandes scènes démonstratives (Temple de Vulcain, tableau de la porte de Thèbes, dit ''du Triomphe'' ) ou dans les moments intimistes qui distinguent peut-être plus cet ouvrage que ses vastes déploiements de foule. La scène du Nil est une particulière réussite : le climat nocturne, mystérieux, bercé par la mélopée de la flûte plaintive sur un fond scintillant des cordes pianissimo est pur envoûtement. Remarquable aussi, la délicatesse des musiques de ballet, pourtant pas les plus inspirées de Verdi, dont la couleur locale (scène 2 de l'acte I, divertissement du IIème) est restituée avec tact. Les grands climax sont impressionnants : bien sûr, ceux que renferme la scène du Triomphe, mais également lors du premier tableau du IVème acte qui procure une impression d'écrasement de toute la masse orchestrale à mesure que la sentence s'abat sur le héros déchu.

Côté vocal, le pari était d'aligner des prises de rôle dans trois des personnages titres, Aïda, Radamès et Amonastro. Il est gagné et le régal est de tous les instants. Jonas Kaufmann est Radamès : le ton héroïque, renforcé par le timbre barytonant, sait s'effacer pour distiller un lyrisme épuré, qui ne se résout pas seulement aux magiques falsettos habituels du ténor, et dont l'un superbement filé, illumine la fin de l'air ''Celeste Aïda''. La vision est totalement crédible. Le duo final, deux voix amenées à se dépasser, est d'un art du phrasé incomparable. Son Aïda est au diapason, comme il en fut dans le duo ultime du Don Carlo de Salzbourg à l'été 2014. Anja Harteros, qui confie avoir longtemps hésité avant d'embrasser le projet, ce qu'on comprend au regard du caractère hybride du rôle titre, apporte un vraie ''italianità'' et l'élégance habituelle qui pare ses interprétations verdiennes, alliées à une absence d'idée préconçue quant à la manière d'aborder le rôle. Nul pathos dès les premières répliques ou lors du duo avec Amonastro, où rien n'est appuyé, seulement l'expression d'une vraie frayeur. La scène du Nil atteint une dimension cosmique, largement aidée par la direction extraordinairement nuancée de Pappano. D'Amonastro, Ludovic Tézier trace un portrait juste, nullement vengeur exacerbé. Il était dans l'ordre des choses que le meilleur baryton Verdi du moment s'empare de ce rôle qu'il pare d'un legato exemplaire comme d'une diction aux accents vrais. Ekaterina Semenchuk apporte le timbre de mezzo clair qui sied à Amnéris et une interprétation, certes un brin plus étudiée que ses partenaires, mais en situation eu égard à la passion dévorante mais contrariée de cette femme altière. Erwin Schrott est un Ramphis de luxe, basse brillante et peinture autoritaire, et les autres rôles sont à la hauteur de leurs illustres collègues. La réussite ne serait pas complète sans la contribution des Chœurs de l'Accademia di Santa Cecilia qui comme leurs collègues instrumentistes, font là un travail proprement magistral.

Alors une Aïda pour aujourd'hui ? Est-ce retour aux temps bénis où fleurissaient les intégrales d'opéra, mitonnées avec passion ? Si les gloires d'antan au disque (Karajan-Tebaldi-Simionato-Bergonzi-MacNeil/Decca, Solti-Price-Gorr-Vickers-Merril/Decca, Muti-Caballé-Cossoto-Domingo-Cappuccilli/Warner) ne sont pas éclipsées, elles sont sans doute pas loin d'être égalées.

Cette version est magnifiée par une captation, à l'Auditorium Parco della Musica à Rome, d'un formidable impact et d'une clarté étonnante dans l'agencement des divers plans. Et ce même lors des passages les plus chargés où les solistes parviennent à se détacher de la gangue des chœurs, grâce à une mise en scène sonore elle aussi soignée. L'extrême immédiateté signe un pas franchi dans la restitution sonore opératique. Les voix en sont les grandes bénéficiaires, qu'elles soient saisies fortissimo ou au contraire dans le registre de la confidence.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: Verdi, Les Essentiels ON-Mag , Aïda

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