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CD : L'incantation en musique

Virgil Boutelis Taft

  • ''Incantation''
  • Max Bruch : Kol Nidrei
  • Tomaso Vitali : Chaconne en sol mineur
  • Camille Saint-Saëns : Danse macabre
  • Piotr Ilitch Tchaïkovski : Sérénade mélancolique, op.26
  • Ernest Bloch : Nigun (extrait de Baal Shem)
  • Ernest Chausson : Poème pour violon et orchestre, op.25
  • Shigeru Umebayashi : ''Yumeji's Theme ''
  • Virgil Boutellis-Taft, violon
  • Royal Philharmonic Orchestra, dir. Jac Van Steen
  • 1 CD Aparté : AP234 (Distribution : PIAS)
  • Durée du CD : 63 min 20 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile grise (4/5)

Le propos de ce CD est de mettre l'accent sur la notion d'incantation en musique. Synonyme d'envoûtement, de magie, voire de transe et autres mystères. Ce qui est décliné à travers plusieurs compositions violonistiques allant du baroque à la musique de film en passant tout naturellement par la période romantique. Un parcours qui ose imposer la réflexion et une calme lenteur dans un monde plus préoccupé de mouvement et d'immédiateté.

Le programme conçu par le violoniste Virgil Boutellis-Taft pour son second CD, après des débuts très réussis, fait remonter sa quête à un compositeur peu connu de l'ère baroque, Tomaso Vitali (1663-1745) dont il joue la Chaconne en sol mineur. Le pouvoir hypnotique du morceau procède de ce qu'il est cantonné au registre piano, le violon brodant sur une basse obstinée. La digression d'abord douce, s'anime peu à peu pour atteindre des contrées virtuoses. C'est bien sûr la période romantique qui a su le mieux exprimer l'idée d'incantation, eu égard à sa passion des affects. Ainsi de Tchaïkovski et de sa Sérénade mélancolique op.26 (1875) : le thème typique russe, hiératique, exposé au violon, est répété à l'envi dans une brillante orchestration et la pièce respire la sérénité. Tout en contraste, la Danse macabre op.40 (1874) de Camille Saint-Saëns est proche de la transe. La pièce est donnée ici dans une nouvelle orchestration due à Paul Bateman, effectuée à partir de la réduction pour piano et violon de la version orchestrale établie par le compositeur. Le propos devient à la fois plus incisif et plus intimiste, ce qui ne diminue pas son pouvoir ensorcelant et presque morbide. Avec son Poème pour violon et orchestre op.25 (1896), Ernest Chausson installe un état d'envoûtement mélodique et harmonique qu'enluminent les riches couleurs de sa palette instrumentale. Voilà une page de musique pure d'une grande liberté de forme, qui pourtant possède un pouvoir incantatoire certain dès son début, marqué Lento e misterioso, établissant un climat magique et empli de mystère, surtout dans la présente interprétation très lente. L'entrée du violon à découvert est tendrement évocatrice. Le développement est empreint d'un lyrisme non démonstratif proprement envoûtant, traversé de quelques spasmes que le violon aborde avec aisance jusqu'au registre suraigu d'une ravissante délicatesse. Le morceau se conclut sobrement par un retour au tempo initial dans une belle clarté.

L'incantation peut encore être de l'ordre du religieux. Ainsi de Kol Nidrei (1881) d'Ernest Bloch, sous-titré ''Adagio sur des mélodies hébraïques'', qui est une prière juive. Écrite pour violoncelle, harpe et orchestre, la pièce est transposée ici pour violon. Et Virgil Boutellis-Taft opte pour une approche loin de toute virtuosité et une manière plus incantatoire en choisissant de répéter la prière juive en lieu et place de la partie centrale telle qu'écrite. Ernest Bloch, avec Nigun, tiré de son triptyque Baal Shem, ''Trois images de la vie hassidique'', de 1923, fait référence à un courant qui par le chant, la danse et l'extase, déclare chercher le rapprochement avec Dieu. Le récital se conclut par une musique de film : le ''Yumeji's Theme'' écrit par le compositeur japonais Shigeru Umebayashi (*1951) pour le film de Wong Kar-wai ''In the Mood for Love'' (2000) : un thème ample et lancinant sur un accompagnement de pizzicatos des cordes pour décrire l'objet du film : un amour inavouable et obsédant.

Tout au long de ce parcours flattant essentiellement le registre de la discrétion, Virgil Boutellis-Taft fait montre d'une sonorité claire et intense et d'une habileté technique au service d'une grande intériorité. Comme d'un extrême raffinement, singulièrement dans l'œuvre de Chausson où est bannie toute recherche de l'effet au profit de la fluidité du geste. Si au final la tonalité générale du disque n'échappe pas à une légère monotonie, cela tient à la composition même du programme.

L'enregistrement, au Henry Wood Hall de Londres, offre une image large dans un vaste espace, un peu compacte (Tchaïkovski) ou par trop résonnante dans la basse (Umebayashi). L'instrument soliste est placé au premier plan.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: Tchaïkovski, Chausson, Saint-Saëns, Bloch, Tomaso Vitali, Max Bruch

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