CD : Motets napolitains

Motets Napolitains

  • Leonardo Leo : Motet ''Turbido caelo mare furentes''
  • Alessandro Scarlatti : Motets : ''Totus amore languens'' & ''De tenebroso lacu''
  • Nicola Antonio Porpora : Motet ''Regina Caeli''
  • Anthea Pichanick, contralto
  • Les Accents, premier violon et dir. Thibault Noally
  • 1 CD La Música : LMU 19 (Distribution : PIAS)
  • Durée du CD : 66 min 03 s
  • Note technique : (4/5)

Cet album met le projecteur sur le genre du motet italien de l'époque baroque, singulièrement le grand motet napolitain illustré par trois musiciens essentiels, Scarlatti, Leo et Porpora. Dans des interprétations sensibles. 

Naples, la ville aux quatre conservatoires de musique, absorbe à partir du milieu du XVIIème les jeunes talents venus d'Italie et d'ailleurs. L'école napolitaine est alors l'une des plus en vue. S'il est un genre qui fleurit tout particulièrement, c'est bien celui du grand motet à une voix avec accompagnement instrumental. Qui met en valeur celle des castrats en particulier, à un moment où le chant féminin est banni en public, notamment des scènes d'opéra. Anthea Pichanik et Thibault Noally ont choisi trois compositeurs qui pratiquent à la perfection ce genre, constitué d'une alternance d'airs et de récitatifs, permettant à l'interprète, sous couleur de montrer les subtilités du texte latin, d'étaler sa virtuosité à la fois dans les passages enflammés ou dans les morceaux cantabile. Leonardo Leo (1694-1744) d'abord, avec le motet ''Turbido caelo furentes'' (Sur la mer agitée, dans le ciel tourmenté). En quatre volets, il s'ouvre par une ''aria di tempesta'', musique agitée et très scandée. Que suit un récitatif débouchant sur une aria de sereine affliction. Et se conclut par un Alleluia glorieux. Nicola Porpora (1686-1768) ensuite, avec le motet ''Regina Caeli'' qui célèbre la Vierge Marie à grand renfort de la virtuosité vocale dont il est coutumier et qui l'a rendu célèbre grâce à de fameux interprètes comme le castrat Farinelli. Quatre courtes parties suffisent à s'approcher d'une théâtralité par ailleurs honnie, eu égard à sa joyeuse vocalisation : une prière jubilatoire avec force traits ornementés sur le mot ''Alleluia'', une seconde au tempo non moins vif pour proclamer la résurrection du fils de Dieu, une troisième plus développée et plus expressive sur les seuls mots ''Priez pour nous'', enfin une brève section Alleluia de nouveau toute réjouie.

Alessandro Scarlatti (1660-1725), fondateur de l'école napolitaine, a nul doute porté le genre à son apogée. Sa parfaite maîtrise, on l'admire dans le motet ''Totus amore languens'' (Tout languissant d'amour) : la double aria introductive oppose une première partie évoquant la douce quiétude du croyant à une autre traduisant la joie qui semble le submerger. Un court récitatif introduit une deuxième aria confrontant ''l'ardent désir du ciel '' et le refus des ''festins de ce monde plein de vanités''. Une vision antagonique bien souvent évoquée dans les œuvres de l'époque baroque. Dans une péroraison éclatante, Scarlatti suggère les félicités de l'âme s'approchant des ''ardeurs divines''. En six parties très contrastées, le motet ''De tenebroso lacu'' (Depuis le lac ténébreux) s'ouvre par un bref prélude instrumental créant un tableau sonore au sombre premier air. Le verset suivant est plus vif, puis un récitatif très expressif introduit l'aria finale ''De profundis'', de facture presque opératique où le voix est traitée comme un instrument dans les registres de la force comme de la douceur.

Le timbre généreux d'Anthea Pichanik, qui signe ici son premier disque, et son excellente diction enluminent ces pages d'une intensité certaine, bien qu'elle use du registre grave avec sobriété, en particulier dans les récitatifs. La partie instrumentale, si déterminante, dépassant un simple accompagnement, telle que prodiguée par l'ensemble Les Accents est pour beaucoup dans la réussite de ce programme. Eu égard à la direction sensible et attentionnée de Thibault Noally qui joue les solos de violon, et l'habileté de musiciens familiers de ce type de musique.

L'enregistrement, à l'église luthérienne Saint Pierre de Paris, offre une ambiance chambriste. La voix est saisie très proche, mais bien centrée parmi l'ensemble instrumental.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: Leonardo Leo , Alessandro Scarlatti , Porpora

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