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Concert : Simon Rattle et le LSO, de Berg à Beethoven

Sir Simon Rattle
Sir Simon Rattle dirige le LSO ©Mark Allen

  • Alban Berg : Sieben frühe Lieder. Passacaglia. Trois Pièces op.6
  • Ludwig van Beethoven : Symphonie N°7 en la majeur op.92
  • Dorothea Röschmann, soprano
  • London Symphony Orchestra, dir. Sir Simon Rattle
  • Philharmonie de Paris, Grande salle Pierre Boulez, dimanche 26 janvier 2020 à 16h30

Dans le cadre du week-end ''Beethoven et la modernité'', le LSO et son chef Simon Rattle interprétaient Berg et Beethoven. Un rapprochement qui pour être audacieux, n'en est pas moins pertinent, car entendre à rebours de chronologie les Lieder de jeunesse et les Pièces pour orchestre op.6 du premier avant la Septième Symphonie du second donne une juste idée du concept de modernité cultivé par l'un comme l'autre des deux compositeurs et éclaire nul doute d'un jour nouveau notre perception de ces œuvres. Surtout dans l'exécution flamboyante qui en est offerte.

Donc Alban Berg d'abord. Les Sept Mélodies de jeunesse, composées pour soprano et piano, sur des textes d'auteurs divers entre 1905 et 1908, seront orchestrées par le compositeur en 1928. Abordant des styles différents, comme le romanesque, dans la suite du romantisme, ou frôlant l'impressionnisme, leur association en cycle, non prévue à l'origine, dénote pourtant un souci de continuité et un travail compositionnel fouillé bénéficiant des dernières recherches du musicien. La riche orchestration, qui requiert une formation pléthorique avec force percussions, ne déploie tous ses fastes que dans la première (''Nacht''/Nuit) et la dernière pièce (''Sommertage''/Jours d'été). Seules les cordes sont présentes à la troisième (''Die Nachtigall''/Le Rossignol) et les vents à la cinquième (''Im Zimmer''/Dans la chambre). En tout cas l'instrumentation ne génère pas d'épaisseur et laisse à la voix son domaine d'expression propre. Dorothea Röschmann, qui s'illustra, entre autres, dans le répertoire mozartien à Salzbourg et ailleurs, en donne une lecture d'une belle intensité et d'une parfaite maîtrise dans tous les registres fort sollicités de la voix de soprano. Rattle lui confectionne un écrin expressif de choix, dévoilant en particulier les impressionnantes tonalités graves de la sixième mélodie (''Liebesode''/Ode d'amour). Il fait ensuite précéder sans solution de continuité les Trois Pièces op.6 de la Passacaglia, une pièce inachevée de 1913, orchestrée seulement en 1998 par Christian von Borries. Elle débute par une longue vague des cordes graves, violoncelles et contrebasses, à laquelle succèdent dix variations d'une extrême complexité.

Dorothea Roschmann
Dorothea Röschmann ©Harald Hofman

Ce dernier qualificatif s'applique assurément aux Trois Pièces op.6. dont l'effectif est là encore fourni, avec les bois par quatre, 6 cors, 4 trompettes et un brelan imposant de percussions. Composées en 1914, elles ne seront exécutées dans leur intégralité qu'en 1930. Elles portent en elles déjà l'empreinte de l'opéra Wozzeck qui verra le jour en 1925. D'une extrême ampleur, elles se réfèrent aussi à un musicien situé hors de la constellation de la Seconde École de Vienne, Gustav Mahler. Il y a là un summum de défis à la modernité, laissant souvent une impression de chaos sonore, proche du bruitisme, de désintégration d'architectures savantes. Ainsi la première pièce ''Praeludium''/Prélude débute-t-elle par un simple bruit. Elle s'achèvera d'ailleurs de cette manière. La deuxième, ''Reigen''/Ronde, de type valse grotesque, renchérit dans la complexité. L'univers de Wozzeck n'est pas loin et on remarque quelques solos instrumentaux pour des jeux sonores sophistiqués. Ces solos, de clarinette, de violon, se multiplient dans la dernière pièce ''Marsch''/Marche, la plus développée et la plus hétérogène. Les grands climax y abondent dont deux culminent par des coups de marteau, comme dans le finale de la Sixième Symphonie de Mahler. L'exécution, d'une précision chirurgicale, de Rattle et de ses musiciens donne, nul doute, une exacte idée de la substance on ne saurait plus concentrée de ces étonnants morceaux d'orchestre.

Vient Beethoven et sa Septième Symphonie op.92. Parangon de rythmique, au point que Wagner l'a qualifiée d'« apothéose de la danse », elle reçoit une interprétation grandiose que forge une combinaison d'énergie libératrice imprégnant ses quatre mouvements et d'extrême raffinement instrumental. Du Vivace, qui s'est installé au sortir de la lente introduction, Rattle magnifie la scansion, comme fonçant vers un idéal de jubilation. L'Allegretto, bâti sur un rythme de marche, est d'une absolue légèreté entre les mains du chef et des cordes immatérielles du LSO, son ostinato obsédant asservi à quelque dire majestueux et le crescendo se développant généreusement. Le Scherzo, certes marqué Presto, paraît encore plus vite en ce qu'il offre un effet de propulsion irrésistible pris à une telle allure, que tempèrent joliment les deux trios. Le finale Allegro con brio donne bien sûr l'impression d'être encore plus rapide, et est d'un élan proprement euphorique jusqu'à une coda confinant à l'ivresse, étourdissante telle que jouée par ce fabuleux orchestre. De cette exécution on dira qu'elle révèle, par des tempos sur le versant plutôt rapide, combien la danse est au cœur de la vision du chef. Et qu'il tempère d'une vraie tendresse ce que ces pages peuvent avoir de grandiose. On soulignera aussi combien l'orchestre londonien offre de jeu virtuose qui évite toute brillance. La disposition spatiale adoptée, plaçant les violons I et II de part et d'autre, les altos au centre gauche et les violoncelles au centre droit, autorise un parfait équilibre des masses, et l'extrême attention que Rattle porte aux seconds violons assure au contrepoint finement conçu par Beethoven toute sa valeur. La douceur qu'il obtient des pupitres des bois, flûtes, hautbois, clarinettes et bassons est pure magie.

Texte de Jean-Pierre Robert


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Mots-clés: Beethoven, Philharmonie de Paris, Alban Berg

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