CD : Le Giraud Ensemble Chamber Orchestra joue Gulda, Prokofiev et Poulenc

Giraud Ensemble Chamber Orchestra

  • Friedrich Gulda : Concerto for myself
  • Serge Prokofiev : symphonie N° 1, op. 25
  • Francis Poulenc : Concerto pour deux pianos et orchestre
  • Mischa Cheung, Yulia Miloslavskaya, pianos
  • Giraud Ensemble Chamber Orchestra, dir. Sergey Simakov
  • 1 CD Solo Musica : SM 325 (Distribution : Socadisc)
  • Durée du CD : 69 min 58 s
  • Note technique : (4/5)

Le Giraud Ensemble Chamber Orchestra, fondé en 2015, présente pour son nouveau disque un programme pour le moins insolite puisqu'il réunit Prokofiev, Poulenc et Gulda. Et fait entendre de ce dernier une rareté, son décoiffant Concerto pour piano. Mais il est peut-être un fil directeur pour expliquer cette étonnante association, celui de la fantaisie mâtinée d'un clin d'œil aux maîtres du passé.

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On ne saurait nier un tel ton au Concerto pour piano de Friedrich Gulda (1930-2000), créé en 1988 à Munich par l'auteur au piano. Par son titre d'abord, en forme de pied de nez, de ''Concerto pour moi-même'', et surtout par le traitement de la matière musicale. À l'image de la personnalité de ce pianiste hors norme, quelque peu controversé dans le monde musical, qui aimait mélanger classique et jazz dans ses concerts. Le système est ici érigé en principe de composition, puisque la partition mêle sans vergogne ces deux univers et fait dialoguer le piano soliste avec la batterie et la basse électrique, au fil de quatre mouvements et pour une durée copieuse puisque dépassant largement la demi-heure. Le premier, ''The new in view (then old is new)'', permet par ce jeu de mots d'associer modes hyper classique à la Tchaïkovski comme à la Mozart dans la fluide partie pianistique et un semblant de cadence, à un élargissement du spectre vers un solo de jazz. Le deuxième mouvement est une ''Aria con variazioni'' : un thème suave ressemblant à une aria de Bach, exposé au piano et au hautbois, lequel est décliné en variations tour à tour fidèles à l'esprit du Cantor, puis jazzy, mais sans perdre de vue cette inspiration de l'ancien. ''Of me'' est une ''free cadenza'' qui ouvre de nouveaux horizons, pseudo orientaux : une sorte de bref scherzo, proche aussi du minimalisme dans la répétition inlassable d'une même cellule au piano sur un accompagnement de percussions. Le piano est travaillé en d'étranges résonances métalliques. Le dernier mouvement revient à l'animation débridée du début et au même mode de piano concertant avec la basse électrique. Le jazz s'empare vite de l'espace sonore et tout s'affole côté rythme, malgré une façon de mélodie vite réfrénée. Gulda se lâche jusqu'à un grand solo de percussion et une conclusion un peu rapide. Ce qui, au final, ne laisse pas d'interroger sur ce qu'il a voulu passer comme message sinon se faire plaisir. Reste que l'œuvre est gratifiante pour l'interprète. Mischa Cheung se tire d'affaire avec brio, tout comme ses partenaires.  

La Symphonie N°1 de Prokofiev op.25, dite ''classique'', (1917) se veut dans le style de Haydn. Son esprit pastiche a largement contribué à sa célébrité. On ne peut nier l'extrême inventivité de ses quatre mouvements, surtout joués ici avec l'élégance et l'esprit que lui insuffle le chef Sergey Simakov : un Allegro preste et clair, nuançant ses deux thèmes joyeux, un Larghetto façon menuet joliment balancé, une Gavotte peut-être un doigt empesée, mais sans doute comprise au second degré, et un Molto vivace final débordant d'allégresse, mené rondement dans le babil des bois et leurs sonorités cocasses. Cette interprétation toute de transparence et de joie de vivre fait apprécier les modulations inattendues imaginées par Prokofiev, voire ses agréables dissonances qui font le sel de cette pièce.

Fantaisie encore chez Poulenc. Son Concerto pour deux pianos et orchestre (1932) s'écarte des canons habituels pour suivre une voie singulière. Comme dans les concertos de piano de Ravel, Poulenc privilégie une approche multipliant les idées et les ruptures. Ainsi du premier mouvement, depuis l'attaca des accords des deux pianos, prélude à un développement rythmique traité dans l'esprit ''poulbot'' qu'on connaît au musicien, et avec un débit irrépressible. La partie médiane, plus calme, distille un thème lyrique un brin mystérieux dans les traits translucides des pianos, et la coda tranche par son volontarisme et ses contrastes. Dans le Larghetto, Poulenc avoue son admiration pour Mozart, son Concerto du Couronnement en particulier, revu et corrigé par ses propres mélismes si spécifiques. On retrouve ces derniers dans un finale d'une énergie débordante, convoquant le jazz, le music-hall, voire Rachmaninov. Les deux pianistes Mischa Cheung et Yulia Miloslavskaya font montre de raffinement et d'esprit, tout à fait dans le ton enjoué de ces pages merveilleuses. Ainsi de l'entier orchestre d'ailleurs qui, comme dans les deux autres pièces, affirme une sûre palette instrumentale, au-delà d'un vrai goût pour l'aventure.

Enregistré en studio à la radio suisse de Zürich, le concerto de Gulda bénéficie d'une intéressante symbiose entre approche sonore classique et prise de son façon jazz. Les œuvres de Prokofiev et de Poulenc se voient offrir une ambiance nettement plus ouverte, presque trop aérée, ce qui n'empêche pas une grande précision en termes de raffinement instrumental.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: Prokofiev, Gulda, Francis Poulenc

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