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CD : intégrale des Trios de Brahms

Trios Brahms

  • Johannes Brahms : Trios pour piano, violon et violoncelle N° 1, op. 8, N° 2, op. 87 et N° 3, op. 101
  • Trio pour clarinette, violoncelle et piano op. 114
  • Geoffroy Couteau (piano), Amaury Coeytaux (violon), Raphaël Perraud (violoncelle), Nicolas Baldeyrou (clarinette)
  • 2 CDs La Dolce Volta : LDV 64.65 (Distribution : PIAS)
  • Durée des CD : 58 min 03 s + 50 min 29 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

Peut-être moins célébrés que ses autres œuvres chambristes, les trois Trios pour piano et cordes de Brahms comptent pourtant parmi ses plus belles réussites. Et le Trio pour clarinette mérite plus qu'une écoute attentive. Ces pièces sont interprétées par une brochette de musiciens talentueux réunis autour du pianiste Geoffroy Couteau qui s'est lancé le défi de jouer l'ensemble de la musique de clavier du compositeur. Une nouvelle pierre à l'édifice. Et de choix ! 

Pour ce qui est sa première œuvre de musique de chambre, Brahms investit le genre du Trio avec piano, violon et violoncelle. Le Trio N° 1 op. 8 en si majeur voit le jour en 1854. Il sera remanié plus tard, en 1891, dans un souci de meilleur équilibre, sans que soient minorées sa poétique nordique et sa belle ardeur juvénile. En quatre mouvements, il s'ouvre par un Allegro con brio, pris ici retenu, à la différence de la version légendaire due au Trio Stern-Rose-Istomin (CBS), mais d'une indéniable musicalité, laissant toute sa force à la richesse d'invention thématique qui l'irrigue, depuis la phrase voluptueuse d'entame au violoncelle jusqu'aux effusions du développement et à la grandiose péroraison. Le Scherzo est agité, là où cello et piano amorcent une course rapide et très articulée. Le passage en trio chaloupé progresse en un crescendo enflammé. Un hymne nocturne, en forme de Lied, occupe l'Adagio introduit par le piano, les deux cordes tressant une belle cantilène. Cela s'échauffe à l'appel du cello et la coda revient aux accents du début, atteignant une douce quiétude. L'Allegro final tumultueux, introduit de nouveau par le violoncelle sur des trémolos du clavier, s'inscrit dans le style ballade qu'affectionnera Brahms dans bien de ses compositions ultérieures.

Le Trio N° 2 op. 87 en ut majeur (1882) est plus sévère que son prédécesseur et moins immédiatement "romantique". L'allegro s'affirme péremptoirement dans de grandes déclamations, pour laisser place à un second thème plus tendre. Ce sera alors une alternance d'énergie irrépressible et de lyrisme diaphane. L'Andante con moto offre une mélodie nostalgique en forme de thème et de variations très travaillées dans l'échange piano-cordes, élégiaques ou éclatantes. Le Scherzo Presto est fantasque comme du Mendelssohn : glissements fantomatiques aux cordes, piano extrêmement modulant. Le trio est plus mélodique, quoique le contraste soit, dans les mains des présents interprètes, moins marqué que chez d'autres formations. Ce qui montre aussi un souci de continuité, qui se concrétise encore dans une coda nuancée. L'Allegro giocoso final développe la plus pure verve populaire au fil de divers épisodes différenciés où brode le piano.

Geoffroy Couteau
Geoffroy Couteau ©Jean-Baptiste Millot 

Le Trio N° 3 op.101, en do mineur (1886) est le plus concentré de la triade, témoin de l'économie de moyens qui prévaut dans la production du dernier Brahms. L'entame Allegro energico s'avère quasi beethovénienne dans les accords martelés du piano. Un deuxième thème charmeur, lancé par les cordes, contrebalance cette introduction fiévreuse. Le Presto assai est un scherzo d'un charme presque viennois dans ses déhanchements et son caractère festif, et le trio tranche par sa manière capricieuse. L'Andante grazioso figure une berceuse bâtie sur une simple mélodie évocatrice du piano. Cela progresse comme une suite de trois courtes variations d'où se dégage un parfum nocturne. Le finale Allegro molto entraînant prend de nouveau des allures de scherzo fantastique avec une pulsation singulière qu'initient les arpèges aériens du piano. Toute la fantaisie brahmsienne se lit dans le développement et la coda tout à fait éloquente.

Comme celle d'Anton Stadler pour Mozart, la rencontre du clarinettiste Richard Mühlfeld conduit Brahms à écrire pour cet instrument aux envoûtantes ressources. Le Trio pour clarinette, violoncelle et piano op. 114 en la mineur date de 1891, peu avant le fameux Quintette pour clarinette, dans l'ombre duquel il est sans doute un peu trop resté. C'est une pièce de passion contenue, à laquelle les couleurs automnales de la clarinette confèrent une nostalgie bouleversante, surtout dans l'union intime de celle-ci avec le violoncelle. Et ce dès les premières mesures de l'Allegro alla breve où le dialogue entre les deux voix s'intensifie sur l'accompagnement vif du piano. La fin du mouvement ressortit à la plus intime confidence. Il en va de même à l'Adagio, une romance amorcée par la clarinette, reprise par le cello dans un échange presque amoureux, arbitré par le clavier. La clarinette se fait élégiaque, singulièrement dans l'épisode médian, plus mystérieux. L'Andantino grazioso, de ton viennois, est proche d'une danse de Ländler pleine de charme, en particulier lorsque la clarinette joue en répons avec le violoncelle. L'Allegro ultime renoue avec le ton du début, le temps d'un parcours austère, dans la manière libre du Brahms des dernières années, et d'une succession de traits éclatants et calmes, à l'aune de l'alternance d'élégie et de passion qui caractérise l'œuvre.

Dans les présentes interprétations souffle un incontestable vent de renouveau. On est loin des clichés d'un romantisme facile. Le ton est toujours juste, les tempos judicieusement choisis et les nuances, certes marquées, répondent à une logique dramaturgique avisée. L'accomplissement technique est magistral. Le pianisme souverain de Geoffroy Couteau est bien sûr l'âme de l'affaire, qui se révèle un fin chambriste, soucieux des équilibres avec ses partenaires. Au violoncelle de Raphaël Perraud, magistralement sonore, fait écho le violon expert d'Amaury Coeytaux. Le Trio op. 114 est adorné par la clarinette de Nicolas Baldeyrou, premier solo du Philar, entre autres activités actuelles, dont la générosité sonore mais aussi le ton mordoré font merveille. En un mot, des interprétations modernes à marquer d'une pierre blanche.  

Les enregistrements, à la Cité musicale de Metz, bénéficient de sa merveilleuse acoustique toute de clarté. L'immédiateté et l'excellente balance entre les trois voix distinguent cet album.

À noter que ces œuvres seront données en concert, le samedi 7 décembre 2019 à 20 h 30, à la Salle Gaveau, dans le cadre du Festival La Dolce Volta.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: Brahms, Agenda, Salle Gaveau

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