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CD : les Ouvertures pour orchestre de JS Bach par Rinaldo Alessandrini

Rinaldo Alessandrini Bach

  • Johann Sebastian Bach : Ouvertures (Suites) pour orchestre N°1 BWV 1066, en ut majeur, N° 2 BWV 1067, en si mineur, N°3 BWV 1068, en ré majeur, N° 4 BWV 1069, en ré majeur
  • Johann Bernhard Bach : Ouverture a 3 en mi mineur
  • Johann Ludwig Bach : Ouverture a 4 en sol majeur
  • Concerto Italiano, clavecin et dir. Rinaldo Alessandrini
  • 2 CDs Naïve : OP 30578 (Distribution : Believe Group)
  • Durée des CDs : 68 min 45 s + 60 min 57 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

Voici une nouvelle version de la somme incontournable que constituent les quatre Ouvertures ou Suites de Jean Sébastien Bach, dues à une des grandes figures de la musicologie italienne, Rinaldo Alessandrini. Des exécutions somptueuses qui interrogent la manière de jouer ces musiques dans un esprit de fidélité à ce qu'il a pu en être à l'origine. Sont proposées également des ouvertures dues à deux des cousins du Cantor, Johann Bernhard Bach et Johann Ludwig Bach, judicieuse coquetterie complétant une somme passionnante.

Dans ses Ouvertures ou Suites pour orchestre, Bach mélange les styles. Ainsi débutent-elles par une ouverture à la française, dans laquelle les mouvements lents sont séparés par un vivace traitement fugué. Celle-ci est suivie par une succession libre de danses déclinant divers états émotifs et empruntées au répertoire français mais aussi italien. De la plus lente, la Courante, à la plus rapide, le Passepied, en passant par la Sarabande, le Menuet, la Gavotte, le Rigaudon, la Bourrée, la Gigue. Musiques alertes, éclatantes de vie, elles enthousiasment par leur charme qui les rapproche souvent de la forme concertante. Leur origine reste sujette à interrogation. Il n'existe pas de manuscrits originaux complets, mais seulement des parties séparées, et on se perd en conjecture sur leur datation : de l'époque de Coethen pour deux d'entre elles, de celle plus tardive de Leipzig pour les autres ? Bach a-t-il recyclé des pièces antérieures ? Sans parler des erreurs commises par des copistes peu scrupuleux ou peu familiers du style du Cantor. Certains numéros des Suites ont sans doute été conçus pour un orchestre à cordes, celui du Collegium Musicum de Leipzig, les parties de bois et de cuivres étant ajoutées a posteriori, dans un souci ''décoratif'' : le hautbois, dans le Suite BWV 1066, ou la flûte dans le cas de celle BWV 1067, qui suivent les violons « colla parte », c'est-à-dire en doublure. On pense aussi que les Ouvertures ont été à l'origine jouées en retenant l'usage d'un seul exécutant par partie. Tout cela ravive l'intérêt pour ces pièces, qu'on croit pourtant bien connaître.

La présente interprétation les aborde dans la chronologie supposée et vraisemblable de leur composition, la numérotation habituelle ayant été établie a posteriori. La Suite N°3, BWV 1068, ''a 10 stromenti'' offre une Ouverture somptueuse enrichie de trois trompettes et des timbales. « Air » est une page d'une beauté troublante dans son aspect méditatif et son tempo grave dont les phrases s'enroulent sur elles-mêmes. Les deux Gavottes ne sauraient faire meilleure diversion par la vivacité des thèmes. Bourrée et Gigue parachèvent de leurs traits engageants une œuvre proprement irrésistible. La Suite N° 1, BWV 1066, pour deux hautbois, basson, deux violons, alto et clavecin est dotée de sept parties. L'Ouverture distingue ritournelles et passages en trio des bois, typique du morceau à la française. Le hautbois entraîne les plaisantes Gavottes, puis la Forlane, joliment scandée dans un tourbillon de notes contrastant cordes et bois. Les deux Menuets diffèrent en ce que le premier mêle bois et cordes, alors que celles-ci sont seules présentes au second. C'est le contraire dans les deux Bourrées. Les Passepieds sont contrastés aussi, le premier rapide, énergique, syncopé, le second plus calme, plus continu dans son cheminement. 

Rinaldo Alessandrini
Rinaldo Alessandrini ©Marco Caselli Nirmal

La Suite N° 4, BWV 1069, aligne au long de ses cinq parties, une Ouverture mêlant solennité et vivacité, puis des Bourrées d'atmosphère joyeuse dans le dialogue cordes-vents, une Gavotte légèrement retenue pour un joli effet, qu'agrémente la disposition face à face retenue ici. Les Menuets sont autre chose que gracieux : d'une élégance toute française. La « Réjouissance » finale est aérienne et enlevée. La Suite N° 2, BWV 1067, la dernière composée, en 1738/1739, bien que non conçue pour la flûte à l'origine, lui confie un rôle intéressant. Dans l'Ouverture, celle-ci suit le violon pour créer un timbre particulier. Elle s'émancipe au fil des mouvements ultérieurs, comme les Rondeaux, où perce une des plus piquantes inspirations de Bach, puis la Sarabande, et surtout la Polonaise où elle joue une octave plus haut que le violon. Elle gagne son autonomie dans la Badinerie finale et son tourbillon qui adoptent un ton presque humoristique.

L'Ouverture en mi mineur a 3 de Johann Bernhard Bach (1676-1749), cousin au second degré de JS Bach, qui fit jouer sa musique au Collegium Musicum, est conçue pour les seules cordes, violons I & II, alto et continuo. Elle se place délibérément dans le style français, de manière plus marquée que chez JS Bach. Sept brefs mouvements de danse suivent l'Ouverture proprement dite qui cultive la forme de concerto pur violon. Ils sont de structure relativement simple et placés dans un ordre arbitraire, la Courante située vers la fin. On y remarque une section vive ''Les Plaisirs'', et des Rigaudon I & II bondissants. Quant à l'Ouverture en sol majeur a 4 de Johann Ludwig Bach (1677-1731), de 1715, autre cousin éloigné de Bach, elle est en six mouvements. Les deux ''Airs'' guillerets font la part belle aux hautbois, le second avec un amusant effet en écho entre les instruments solistes. Menuet, Gavotte et Bourrée sont bien conçus. Rapprochées des Suites de Bach, ces deux pièces rappellent combien ces trois musiciens étaient proches.

L'interprétation de Rinaldo Alessandrini à la tête de son Concerto Italiano adopte la solution d'un seul exécutant par partie, savoir le quatuor à cordes, une basse, quatre bois, trois trompettes et timbales. Il les dispose en trois groupes, cordes à gauche, bois à droite, cuivres et timbales au fond, le clavecin étant placé au centre. Une extrême lisibilité s'en dégage, singulièrement dans le contrepoint. Ces exécutions, fortes de 14 à 15 musiciens, promeuvent une élégance toute italienne, pour ne pas dire française. Les choix interprétatifs sont judicieux à travers la vivacité des tempos qui pour être bien articulés, gardent une souple liberté. On admire une intéressante différentiation aussi, au long des diverses danses dont les indications agogiques peuvent varier à l'intérieur d'un même type. Comme le raffinement des solos que permettent les éminentes qualités des instrumentistes de cette formation : douceur de la flûte traversière, piquant des hautbois, finesse des cordes. Voilà une intégrale magistrale destinée à faire référence au même titre que celle par Alessandrini des Concertos Brandebourgeois parue en 2005 chez le même éditeur.

La captation à l'Institut Pontifical de musique sacrée à Rome, est d'une rare opulence sonore. Elle offre une belle spatialisation des divers groupes instrumentaux et une extrême clarté. Confirmant l'idée que point n'est besoin d'un effectif nombreux pour donner le vrai de ces musiques.

Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: Bach

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