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CD : "Élégies", musiques orchestrales en écho de la Grande Guerre

Elegies

  • "Elégies"
  • Ernest Bristow Farrar : Heroïc Elegy op. 36
  • Franck Bridge : Lament for String Orchestra
  • Frederick Septimus Kelly : Elegy for String Orchestra
  • Jean Cras : Âmes d'Enfants
  • Jacque de la Presle : Soir de Bataille
  • Orchestre symphonique de Toulon, dir. Pierre Dumoussaud
  • 1 CD Hortus, Collection "Les Musiciens et la Grande Guerre", vol. XXXIV : Hortus 734 (Distribution : Harmonia Mundi UVM/AVM)
  • Durée du CD : 49 min 30 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile grise (4/5)

Ce nouveau volume de la collection "Les Musiciens et la Grande Guerre" focalise sur les œuvres pour orchestre composées durant les années 1915-1918. Elles sont peu nombreuses car les effectifs des formations orchestrales ne permettaient pas leur exécution du fait de la mobilisation des hommes, et à une époque où les femmes n'y participaient pas. Un intéressant florilège.

Trois compositeurs anglais ont évoqué à l'orchestre la douleur causée par la perte d'un être cher ou des soldats tombés au front. Dans son Heroïc Elegy, "For soldiers", écrite en 1918, Ernest Bristow Farrar (1885-1918) trace une grande lamentation grave ponctuée de percussions, comme des coups de canon. Lament for String Orchestra de Franck Bridge, créé en 1915 aux Proms de Londres, est composé à la mémoire des victimes du Lusitania, un navire envoyé par le fond par une torpille ennemie le 7 mai 1915. Cette brève pièce écrite par un homme qui clamait son pacifisme dégage une émotion certaine, de désespoir mais non de colère, à l'aune de sa conclusion apaisée. Frederick Septimus Kelly (1888-1916), athlète rameur mais aussi bon pianiste et admirateur de Ravel, écrit son Elegy for String Orchestra (1915) en hommage à un ami mort de maladie en Grèce, alors qu'il y servait lui-même sur un navire de guerre. C'est là une méditation discrète, évocation de sentiments enfouis, les cordes tressant une mélopée mobile pianissimo. Une péroraison vibrante conclut ce morceau magistralement évocateur de la tristesse de l'ami disparu.

Le français Jacques de la Presle (1888-1969) écrit en 1918 Soir de Bataille, "tableau symphonique pour orchestre" sous-titré "Impressions 1914-1918, Leconte de Lisle". L'œuvre restera inachevée et tombera dans l'oubli. Elle est restituée, pour la première fois, dans une orchestration due à Samuel Campet. Brancardier et compositeur, de la Presle écrit ce poème symphonique sur les horreurs de la guerre "d'après un poème de Leconte de Lisle... mais surtout d'après ce que j'ai vu", écrit-il à sa fiancée. L'instrumentation est sombre aux cordes dont se détache le hautbois. Une séquence de bataille avec fanfares et roulements de tambours nourris débouche sur une autre élégiaque, traduisant le sentiment de solitude éprouvé par l'éloignement de l'aimée. C'est ensuite une succession de tempos martiaux et plus mystérieux où l'on retrouve toute la symbolique guerrière (cloches, fanfares). Avec Âmes d'Enfants, le marin Jean Cras (1879-1932) évoque la souffrance de l'éloignement de sa famille. Durant son service comme officier de marine, commandant d'un torpilleur dans l'Adriatique, puis d'un navire dans la Manche, il ne cesse de composer. Ainsi du triptyque écrit en 1917-1918, pour piano à six mains, pour ses trois filles, qu'il orchestre ensuite. "Pures" est un andante d'une grande douceur mélodique dans un esprit impressionniste. "Naïves" est une berceuse enjouée au joli dessin des bois installant un discours confiant, dans l'avenir peut-être. Enfin "Mystérieuses", clairement dans l'influence de Debussy, déploie de mirifiques couleurs où se signale un intéressant travail sur la petite harmonie. La pièce se termine par une chanson enfantine. 

On ne peut que saluer les interprétations sensibles du jeune chef Pierre Dumoussaud, vainqueur du Ier Concours de Chefs d'Orchestre d'Opéra de l'Opéra Royal de Wallonie en 2017, et qui a déjà à son actif un joli palmarès opératique. Il dirige avec tact l'Orchestre symphonique de Toulon dont il tire de superbes effluves. 

L'enregistrement, au Casino de La Seyne-sur-Mer, est clair même si pas toujours des plus aérés.

Texte de Jean-Pierre Robert

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