CD : "Moderniste"par Les Vents français

Moderniste LesVentsFrancais

  • Darius Milhaud : Sonate pour flûte, hautbois, clarinette & piano op. 47
  • André Jolivet : Sérénade pour quintette à vents avec hautbois principal
  • Albéric Magnard : Quintette pour flûte, hautbois, clarinette, basson & piano, op. 8
  • Carl Nielsen : Quintette à vents op. 43
  • Philippe Hersant : Osterlied pour quintette à vents & piano
  • Thierry Escaich : Mecanic Song pour quintette à vents & piano
  • Les Vents français : Emmanuel Pahud (flûte), François Leleux (hautbois), Paul Meyer (clarinette), Gilbert Auguin (basson), Radovan Vlatković (cor) & Éric Le Sage (piano)
  • 2 CDs Warner Classics : 0190295548704 (Distribution : Warner Classics)
  • Durée des CDs : 66 min 03 s + 48 min 51 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

Formation émérite s'il en est, Les Vents français explore méthodiquement son répertoire. Cette fois, divers aspects de la modernité, prise au sens de manière novatrice, et déclinée selon le credo de six compositeurs : Magnard, Milhaud, Jolivet, Nielsen et deux contemporains Hersant et Escaich. Une immersion dans un univers onirique que les cinq instrumentistes et leur pianiste Éric Le Sage investissent avec sagacité. Aussi divertissant qu'enrichissant !

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La Sonate pour flûte, hautbois, clarinette & piano de Darius Milhaud, composée en 1918, offre des tournures brillantes dont l'étrangeté séduit immédiatement par l'inventivité de l'écriture pour les trois vents, puisée aux influences sud-américaines. Ainsi du premier mouvement ''Tranquille'', une berceuse s'animant peu à peu, du second, ''Joyeux'', enjoué dans son généreux babil, se terminant calmement, du suivant "Emporté", qui débute comme une fusée, lançant les vents dans autant de pirouettes osées, enfin du dernier, "Douloureux", mélange de pudeur et d'intensité à travers un discours apaisé, très chantant. La Sérénade pour quintette à vents avec hautbois principal d'André Jolivet (1945) offre la particularité d'une partie de hautbois concertant sans que l'équilibre chambriste ne soit compromis. L'œuvre cultive une approche modale et est d'une grande richesse de coloris, comme un lyrisme profond, caractéristique de la musique du compositeur. Au long là aussi de quatre mouvements : "Cantilène", aux sonorités mystérieuses dans la combinaison savante des 5 vents, "Caprice", qui virevolte dans une virtuosité percutante, "Intermède", débuté par la clarinette, déployant un panorama envoûtant, et "Marche burlesque" qui termine sur une note presque comique parée d'idées mélodiques variées et ingénieuses, magistralement rythmées.

Albéric Magnard (1865-1914) voit créer sa seule œuvre pour vents, le Quintette op. 8 pour flûte, hautbois, clarinette, basson & piano à Bruxelles en 1895, dans le cadre d'un concert organisé par le mouvement "La Libre Esthétique", regroupant des artistes belges d'avant-garde. Cette pièce d'ampleur est encore ancrée dans le romantisme tardif, à l'aune de son mouvement initial, "Sombre", empli de belles envolées et offrant à chacun des vents de fins traits solistes. On note quelques motifs récurrents qui font penser à Franck. Le second, "Tendre", entamé par la clarinette, ouvre un monde intérieur d'une réelle profondeur. Le piano qui en unit les diverses séquences, se voit offrir une cadence. Là aussi, les alliances des instruments séduisent par leur invention. "Léger" est marqué par l'intervention du hautbois aux saveurs orientales sur une pédale grondante du piano. Le dire ondule dans la meilleure tradition gallique. "Joyeux'' termine par sa rythmique marquée mais pas heurtée, et ses plages de lyrisme. La profusion des idées renouvelle l'intérêt, dont une marche pointée amusante et un étonnant solo du basson, en forme d'aria.

Le Quintette à vents op. 43 de Carl Nielsen (1922) passe pour une des pièces phares du répertoire chambriste pour vents. Son mode divertissant au fil de ses trois mouvements y est pour beaucoup. L'Allegro ben moderato comporte une bonne dose d'humour dans la manière habile de singer chacun des protagonistes par des traits cocasses, voire burlesque (répétition de notes, caquetage du hautbois, fluidité de la flûte, légère sonorité de bombarde de la clarinette). Le Menuetto apporte apaisement quoique les combinaisons instrumentales y soient tout aussi variées dans un geste coulant et allègre. Le finale, ouvert par un ''Praeludium'' grave où la flûte joue une mini cadence, est basé sur le schéma Thème et variations. Le thème est repris d'un choral écrit auparavant par Nielsen. Les onze variations sont on ne peut plus contrastées par la richesse des dialogues, leur fantaisie, et la virtuosité, notamment dans les registres extrêmes, offrant aux divers vents l'occasion de briller. 

Les vents francais
Les Vents français ©DR

Thierry Escaich (*1965) écrit Mecanic Song pour quintette à vents & piano en 2006, sa deuxième pièce pour cette formation. Elle débute par une volute du piano introduisant un monde sonore presque hypnotique. Le recours à des ostinatos en renforce le climat obsessionnel. Le piano fait office de ''ground'' sur lequel s'agrègent les divers instruments à vents pour une progression très rythmée. Il s'agit d'une suite de variations sur un choral imaginaire, dont la première partie est traversée de passages en fusées. La seconde, plus calme, transporte dans d'autres contrées mystérieuses, aux sonorités étranges. Des stridences apparaissent au hautbois suraigu, imposant "une sorte de prolifération ornementale", selon l'auteur. La dernière partie est "une sorte de scherzo vif et fantasque". Voilà une musique indéniablement habitée. Elle a été crée par Les Vents français en 2007. Tout comme le sera, en 2016, Osterlied pour quintette à vents & piano de Philippe Hersant (*1948). Il s'agit d'une suite de variations à partir du choral "Christ lag in Todesbanden" de JS. Bach. Le morceau est fondé sur le principe de la résonance. Ainsi des effets de sonneries de cloches sonnant à la volée avec bourdon répétitif. Les alliages instrumentaux comme la manière de les traiter (répétitions, juxtapositions, pédales et prolongements sonores) confèrent à cette œuvre un impact aussi musical que spirituel, comme ses dernières pages confiées au piano et au basson.

Un des meilleurs ensembles du moment, Les Vents Français, Emmanuel Pahud (flûte), François Leleux (hautbois), Paul Meyer (clarinette), Gilbert Audin (basson), Radovan Vlatković (cor), ainsi que le pianiste Éric Le Sage, éminent chambriste, éblouissent par l'élégance et le tact de leurs exécutions, le raffinement du jeu où la pure virtuosité est transcendée. C'est un vrai bonheur d'écouter comme cette équipe si soudée pare d'âme, de charme et de souffle chaque pièce de cette nouvelle anthologie. 

Les enregistrements, effectués de 2014 à 2017, à Berlin et à Munich, offrent une image claire et aérée. Ils ménagent un équilibre parfait entre les différentes voix qui sont restituées dans leur exacte définition.

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Texte de Jean-Pierre Robert

Disponible sur Amazon en CD et MP3


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