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CD : Christophe Rousset joue Frescobaldi

Frescobaldi Christophe Rousset

  • Girolamo Frescobaldi : Toccate e Partite d'intavolatura di cimbalo. libro primo
  • Christophe Rousset, clavecin
  • 1 CD Aparté : AP 202 (Distribution : PIAS)
  • Durée du CD : 78 min 27 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5) 

Après Bach, Couperin, Duphly, Balbastre et autre Froberger, Christophe Rousset poursuit son exploration au disque sous label Aparté des grandes pages de la musique de clavecin avec Girolamo Frescobaldi. En fait, le premier compositeur à avoir donné en Italie ses lettres de noblesse à l'instrument, et dont l'influence s'étendra sur bien de ses contemporains et jusqu'à JS. Bach. Rousset joue ici une de ses compositions majeures pour l'instrument. Avec la flamme qu'on lui connaît.

Composé en 1615, le Ier Livre des Toccatas et partitas de tablature de clavecin de Frescobaldi va connaître plusieurs éditions dont la plus compréhensive, en 1637, est ''augmentée'' de plusieurs pièces, singulièrement de musiques de facture vocale, voire empruntant au domaine du ballet. Ces enrichissements successifs témoignent aussi de l'évolution du langage d'un musicien par ailleurs organiste - il sera titulaire de l'orgue de la basilique de Saint Pierre de Rome de 1608 à sa mort, en 1643 - vers un geste plus ample, ''explorant plus encore l'expressivité, la dissonance, le chromatisme, la virtuosité et son intarissable invention", relève Rousset. Ce premier livre se compose essentiellement de toccatas et de partitas. Les premières sont plutôt déclamatoires et déploient une sûre science du contrepoint. Les secondes, tout aussi empreintes d'une extrême souplesse de la pulsation, sont parées d'un style plus chantant et traduisant une grande variété d'affects. Rien d'étonnant à cette porosité avec la musique vocale, genre dans lequel Frescobaldi a aussi excellé avec des messes, motets, madrigaux et canzoni, dont ses fameux Fiori musicali (1635). On admire aussi le rythme qui irrigue ces compositions pour le clavecin, soit changeant, soit libre, comme il en est du style madrigalesque. Tout comme les harmonies étranges qui apportent un élément d'inattendu. Rousset souligne que le musicien cultive dans ces pièces une manière archaïsante, mais non exempte d'une certaine verdeur. On l'expérimente en particulier dans les Partite qui sont d'une étonnante inventivité. Comme ''Cento partite sopra passacagli'', ou ''Partite sopra l'aria della Romanesca'', morceaux d'une longueur inhabituelle, faits de plusieurs parties diversifiées, autant de variations, jusqu'à donner l'impression d'improvisation. Autre pièce de même type, ''Partite sopra l'aria di Monica'' ou l'art vocal à son apogée, celui du madrigal ferrarais. ''Partite sopra l'aria di Follia'' offre un rythme de gaillarde tout aussi diversifié, du plus volontariste au plus fluide. Autre source d'inspiration chez Frescobaldi : la musique de ballet. Ainsi le ''Balletto terzo, corrente e passacaglia'', où se succèdent une introduction, une courante vive et une passacaille rehaussée de dissonances. Ou le ''Balletto e ciacona'' par lequel se conclut le disque, traité dans un apparent classicisme et un style chantant dans la brève chaconne. 

Christophe Rousset montre, s'il en était besoin, combien il ''possède'' cette musique. Le mot empathie est presque réducteur pour décrire avec quelle maîtrise il joue ces pages lumineuses, si magistralement rythmées et embellies des plus belles couleurs. Elles sonnent d'autant plus avantageusement de par le choix de l'instrument joué : un clavecin anonyme de la fin du XVIème, remanié par un maître de Bologne, Rinaldo de Bertonis, en 1736, puis restauré dans les années 2000 par le facteur David Ley. Ce dernier a remis l'instrument dans sa disposition d'origine : un clavecin proche de celui utilisé par Frescobaldi, dont Rousset rappelle qu'il était réduit en tessiture, excluant les changements de registres. On en admire le son cristallin sans excès de résonance dans le grave. 

L'enregistrement, effectué à l'Hôtel de l'industrie à Paris, est clair et immédiat, restituant toutes les harmoniques de cet étonnant instrument.

Texte de Jean-Pierre Robert

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