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CD : Éric Le Sage interprète les Nocturnes de Fauré

Eric Le Sage Nocturnes Faure

  • Gabriel Fauré : 13 Nocturnes
  • Éric Le Sage, piano
  • 1 CD Alpha : Alpha 414 (Distribution : Outhere Music)
  • Durée du CD : 72 min 10 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

Parmi les plus émouvantes pages de Fauré, les Nocturnes forment l'ensemble le plus significatif de son œuvre pour piano seul. Les écouter, c'est cheminer parmi les chefs-d'œuvre, pénétrer dans un monde d'effusions discrètes, de confidences, mais aussi de passion, toujours de poésie. Ils sont interprétés par un pianiste français qui possède cet idiome magistralement.

Écrits entre 1875 et 1921, jalonnant ainsi sa production sur plus de 45 ans, Les 13 Nocturnes témoignent de l'évolution stylistique de Fauré, entre romantisme fin de siècle et aube de la modernité. L'héritage du genre immortalisé par Chopin et son chant orné d'une nostalgique introspection, il le transfigure en un lyrisme tout d'épanchements mesurés et d'une profondeur inconnue jusqu'alors. L'appellation de ''nocturne'' ne doit pas être prise au 1er degré. Le Nocturne fauréen signe une rêverie, une méditation. Il s'exprime dans la demi-teinte, les contours indéterminés, évoquant "la secrète communion de l'homme et des choses invisibles", comme le souligne Philippe Fauré-Fremiet, le fils du compositeur. Ils sont de forme tripartite quoique celle-ci soit de temps en temps délaissée au profit d'une manière plus libre. 

Les trois Nocturnes de l'op. 33 sont écrits entre 1875 et 1883. Le premier prodigue une expression intense, marque de la manière fauréenne, où Vladimir Jankélévitch voit "je ne sais quel mélange de langueur et de nostalgie infinie" (in ''Fauré ou l'inexprimable", Plon). Le second oppose une sorte de confidence à une brillante toccata, et le 3ème, après un début pseudo romantique, infléchit le discours dans une belle effusion aux harmonies enivrantes. Les 4ème et 5ème Nocturnes, composés en 1884, séduisent par un généreux balancement et un épisode tendre central, presque chopinien pour ce qui est de l'op. 36. Le Sixième Nocturne op. 63, de 1894, considéré comme un chef-d'œuvre, évoque "les effusions de la nuit", selon Philippe Fauré-Fremiet, dans son prologue tout empli de mystère. Suit un allegretto d'une belle fantaisie qui a quelque chose à voir avec "l'équivoque du clair-obscur" (ibid.), puis un allegro aérien truffé d'arpèges et se terminant par un épilogue apaisé.

Déjà plus dépouillé, le Nocturne N° 7, op. 74 (1898) déploie un rythme de barcarolle s'animant pour s'affirmer dans une "effusion passionnée dont les élans, les ferveurs, le souffle lyrique font souvent penser à Chopin" (ibid.). Le court 8ème Nocturne op. 84 (1902) offre une dissertation ininterrompue mêlant force et tendresse. À partir du Nocturne N° 9, op. 97, composé en 1908, Fauré aborde une nouvelle étape caractérisée par l'économie dans la forme, le dépouillement de l'écriture vers une sorte d'épure, et plus travaillée dans l'harmonie. Le Dixième nocturne op. 99, de la même année, et contemporain de l'opéra Pénélope, est austère : un adagio méditatif où le travail de la main gauche très fouillé marque le thème, un chant s'élevant vers une sorte d'apothéose. Le Onzième op. 104/1 (1913) propose un climat élégiaque, une émotion contenue, proche de l'abstraction. Cortot y voit "la dignité, la réserve chaste et douloureuse des monuments funéraires de l'antiquité". Le Nocturne N° 12 op. 107, de 1915, est une sorte de barcarolle, genre dans lequel Fauré s'est aussi illustré, grave, tourmentée dans ses climats fiévreux, tempérés de la belle modulation qu'y inscrit le musicien. Enfin, le Treizième nocturne op.119, écrit en 1921, clôt en beauté ce chapitre pianistique. On y a vu l'archétype du nocturne fauréen, qui ''s'exhale et rayonne dans une splendeur zénithale'', selon le fils du musicien. Sa construction bipartite est magistrale : un andante dispensant un chant discret qui se cherche et vire vers quelque martèlement obstiné, un allegro fougueux, presque tempétueux, là encore plein d'un élan irrésistible.

Familier du répertoire français dont il est un des dignes représentants actuels, Éric Le sage est l'interprète choisi de ces pièces. Ses exécutions sont frappées au coin de l'intelligence et de la rigueur : un jeu virile et tendre, maniant fermeté et nonchalance, cette manière presque paradoxale que cultive le piano de Fauré, selon Jankélévitch. Et qui traduisent ''l'éloquence voluptueuse'' que reconnaît à Fauré Marguerite Long.

Un lyrisme intime aussi, une élégance raffinée si typiquement française, qui savent servir l'élan de ces musiques magistrales.

Son Steinway D est magnifiquement enregistré (au De Singel, la salle de concerts d'Anvers), la prise de son se distinguant par une belle présence de l'instrument saisi dans toute sa clarté et une atmosphère aérée.

Texte de Jean-Pierre Robert

Disponible sur Amazon en CD et MP3


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