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CD : Petrouchka et Jeu de cartes sous l'œil aiguisé de Valery Gergiev

Stravinski Petrouchka Jeu de Cartes

  • Igor Stravinsky : Petrouchka, Scènes burlesques en quatre tableaux. Jeu de cartes, Ballet en trois donnes
  • Orchestre du Théâtre Mariinsky, dir. Valery Gergiev
  • 1 CD Mariinsky : MAR 0594 (Distribution : PIAS)
  • Durée du CD : 57 min 51 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

C'est une fort originale idée que de réunir sur un même CD Petrouchka et Jeu de cartes, deux ballets de Stravinsky : une façon de mise en abyme mettant en exergue les différences stylistiques existant entre des œuvres que sépare un bon quart de siècle, mais aussi ce qui les rapproche peut-être, un même esprit espiègle et caustique. Ils sont interprétés avec brio et acuité par Valery Gergiev et ses musiciens du Mariinski.

Petrouchka, ''scènes burlesques en quatre tableaux'', créé en 1911 au Châtelet par Pierre Monteux, forme une succession d'images que Stravinsky traite en une sorte de collages, et non en une vraie narration. Musicalement, il annonce plus Le Sacre du printemps qu'il ne s'inscrit dans la veine de L'Oiseau de feu. Ces images, qui font intervenir un air célèbre, ''Elle avait une jamb' de bois'' et divers thèmes populaires russes, offrent un langage nouveau, et un expressionnisme annonçant l'œuvre révolutionnaire de 1913. Sillon dans lequel Gergiev se place justement, soulignant combien le contour se fait net, centré sur le timbre, tournant presque le dos à la mélodie au profit du rythme. Il joue la version originale qui fait appel à un vaste orchestre, bois par quatre, 4 cors, 3 trombones, 2 trompettes, outre une impressionnante section de percussions. Voilà une vision flamboyante dès son entrée en matière de la foire du Mardi gras, aux traits volontairement crus, mais traversée d'épisodes très contrastés, dont celui dit du ''Tour de passe-passe'' et son ingénieux solo de flûte, ici d'une lenteur calculée. Au deuxième tableau, ''Chez Petrouchka'', la lecture s'attarde volontiers, en particulier lors du bref solo de piano. Le tableau suivant, ''Chez le Maure'', a quelque chose d'effrayant dans la danse des instruments graves, dont le contrebasson sur le tintement susurré des cymbales. De la ''Danse de la Ballerine'', Gergiev souligne le côté rythmiquement original de par ses ruptures et sa métrique variable, un avant-goût de celle saccadée et primaire du Sacre. Le retour du climat fourmillant de la foire apporte un regain de tension ludique dans laquelle la ''danse des nounous'' et ses vagues d'orchestre s'inscrivent naturellement. Les diverses autres danses signent leurs différences, celle ''de l'ours'', façon bastringue, celle ''des cochers et des palefreniers'' d'une grinçante mécanique. Car les nuances sont ici poussées à l'extrême, d'une vision qui ne récuse pas le théâtre. Ce que l'Orchestre du Mariinski ménage avec brillance, car le son de cette musique est le leur. Le final de la ''Mort de Petrouchka'', débutant après un silence appuyé, développe sa séquence morbide et caustique. Une exécution engagée, colorée, et musicalement accomplie.

Commandé au compositeur pour un festival Stravinsky à New York, Jeu de cartes, écrit en 1936, sera créé l'année suivante au Met Opera dans une chorégraphie de Balanchine. C'est un court ballet basé sur une partie de poker dont le personnage principal, le Joker, se croit invincible et sera finalement vaincu par un ''royal flush'' à cœur. L'action est celle des trois donnes d'une partie. Appartenant au style néo-classique de Stravinsky, la partition est enjouée, voire spirituelle, truffée de citations fugaces plus ou moins reconnaissables, de Bach, Johann Strauss, Ravel, Rossini (Ouverture du Barbier de Séville) et de Stravinsky lui-même ! D'où son caractère éclectique, ce qu'une orchestration brillante achève de placer au rang des réussites. Mal connue cependant par rapport aux autres grands ballets, comme Petrouchka. Chacune des séquences s'ouvre par une introduction solennelle et sera traversée de divers Pas d'action, marche, variations, Pas de quatre, ou encore Valse-Menuet. Valery Gergiev en fait ressortir toute la rythmique mordante, la verve caustique aussi, au fil d'une interprétation là encore d'une belle virtuosité instrumentale. 

Les enregistrements (2014/Petrouchka et 2009/Jeu de cartes), dans l'auditorium du Théâtre Mariinski, offrent une plastique sonore généreuse avec solos des vents nettement avantagés quoique pas trop isolés dans le contexte global, et une ligne de basses bien sentie. La spatialisation est large mais naturelle. 

Texte de Jean-Pierre Robert

Disponible sur Amazon en CD et MP3

 


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