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Concert : Jean-Nicolas Diatkine en concert à la Salle Gaveau

Jean Nicolas Diatkine

  • Wolfgang Amadé Mozart : Adagio en si mineur, K. 540. Dix Variations sur un air de l'opéra ''Les Pèlerins de la Mecque'' de Gluck, en sol majeur K. 455
  • Ludwig van Beethoven : sonate N° 23 en fa majeur op.57, ''Appassionata''
  • Frédéric Chopin : 24 Préludes, op. 28. Polonaise op. 53 en la bémol majeur ''héroïque''
  • Jean-Nicolas Diatkine, piano
  • Salle Gaveau, Paris, le 3 avril 2019 à 20 h 30

Pour son récital parisien, Jean-Nicolas Diatkine jouait un programme ''classique'', pour ne pas dire ''grand public'', et copieux, associant Mozart, Beethoven et Chopin. Un choix sans doute mû non par confort, mais pour mettre en abîme quelques correspondances cachées. Que traversent des interprétations généreuses qui vont parfois jusqu'au bout de la pensée musicale, servies par une technique impressionnante.

Placer en ouverture l'Adagio K. 540 de Mozart peut paraître osé, car voilà musique austère et tragique que Mozart compose dans une période difficile (1788). Mais Jean-Nicolas Diatkine en voit la force « dans l'apaisement des sentiments tragiques qu'elle suscite tout d'abord, pour aboutir à une sérénité inattendue dans les dernières mesures ». De fait, l'exécution force l'admiration par son intensité, à travers les changements de rythmes, dont celui dit de batterie, et ses modulations angoissées. Le contraste sera, dès lors, étonnant avec les Variations sur un thème de Glück qui suivent, tiré de son opéra Les Pèlerins de la Mecque. Cette pièce, antérieure à la précédente, est enjouée, comme l'est le personnage de derviche qui en est le centre, et comme pouvait l'être Mozart. Un sens de l'improvisation montre que cette œuvre dépasse ici le style de la variation dite galante. Le pianiste montre une belle faconde, parfaitement maîtrisée au fil de ces courtes vignettes, tour à tour d'humeur caustique, d'esprit joueur, de confrontations imaginaires, ou encore emplies de facéties. Franchissant un saut dans le temps et les styles, Diatkine donne ensuite la Sonate Appassionata de Beethoven. Qui selon lui « recèle une joie profonde ». ETA Hoffmann, qu'il cite dans sa présentation, estime à ce propos que « la musique de Beethoven suscite le frisson, la crainte, l'épouvante ». Effectivement, la vision du pianiste offre quelque élan affirmé, comme emporté. La narration de l'allegro assai est prestissime, passionnée, orageuse, inassagie comme une tornade, manière qu'il partage avec nombre de ses confrères qui se plaisent à le jouer vite. Le geste impérieux, la course à l'abîme déplacent vers l'absolu tragique l'intensité de la pensée qui parcourt ce mouvement. L'Andante con moto, pris d'abord quasi adagio, s'enfonce vite dans ce même discours exacerbé, et le finale sera cravaché, telle une tempête sans répit, les accords assénés fortissimo, et l'ultime section Presto boulée plus encore. Vision de cataclysme qui laisse sur une impression presque d'accablement.

Vient alors Chopin et ses Préludes op. 28. On sent le pianiste à l'aise dans ce kaléidoscope de brefs morceaux à l'expressivité contrastée. Leur modernité, leur caractère d'improvisation, où Liszt appréciait « le premier jet, l'élan, la soudaine venue », sont ici magistralement rendus. Ainsi des pièces rapides comme la 3ème, Vivace, chant primesautier, ou la 8ème, Molto agitato, là où Cortot voyait une tempête faisant rage, ou encore l'ultime, Allegro Appassionato, d'une fureur éperdue. Les morceaux lents sont pareillement parés d'une expressivité vraie, comme le plaintif 4ème, Largo, dont la main droite déploie une fragile plainte qui s'éteint, ou le 6ème, Lento assai, si élégiaque, ou encore le 15ème, Sostenuto, qui de sa belle mélodie, évoque le Zal, ce spleen, cette nostalgie typiquement polonaise. On remarque aussi le contraste entre deux pièces successives dissemblables. Ainsi du 12ème prélude, Presto, et sa mélodie à la main droite sur laquelle cravache la gauche, et du 13ème, Lento, tendrement mélancolique dans sa modulation. Diatkine restitue toutes les couleurs de ces préludes par la rectitude de l'approche, au service d'une technique éprouvée. Le toucher raffiné préfigure Debussy dans le 23ème prélude, Moderato, aux allures fuyantes, comme effleuré. À l'occasion, se laisse-t-il emporter par une certaine virtuosité, sans doute pas de façade, creusant les écarts de dynamique. Ce sera le cas dans l'exécution de la Polonaise op. 53 ''héroïque''. Mais on ne saurait dénier à cet artiste la sincérité et le bonheur de partager. 

CD Jean Nicolas Diatkine

 Les traits distinctifs de l'art du pianiste se retrouvent dans son récent CD (2016) consacré à Schubert et à Brahms.   

  • Franz Schubert : Quatre Impromptus, op. 142
  • Johannes Brahms : Sonate N° 3, op. 5
  • 1 CD Parnasse Éditions : PAR75 (Distribution : Forlane)
  • Durée du CD : 76 min 42 s
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rouge (5/5) 

Un couplage singulier, marqué au coin d'autres correspondances, en l'occurrence par la référence à Beethoven, que les deux musiciens vénéraient. Diatkine joue les Quatre Impromptus op. 142 de Schubert de manière pensée et raffinée. Lui qui leur trouve une parenté avec les œuvres vocales du musicien, car « il semble que le piano ait fusionné avec la voix ». Remarque pertinente chez un pianiste qui a longtemps pratiqué le coach musical auprès d'apprentis chanteurs, puis tenu le rôle d'accompagnateur de grands professionnels. Son interprétation place le mélodisme au cœur de ces quatre pièces, comme l'élégance et la limpidité du phrasé (Impromptu N° 2), qui sait le céder à une belle introspection (Impromptu N°4). La vaste Troisième sonate op. 5 de Brahms bénéficie de pareille profondeur de vue, une pièce appartenant au grand romantisme et maniant le principe cyclique. Élan, vigueur expressive, densité sont ici les maîtres mots. Que déclinent l'éloquence passionnée et presque héroïque de l'allegro maestoso, la belle simplicité de l'andante espressivo, qui frappe par la sincérité de la poétique, le fantastique du scherzo energico qui fuse fièrement, et qu'interrompt un trio d'un lyrisme recueilli, l'imaginatif intermezzo assorti d'un semblant de marche funèbre lui conférant un caractère presque angoissé, la manière libre enfin d'aborder le rondo final, récapitulation des thèmes précédemment exposés, vigoureusement exécuté. Voilà du grand et beau piano, magistralement capté dans les Studio Teldex de Berlin.    

Texte de Jean-Pierre Robert    

CD disponible sur Amazon


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Mots-clés: Salle Gaveau

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