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Concert : Mozart et Elliott Carter sous un même toit

Pierre Laurent Aimard
Pierre-Laurent Aimard 

  • Wolfgang Amadé Mozart : Concertos pour piano et orchestre N°15 , K. 450 & N° 25, K. 503
  • Elliott Carter : Quintette pour piano et vents. Epigrams pour violon, violoncelle et piano
  • Chamber Orchestra of Europe
  • Candida Thompson (violon), Richard Lester (violoncelle), Philippe Tondre (hautbois), Romain Guyot (clarinette), Matthew Wilkie (basson), Chris Parkes (cor)
  • Pierre-Laurent Aimard, piano et direction
  • Philharmonie de Paris, Salle des concerts, Cité de la musique, lundi 11 mars 2019 à 20 h 30

Troisième étape d'une tournée de l'Orchestre de Chambre d'Europe, dirigé du piano par Pierre-Laurent Aimard, ce concert associait deux concertos de Mozart et deux œuvres chambristes avec piano du compositeur Elliott Carter. Un choix singulier qu'Aimard justifie par une commune jeunesse d'esprit et une même maturation artistique : l'autrichien disparu à 36 ans et l'américain à 104 ans n'ont cessé de peaufiner leur langage et le raffinement de l'écriture. Un décapant voisinage, révélé par des exécutions de classe. 

Deux concertos de clavier de Mozart encadraient les œuvres de Carter. Les K. 450, de 1784, et K. 503 de 1786. Une autre surprise attendait le spectateur auditeur : le placement de l'instrument soliste, non pas devant l'orchestre, mais au fond de celui-ci. Aimard explique que cela a pour dessein d'éviter une exécution ''à manchettes'' c'est-à-dire virtuose comme il en va dans les concertos romantiques. Et surtout de laisser à l'instrument la possibilité de mieux converser avec l'orchestre. Une autre manière de concevoir le paysage sonore. De fait, et avec une formation de la qualité du COE, cela donne un résultat totalement convaincant : jamais le piano n'est ''couvert'' par les autres musiciens, mais il s'en détache avec naturel et sa proximité physique avec les vents, placés juste devant lui, insuffle un ''blend'' tout à fait étonnant, celui-là même voulu par Mozart dans ces œuvres concertantes où le dialogue piano-vents est si important. Cela se vérifie avec l'exécution du Concerto N° 15, K. 450. Une œuvre réputée délicate qui, comme la suivante K. 451, « mettent en nage », selon le mot de Mozart. Qui l'a composée plus pour lui-même que pour ses futurs auditeurs et l'a bardée de traits techniquement difficiles. Un concerto dans lequel les vents tiennent un rôle plus indépendant que jamais, selon les Massin. L'introduction, menée par un petit groupe autour du hautbois (magistral Philippe Tondre), prélude à un Allegro plein d'entrain, et le motif rengaine reviendra moult fois. La cadence, écrite par Mozart lui-même, ménage des traits redoutables, et la fin est facétieuse. Cette complexité de la partie soliste se confirme à l'Andante, qui progresse tel un Lied, comme encore au finale, un rondo émaillé d'une délicieuse ritournelle extrêmement travaillée jusqu'à une fin en forme de cor de chasse. Aimard et ses musiciens donnent de tout cela une lecture pleine d'esprit, qui traduit une sorte d'euphorie sonore, parfaitement maîtrisée s'entend.

Le 25ème Concerto K. 503 qui clôturera le concert est d'une toute autre envergure. Contemporain de la 38ème Symphonie dite ''de Prague'', cette pièce de 1786 se signale par une belle opulence sonore, quasiment symphonique, surtout comparée à l'œuvre précédente. Ses premiers accords semblent anticiper l'Ouverture de La Clémence de Titus et ses fiers accents. Un ''grand opening'' pour un Allegro maestoso qui offre un langage de vainqueur. Car tout est ici héroïsme, dû à un langage alternant majeur et mineur, volontariste jusqu'à sa conclusion en fanfare. On aura noté, sous les doigts d'Aimard, une cadence fort ouvragée. Que traduit un jeu tout sauf maniéré, d'un grand naturel, qui rappelle celui de son maître et ami Alfred Brendel, avec un je-ne-sais-quoi de français dans la touche finale. L'Andante médian, proche d'un adagio, est moins une confidence qu'une digression au fil de thèmes brefs, rythmiquement variés, refusant tout pathétique. Là encore la fusion entre clavier et vents, la flûte et les deux hautbois, est pur bonheur. Le finale Allegretto est tout d'élan passionné, mais aussi de tendresse dans cette exécution qui ne se refuse pas le paramètre opératique, toujours sous-jacent dans ces œuvres concertantes de piano. Aimard fait sonner son Steinway presque comme un pianoforte. Et cela a une saveur décidément bien ''mozartienne''.

Chamber Orchestra of Europe
Chamber Orchestra of Europe -©Eric Richmond

Les deux pièces d'Elliott Carter placées au milieu, avant et après l'entracte, forment un saisissant contraste bien sûr. D'abord parce qu'il s'agit de musique de chambre, ensuite de par le caractère étrange du langage du musicien. Sa longévité (1908-2012) lui a permis une production conséquente, illustrée dans des genres musicaux différents, même si sa vocation, née, dit-on, de l'écoute du Sacre du printemps, alors récemment créé, ne se découvrira que bien plus tard, en particulier lors de la rencontre de Nadia Boulanger à Paris dans les années 30. Son Quintette pour piano et vents date de 1991. Dédié au hautboïste Heinz Holliger, il sera créé par celui-ci en septembre 1992 à Cologne avec Andras Schiff au piano. La formation est constituée, outre du piano, du hautbois, de la clarinette, du basson et du cor, agissant en trois entités aux caractères propres : les bois, le cor, le piano. Peut-être Carter avait-il en tête la partition du Quintette pour piano et vents K. 452 de Mozart. Toujours est-il que le sien est d'une écriture complexe. Et d'une durée substantielle, quelques 24 minutes, soit plus que celle du concerto de Mozart qui le précédait ici. Il figure telle une longue digression d'un seul tenant, où le piano est souvent percussif. Le hautbois et la clarinette, qui souvent mènent le jeu, sont aussi poussés jusque dans l'extrême aigu de leur tessiture. Cela ne se renouvelle pas beaucoup, mais ce n'est jamais pareil. L'exécution menée par Aimard et les solistes du COE, est en tout cas brillante, satisfaisant à toutes les exigences et excentricités posées par le compositeur. Epigrams pour violon, violoncelle et piano date de 2012. C'est la dernière œuvre de Carter. Elle est dédiée à Pierre-Laurent Aimard qui la créera en juin 2013, à Snape, dans le cadre du Festival anglais d'Aldeburgh, dont il était alors le directeur artistique. Il s'agit de 12 miniatures, d'humeurs fort changeantes, quoique le méditatif y domine. Les combinaisons entre les trois voix son étonnamment diversifiées. Comme le jeu des deux cordes : sul ponticello, sur le fil de la corde, avec des effets dans le registre suraigu du violon et du cello, pour des sonorités stratosphériques. Celui du piano est là encore heurté, haché. Un langage des plus épurés, certes, mais des bribes de phrases elliptiques. Aimard qui ne tarit pas d'éloges sur le musicien, loue ici sa jeunesse d'esprit. Il en est en tout cas l'interprète choisi et ses deux partenaires, Candida Thompson, violon, et Richard Lester, violoncelle, sont à la même hauteur de vue. 

Texte de Jean-Pierre Robert 


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Mots-clés: Philharmonie de Paris

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