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CD : La musique pour violoncelle de Schumann par Gautier Capuçon

Gautier Capucon Schumann

  • Robert Schumann : Concerto pour violoncelle et orchestre op. 129. Adagio & Allegro op. 70. Fantasiestücke op. 73. Fünf Stücke im Volkston, op. 102. Fantasiestücke op. 88
  • Gautier Capuçon, violoncelle,
  • Martha Argerich (piano), Renaud Capuçon (violon)
  • Chamber Orchestra of Europe, dir. Bernard Haitink
  • 1 CD Erato : 0190295634216 (Distribution : Warner Music)
  • Durée du CD : 78 min 19 s
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5) 

Ce CD présente la musique pour violoncelle de Schumann, un instrument pour lequel il ne composera que tardivement, dans les années 1849/1850. Gautier Capuçon, un des princes du violoncelle, a réuni des interprétations données en concert tant au Festival Progetto Argerich de Lugano, pour ce qui est des pièces chambristes, qu'au Concertgebouw d'Amsterdam s'agissant du concerto, joué sous la direction de Bernard Haitink, mais avec le Mahler Chamber Orchestra. Un album d'une haute valeur didactique et artistique.

Robert Schumann achève en 1850 son Concerto pour violoncelle, qu'il titrera ''Pièce de concert avec accompagnement d'orchestre''. Remanié ensuite, il sera créé posthume en 1860. Il est en trois mouvements enchaînés et offre au soliste une vocalité instrumentale des plus accomplies. Ce qui se concrétise dès le premier mouvement, ''Pas trop vite'', avec un début rêveur dont se détache le chant mélancolique du soliste. On est frappé par la profondeur et l'intensité du jeu de Gautier Capuçon - qui ne s'en départira jamais au long de l'œuvre. Ce que le tempo très retenu imprimé par Haitink rend encore plus palpable. Et par les nuances infinitésimales dont il truffe son jeu, sur toute l'étendue du registre, dans le grave en particulier. Cela s'anime peu à peu dans le développement, à un tempo allant, mais sans précipitation, se refusant à l'effet. Car le chef veille au grain d'une parfaite lisibilité. Le ''Lentement'' central qui s'enchaîne, se vit comme un Lied sans parole, d'abord expansif, très retenu et chambriste, laissant à la ligne sinueuse du violoncelle tout loisir de s'exprimer, sur un contrechant discret de l'orchestre. À ce compte, le Mahler Chamber Orchestra donne toute son expertise. La dernière partie, ''Très vite'', marquée Vivace, prend le relai dans un agréable contraste : une vivacité, tempérée ici, s'installe pour un discours dont on remarque presque le classicisme, loin d'un romantisme échevelé. La direction superbement maîtrisée du chef y est pour beaucoup. La brève cadence qui s'instille vers la fin, sera un instant de bonheur presque vocal. Au fil de cette interprétation extrêmement réfléchie, bien éloignée de la brillance, on aura admiré la maestria de Gautier Capuçon qui fait chanter son instrument comme peu, de manière aussi puissante que lumineuse.

Les pièces chambristes ne sont pas moins intéressantes et complètent habilement cette offre. L'Adagio & Allegro op. 70, créé au piano par Clara en 1849, déploie un long thème élégiaque du cello introduisant la section lente, suivie attaca d'un rondo vif dans la partie de violoncelle, à laquelle répond un piano non moins élancé. Il y a quelque chose d'irrésistible dans l'exécution qu'en donnent Capuçon et Argerich, un partenariat fructueux. Les Fantasiestücke op. 73, destinés à la clarinette ou au violon, composent un triptyque puisé à l'univers hoffmannien. Quoique le mystère, plus que la fantaisie, habite la première pièce dont l'adaptation au violoncelle n'est pas moins payante, en flattant le registre médium. La 2ème pièce est comme portée par un généreux élan, entrecoupée de passages en forme de gammes. La 3ème est agitée, emportée. Les deux artistes y apportent toute leur science chambriste et une évidente complicité. Dans les 5 Stücke im Volkston (5 pièces dans le ton populaire) op. 102, l'inspiration populaire rejoint un lyrisme ardent. Ce sont des mouvements de danse stylisée, soit d'un romantisme décidé (1, 4, 5), soit tendres et mélancoliques (2 & 3). les Fantasiestücke op. 88, pour piano, violon et violoncelle (1842) forment un ensemble de 4 morceaux où l'on retrouve l'inspiration des pièces pour piano des années 1830-1840. La ''Romanze'' chante non sans mélancolie. L''Humoreske'' tranche par son style déjanté à l'un ou l'autre instrument, une sorte de scherzo bardé de deux trios imaginatifs. Le ''Duett'' déploie un lyrisme raffiné, notamment par un jeu de répons entre violon et cello. Le ''Finale'', de son tempo de marche, impose un triple échange vivant et expressif, que Martha Argerich et les frères Capuçon transfigurent. 

Les enregistrements live sont remarquables. Celui du concerto, à la Grotesaal du Concergebouw d'Amsterdam, offre un violoncelle très proche, au centre de l'image, et un équilibre satisfaisant avec l'orchestre. Les autres pièces, captées à l'Auditorium de Lugano, entre 2009 et 2012, bénéficient d'une acoustique légèrement résonante, mais la balance entre les voix est finement jugée. 

Texte de Jean-Pierre Robert      

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