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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

Concert : Le Gewandhaus de Leipzig ou la fabuleuse expérience du grand orchestre symphonique

Andris Nelsons

  • Felix Mendelsshon : Ouverture de Ruy Blas, op. 95. Symphonie N° 4, op. 90, ''Italienne''
  • Robert Schumann : Symphonie N° 2 op. 61
  • Gewandhausorchester Leipzig, dir. Andris Nelsons.
  • Philharmonie de Paris, Grande salle Pierre Boulez, le 22 janvier 2019 à 20h30

Les visites à Paris de l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig sont toujours un événement. Celle-ci n'a pas échappé à la règle. Il jouait avec la patine qu'on lui connaît, sous la direction de son Kapellmeister Andris Nelsons, deux symphonies du répertoire romantique, la Deuxième de Schumann et la Quatrième de Mendelssohn. Des musiciens qu'on aime associer, au point qu'il sont l'objet, dans la programmation de l'orchestre saxon, d'un ''focus'' durant le mois de janvier à Leipzig et au long d'un tournée européenne dont Paris était la deuxième étape.

En guise de mise en bouche, Andris Nelsons et ses forces donnent l'Ouverture de Ruy Blas op. 95 de Mendelssohn. Cette pièce, créée en 1939 à Leipzig précisément, destinée à précéder la pièce de Victor Hugo, et fruit d'une commande qui n'enchantait pas le musicien, est une vraie mini showpièce pour orchestre. Non pas brillant comme on pourrait le penser, mais intense, comme celle de Coriolan de Beethoven dont elle s'inspire. Nelsons lance fièrement les premiers accords et on sent d'emblée la finesse de la phalange dans la belle phrase des cordes s'enroulant de manière très enjouée. La patte de l'orchestre est là ! Fait encore plus perceptible compte-tenu de la disposition particulière des musiciens : contrebasses à gauche, comme le privilégiait naguère Harnoncourt, violoncelles au milieu, et violons I et II de part et d'autre, ce qui produit un son plein et transparent à la fois.

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La Deuxième symphonie de Schumann, donnée en première audition à Leipzig en 1846, offre pareille beauté sonore. Encore que la démarche empruntée par le chef letton soit sujette à questionnement. On sait qu'interpréter les symphonies de Schumann n'est pas si aisé qu'il y paraît : l'orchestration si particulière et la manière dont le musicien prend ses distances avec les codes habituels font qu'on peut ne pas réussir à percer ses intentions et partant, à satisfaire l'auditeur. Alors qu'un respect scrupuleux des indications du compositeur et une stricte observance de l'équilibre des plans permet d'y parvenir. Nelsons offre une exécution, certes brillante et techniquement irréprochable, ce qu'il est difficile de ne pas réussir avec un tel orchestre. Mais l'esprit n'y est pas toujours. L'introduction du premier mouvement, marqué Sostenuto assai, est pris à un tempo très lent qui confère à cet exorde solennel une note de grandiose très accentuée. Les accents dont sont pourvues les deux indications suivantes ''Un poco piu vivace'' et ''Allegro ma non troppo'' font une large part à une scansion proche de l'excès, et ce dernier tempo est presque boulé. Les choses sont encore plus nettes au Scherzo qui est pris ici quasi presto. Pourquoi si vite ? Il n'est pas besoin de démontrer la virtuosité de l'orchestre, et le caractère fougueux du morceau ne nécessite pas telle précipitation. Les deux trios, enluminés par les bois, dont la clarinette, sont presque trop en rupture. De l'Adagio espressivo, on questionnera tout autant la lenteur. On en arrive à perdre le fil de la pensée schumannienne, à force de ralentissement et autre lenteur calculée. Ce qui est profonde méditation en acquiert quelque chose de détaché au fil d'un discours morcelé. Le finale vient mieux et cet Allegro molto vivace a fière allure ici dans sa fantaisie naturelle et ses divers coups de théâtre.

Toute autre impression avec la Quatrième symphonie de Mendelssohn, la si célèbre ''Italienne'', qui fut créée à Londres en 1833. Mais débutée deux ans auparavant à la faveur d'un séjour du musicien en Italie. Tant admirée par Schumann qui en louait « la délicate peinture musicale ». Tout dans l'exécution qu'en livre Andris Nelsons respire l'évidence. L'Allegro vivace, lancé par son premier thème vif et enlevé, est empli de zest dans son geste tourbillonnant, et le drive est incoercible. On sent que cette musique, les gens de l'orchestre du Gewandhaus l'ont dans le sang, hommage peut-être à un de leurs précédents Kapellmeister. La disposition de l'orchestre porte ses fruits, car l'effet de stéréophonie entre les violons I et II apporte clarté et limpidité, comme il confère un sens très allant à ce tempo de marche légère. On savoure la plasticité des bois dont la clarinette et le hautbois. L'Andante con moto frôle la perfection : tout est là où il faut et au-delà pour transfigurer cette sorte de marche processionnelle anticipant celle d'Harold en Italie de Berlioz. Le ''Con moto moderato'', qui sur un mode de menuet à l'ancienne, fait figure de scherzo, a une couleur nocturne, et signale ce temps combien inhérent à la manière mendelsshonnienne. Ce que le moelleux de l'orchestre rend palpable. Du finale, on saluera le caractère fiévreux, d'une verve communicative, en particulier dans ses crescendos alertes. Et son mélange inédit des deux danses de la saltarelle et de la tarentelle : c'est proprement irrésistible au tempo pressé qu'insuffle Nelsons. La petite harmonie du Gewandhaus est à la fête et les cordes sont tout aussi scintillantes. Les passages piano sont d'une étonnante transparence, presque chambriste. C'est sans doute encore, et peut-être surtout, lors de ces moments où tout est assagi, qu'on mesure la qualité de l'orchestre de Leipzig, son individualité comme son identité sonore. Si Andris Nelsons se montre plus proche de Mendelssohn que de Schumann, le Gewandhausorchester, lui, est à l'unisson des deux musiciens. 

Texte de Jean-Pierre Robert 


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Philharmonie de Paris

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