Concert : Le marathon mozartien de Jean Muller

Jean Muller
Jean Muller - ©musicologie.org

  • Wolfgang Amadé Mozart : Sonates pour clavier K. 309, K. 576, K. 283, K. 280, K. 310
  • Jean Muller, piano
  • Salle Cortot, Paris, le 20 janvier 2019 à 17h30
  • Prochains concerts, Salle Cortot : les 20 février à 20h et 17 mars à 17h30
    www.autourdupiano.fr

Le pianiste luxembourgeois Jean Muller entreprend de donner Salle Cortot l'intégrale des sonates de clavier de Mozart, en quatre concerts, de même qu'au disque pour le label hänssler classic. Cette deuxième séance permettait d'apprécier une réelle empathie avec ces pièces par un jeu tout de clarté, architecturé et nanti d'une belle énergie.

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Mozart a mis beaucoup de lui-même dans ses sonates pour clavier, quelques 18 numéros écrits entre 1774 et 1789. Sans compter quantité de pièces brèves et autres sonatines. Il existe une évolution nette entre les premières, composées à Salzbourg, ''pour les amateurs'', et l'ultime à Vienne. Il est un fil rouge qui pourtant les réunit toutes : la richesse d'invention thématique. Jean Muller a choisi de les donner en les regroupant selon un ordre personnel. Fait d'autant plus remarquable qu'il joue les cinq sonates retenues pour le présent concert à la suite l'une de l'autre, selon un schéma en deux parties : trois puis deux sonates, séparées seulement par une courte pause. L'écoute en est dès lors différente de ce qui se produit habituellement au concert avec pause entre chaque pièce et entr'acte plus substantiel. Ajouté à une acoustique très présente, le Steinway Grand occupant presque la moitié de la surface du plateau de la Salle Cortot, on en tire une expérience assez originale, d'une grande proximité entre le pianiste et son public. 

La Sonate K. 309, de 1777, qui ouvrait le concert, se ressent des nouvelles possibilités techniques offertes par les pianoforte de Stein, que Mozart venait de découvrir, élargissant les occasions de virtuosité. L'Allegro con spirito est très allant dans ses cascades de notes, et le Rondo final ''grazioso'' très ouvragé, alors que l'Andante Un poco adagio est d'une constante inventivité thématique. Il en va de même de la Sonate K. 310 qui clôt le récital. Cette huitième sonate, écrite à Paris en mai 1778, déborde d'agitation, que Muller ne se fait pas faute de traduire par un jeu volontariste empreint presque de véhémence, aux forte assénés. C'est que Mozart y exprime à la fois le désarroi causé par la mort de sa mère dans cette ville de Paris, pas toujours des plus hospitalières, si différente de son Autriche natale, et une farouche volonté d'affirmer un désir de vivre. Comme il l'exprime dans une lettre adressée à Leopold, le 29 mai 1778 « Je ne trouve souvent aux choses ni rime ni raison... je n'ai de vraie joie à rien... si je ne puis toujours parler, je puis du moins penser comme je veux ». Cette œuvre est bâtie sur le contraste, entre un Andante cantabile con espressione médian on ne peut plus chantant bardé de notes piquées et autres appogiature, et les deux autres mouvements très structurés dont le dernier Presto auquel Jean Muller imprime un large ambitus, annonçant presque le mouvement Sturm und Drang.

Entre ces deux œuvres, Muller donne les sonates K. 280 et K. 283. Elles font partie d'une série de 5 composées à Salzbourg en 1774, et contemporaines de celle de six sonates de Josef Haydn. Elles appartiennent au style dit galant. Mozart s'inspire du maître viennois. Ce qui se manifeste dans les mouvements extrêmes. Mais l'originalité pointe dans les séquences médianes, Andante de la sonate K. 283 et Adagio de la K. 280, ce dernier se déployant comme une aria d'opéra et d'une belle profondeur. On remarque dans l'un et l'autre cas l'énergie qu'y met le pianiste et un jeu perlé empli d'esprit. Puis la Sonate K. 576, la dernière composition pour clavier de Mozart, à Vienne en 1789, contemporaine de celle de Così fan tutte, et dite ''Sonate facile''. Ce qui est paradoxal compte tenu des difficultés qui y abondent, en raison d'une écriture très dense au contrepoint serré. De la coupe en trois mouvements, comme toujours, se détache un Adagio douloureux et serein à la fois, et un finale Allegretto très ouvragé, que Muller enlumine de sa technique rigoureuse.   

Jean Muller Mozart CD

À l'occasion de ces concerts, paraît le premier volume de l'intégrale au disque, regroupant les quatre sonates K. 281, 331, 332 & 570, un ordre différent de celui adopté dans l'interprétation sur le vif. Il comprend donc, avec le K. 331, la célèbre ''Alla Turca'', du nom de son amusant rondo final. On remarque les mêmes caractéristiques que celles relevées lors du concert : rigueur de l'approche, clarté du jeu, absence d'afféterie, solide architecture des plans. Ce qui est saisi par une prise de son d'un grand naturel, visant à l'authenticité par l'usage d'un seul système de micro stéréo. Celle-ci est réelle, l'image sonore étant, là aussi, très immédiate comme l'impression laissée par le concert parisien.  

CD : 

  • Mozart : Piano Sonatas vol. I, K. 281, K. 331, K. 332, K. 570
  • 1 CD hänssler classic : HC 18068 (www.haensslerprofil.de)
  • Durée du CD : 70 min 44
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

 Texte de Jean-Pierre Robert

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Mots-clés: Salle Cortot

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