CD : Les 2ème et 7ème Symphonies de Beethoven par Philippe Jordan

Philippe Jordan Wiener Symphoniker Beethoven2 7 

  • Ludwig van Beethoven : Symphonie N° 2, op. 36. Symphonie N° 7, op. 92
  • Wiener Symphoniker, dir. Philippe Jordan
  • 1 CD Wiener Symphoniker : WS 015 (Distribution : Sony Music)
  • Durée du CD : 72 min 01 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

Ce CD marque le mitan de l'intégrale en cours des symphonies de Beethoven par le Wiener Symphoniker que dirige Philippe Jordan. Un couplage de la 2ème et de la 7ème, non fortuit. Car selon Jordan, rapprocher ces deux œuvres fait sens : le mélodisme de la Deuxième et sa jolie rythmique, et les rythmes encore plus assurés de la Septième s'appareillent naturellement. On retrouve dans ces exécutions live les caractéristiques qui ont marqué les deux précédentes parutions : probité dans le respect du texte et même des intentions du compositeur, jeu éblouissant des musiciens viennois. De nouveau une belle réussite. 

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La Symphonie N° 2 op 36, est « la plus allègre, la plus jaillissante » des symphonies de Beethoven, « plus encore que la Septième », selon Jordan. Cette exécution le montre d'évidence. Elle débute sous sa baguette de manière soutenue : l'Allegro molto d'entame est pris à un rythme confortable, conduisant à un con brio logiquement très alerte, préfigurant les contrastes qui vont abonder dans le cours de l'œuvre. Le développement sera riche de rebondissements et la coda terminera victorieuse. Au Larghetto, « le cœur de la symphonie », pour le chef, le lyrisme se teinte d'une pointe de galanterie : une tranquille réflexion où les cordes fluides, et ici caressantes, s'allient aux bois alertes, et qui progresse d'une manière délicatement dansante. De jolis ralentissements, en particulier sur le trait du basson, émaillent cette interprétation pénétrante, où l'on prend son temps mais sans musarder. Le Scherzo participe de ces effets de surprise tant favorisés par Josef Haydn, dans une dynamique sans cesse renouvelée par des traits asymétriques. Le trio renchérit dans ce mode de surprises, avec des traits encore plus bondissants. La reprise renoue avec l'exubérance du début. Le finale Molto allegro, pris quasi presto, résume tous les paramètres antérieurs, outre des écarts dynamiques forte-piano très soulignés. On croit entendre l'Ouverture de Don Giovanni de Mozart et son alternance de brillance et d'ombre. La coda déploie un sens du drive irrésistible jusqu'au fabuleux point d'orgue pppp, les dernières phrases délivrant un flux inextinguible et un ultime accord sec.

La Septième Symphonie op. 92 bénéficie de pareille interprétation de haute volée. Les vagues du Poco sostenuo initial déferlent généreusement. Le passage à la section Vivace est introduit pppp pour déboucher sur une manière souplement dansée, avec esprit dans son rythme pointé. C'est d'une formidable énergie. Jordan s'en tient aux indications de Beethoven quant à la rythmique pour un maximum d'effet dans les grandioses crescendos. Le développement progresse sans routine aucune. L'Allegretto, tout en contraste, se place encore sous la bannière de la danse. Jordan use du pianissimo dès le début de ce qui ressemble à une marche funèbre, « un rythme à la Schubert par excellence », remarque-t-il. Dont le traitement réservé à la clarinette et au basson. Le raffinement du discours est étonnant, se plaçant aussi dans l'orbite de Mozart. Le Presto et ses 5 sections sont pris par le chef à une vitesse vertigineuse et une pointe de sécheresse, parti qu'on peut ne pas partager. Mais le côté ''folk dance'' doit, selon lui, être mis en avant. Les deux trios s'inscrivent dans cette façon très soutenue, sans pathétisme, et sont même poussés pour en souligner l'effet. Les reprises intermédiaires sont encore plus rapides s'il se peut. Toujours avec ce sens de l'allègement de la texture qui caractérise cette exécution. L'Allegro con brio final largue les amarres de par son tempo endiablé, frénétique, les ostinatos rageurs, les accents pointés. Il y a là même de l'humour. Beethoven n'est-il pas, pour la première fois, influencé par Rossini ? C'est à une orgie de rythmes que nous convie Jordan dans ce finale joué à tombeau ouvert. D'une mécanique de précision aussi, car l'orchestre suit au quart de tour, notamment dans le tourbillon des cordes. Les fortissimos éruptifs émergent du tutti comme des coups de tonnerre. Laissant à penser qu'il y a quelque chose d'extrême dans cette symphonie.

L'Orchestre des Wiener Symphoniker ne perd pas le fil d'une telle vision tout à fait énergique, eu égard à la flexibilité du jeu de ses musiciens, mais aussi fort assagie, délivrant des pianissimos d'un ravissement total. Un son tout sauf épais. Au contraire étonnamment allégé, en particulier chez les cordes au son effilé. Bois et cuivre sont tout aussi valeureux. La patte de cette phalange fait tout le prix de cette intégrale en cours. 

L'enregistrement live dans la belle acoustique de la Grande salle dorée du Musikverein de Wien, utilisée à son meilleur par les ingénieurs du son, voire à son maximum de réverbération dans les tutti du finale de la 7ème symphonie, dispense aussi son lot de félicités : clarté des plans, en particulier un équilibre proche de la perfection entre cordes et vents, son ''ouvert'', jamais ''boxy,'', c'est-à-dire contrit, et mélange satisfaisant entre son synthétique et son analytique. 

Texte de Jean-Pierre Robert 

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