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  • Jean-Pierre Robert
  • Musique

CD : Sonates pour pianoforte et violon de Mozart

Mozart Sonates Faust Melnikov

  • Wolfgang Amadéus Mozart : Sonates pour pianoforte et violon, vol. 1. K. 306, en Ré majeur. K. 304 en Mi mineur. K. 526 en La majeur
  • Isabelle Faust (violon), Alexander Melnikov (piano)
  • 1 CD Harmonia Mundi : HMM 902360 (Distribution: PIAS)
  • Durée du CD : 65 min
  • Note technique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile grise (4/5)

La violoniste Isabelle Faust et le pianiste Alexander Melnikov se lancent dans l'intégrale de sonates pour piano et violon de Mozart. Un beau chalenge, là où des tandems comme Clara Haskil-Arthur Grumiaux ou plus récemment Anne Sophie Mutter et Llambert Orkis se sont illustrés avec le succès que l'on sait. Leurs interprétations sont à la hauteur des attentes, alors surtout que jouées sur instruments d'époque, dont un magnifique pianoforte d'après Anton Walter, à la sonorité chaude et claire.

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Le choix des pièces du présent disque s'est porté sur deux des sonates de la période médiane et sur une pièce plus tardive. La Sonate K. 304 est la quatrième de la série des Six sonates dites ''Palatines'', composées et publiées à Paris en 1778, annus horribilis pour le musicien. Pourtant Mozart montre là tout son génie compositionnel car il va émanciper la traditionnelle sonate violon-piano, qui en fait était plus une sonate pour piano avec accompagnement de violon, vers ce qu'il appelle des ''Duetti'' où les deux instruments jouent plus ou moins à part égale. C'est bien le cas dans cette sonate en deux mouvements, inspirée de la manière de Johann Schobert. Le tragique va s'imposer peu à peu au fil du premier mouvement. Après une introduction où il est exposé à l'unisson, puis par chacun des partenaires l'un après l'autre, le thème prend une forme d'évidence dans le développement. Le sérieux du discours apparaît au fil de figures rhétoriques comme le procédé de la répétition, l'ostinato, les sauts dans le grave, etc... Cette impression perdure au Tempo di Minuetto suivant : même climat intense de nostalgie, voire d'angoisse. L'intermède central, où le thème passe en majeur, semble, selon les Massin, l'évocation d'une tendresse heureuse. La reprise sera encore plus abrupte, plus tragique s'il se peut. 

La Sonate K. 306, postérieure à la précédente semble-t-il, est formée de trois mouvements, la seule des ''Palatines'' à adopter un schéma tripartite. Elle offre un grand style virtuose et quasiment concertant. Ainsi de l'Allegro con spirito qui débute très enlevé, vaillant, propulsant littéralement le discours. On remarque les traits effilés du violon et le clavier presque guilleret, de plus en plus endiablé, en particulier dans le développement de rythme très soutenu. L'Andante cantabile marque une pause : il est introduit par la mélodie du clavier, comme une aria d'opéra, qui ne peut malgré tout cacher quelque tristesse et un tragique là encore assumé. L'Allegretto final est de nouveau d'un entraînant babil et libre dans son agencement, même si l'inspiration se fait plus conventionnelle de par son thème ''classique''. Une cadence des deux instruments l'orne. Elle s'ouvre par le piano seul auquel se joint le violon, d'abord à l'unisson, dans un traitement audacieux, puis en un duo très ouvragé.

La Sonate K. 526 , en La majeur, de 1787, est contemporaine de la composition de Don Giovanni, qui est le numéro suivant dans le catalogue de Köchel. Comme l'opéra, cette sonate resplendit de vie et de mort. Il y a en effet quelque chose d'empressé et d'ardent au Molto allegro initial, une sorte de ''moto perpetuo'' qui progresse allègrement, le 2ème thème évoquant Zerlina. Cela est franc, et sonne tel dans la présente exécution. L'Andante s'épanche calmement : instants de paix, comme souvent chez Mozart au médian d'une œuvre concertante, de piano en particulier. Le chant est profond au piano puis au violon. Moments d'introspection aussi, obtenus par un jeu en clair-obscur, où l'on glisse imperceptiblement vers une tonalité plus sombre, celle de la mort de Don Giovanni. Le Presto final se signale par ses bonds syncopés qui font pressentir l'ivresse sonore de l'air du champagne. La grande vivacité permet au discours d'aller de l'avant, avec cette manière enjouée dont Mozart l'assortit. 

L'entente, déjà éprouvée dans d'autres répertoires, entre Isabelle Faust et Alexander Melnikov porte de nouveau ses fruits. On y ajoutera la finesse du style et surtout les couleurs procurées par les deux instruments joués : le pianoforte de Christoph Kern (2014) d'après Anton Walter (1795), et sa transparence cristalline comme ses graves chaleureux, le strad ''Sleeping beauty'', de 1704, joué dans le style baroque, au son volontairement non brillant. 

L'enregistrement offre une acoustique un peu sèche s'agissant du violon, ce qui interroge lorsqu'on sait la captation faite dans le Teldex Studio de Berlin, réputé pour ses qualités phonogéniques et son moelleux. Cela est sans doute voulu et procure aux deux sonates 304 & 306, cette dernière surtout, une couleur ''à l'ancienne'' soulignée. La sonate 526 bénéficie d'un environnement plus amène. Le placement des deux instrumentistes a sans doute sa part dans cette impression acoustique : savoir comme sur un plateau de concert, et donc pas trop en avant. Mais l'oreille s'habitue vite et s'ajuste à ce parti légèrement médiatisé.

Texte de Jean-Pierre Robert

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