CD : Les Ballades de Monsieur Brassens

Les Ballades de Monsieur Brassens

  • Chansons et ballades sur des paroles de Georges Brassens. Et de Justin Gensoul, Charles Gilles, Philippe Desportes, Raoul Ponchon, Pierre de Ronsard, Alexis Piron, Jean-Jacques Rousseau, Victor Hugo, Jean-Joseph Vadé, Émile Debraux, Pierre-Jean de Béranger, Gaultier Garguille, François Villon, & anonymes
  • Les Lunaisiens : Arnaud Marzorati (voix et direction), Mélanie Flahaut (basson, flûtes à bec et flageolet), Étienne Mangot (viole de gambe et violoncelle), Éric Bellocq (archiluth et guitare)
  • 1 CD Muso : MU-026 (Distribution : PIAS)
  • Durée du CD : 58 min 22 s
  • Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

Voilà une sympathique proposition sur le thème des chansonniers d'hier et d'aujourd'hui. Cet aujourd'hui, c'est bien sûr Georges Brassens, le chantre des ménestrels, ici revisité à la mode des poètes du passé. Ceux-là, des siècles de pratiques des troubadours et autres diseurs les ont définitivement inscrits dans la mémoire collective. Ce tour de chant dont quelques chansons de Brassens forment le fil rouge, nous plonge dans un humour décapant. Il est interprété par Les Lunaisiens, un groupe dont les talents de conteurs sont reconnus, qui cultivent l'art de faire chanter la mémoire.

Georges Brassens, musicien-poète, grand amoureux de la langue, est héritier d'une tradition presque millénaire. N'a-t-il pas puisé chez François Villon, lui qui disait vouloir offrir à ses auditeurs « quelques flocons des neiges d'antan ». Le programme coloré de ce disque nous promène sur près de cinq siècles de chansons. Et « peu importe que toutes ces ballades soient de Monsieur Brassens ou d'un autre, qu'elles surgissent d'un siècle passé ou du nôtre », retient Arnaud Marzorati. Le plus piquant est qu'au-delà du chant ou de la déclamation chantée, l'instrumentation choisie pour ces morceaux soit aussi originale, celle habituellement pratiquée par Les Lunaisiens : des harmonies subtiles associant flûtes à bec ou flageolet, guitare ou archiluth, viole de gambe ou violoncelle, qui décuplent la puissance des mots. 

Les pièces ''anciennes'' ont pour auteur des noms connus, tels Ronsard, avec "A son âme", ici sur une musique de 1586, ballade triste sur l'accompagnement de l'archiluth, comme une berceuse finalement, ou Rousseau, là où dans "Air des 3 notes", la flûte lancinante et l'archiluth soutiennent une bien chaude histoire. Ou encore Hugo : ''Si vous n'avez rien à me dire'' est un texte riche de sous-entendus, qui se voit offrir un accompagnement musical paradoxalement ténu. Mais aussi des gens dont le patronyme n'est pas toujours au panthéon de la célébrité : comme Charles Gilles (1820-1858), pour ''L'amour facile'', au rythme alerte comme chevauchant un texte bien leste, dans lequel la flûte soudain s'immisce, Alexis Piron (1689-1773), qui dans la chansonnette ''Ce petit air badin'', fait sombrer les interdits. On croise encore Émile Debraux (1796-1831) et sa romance "La coquille d'huître'', sur l'air de Cadet Roussel, qui nous fait penser à la manière si pénétrante de Brassens. Ou Pierre-Jean de Béranger (1780-1857) : sa chanson ''L'Ivrogne et sa femme'', sur un air de Grétry, est un conte bien peu sage, ce que confirme une musique trottinante bien évocatrice, jouée de plus en plus vite. Mais il y a bien sûr Villon : la ''Ballade de merci'', sur le Kyrie du Tropaire de Saint Martial de Limoges (vers 1450) est bien sarcastique, ce qu'accentue un rythme scandé comme un son de cloches et faussement langoureux. 

Les chansons de Brassens, revues dans un ''ton'' ancien, mais accompagnées de la seule guitare, comme il aimait le pratiquer lui-même, s'inscrivent parfaitement dans ce contexte. ''La religieuse'' (1969) déroule sa rythmique joliment endiablée à l'appui des paroles qu'on sait fort caustiques, ponctuées de l'antienne contant les attitudes des enfants de chœur... Point besoin d'insister sur la folle coquinerie qui se termine en bacchanale. ''La route aux quatre chansons'' (1965), au parfum jazzy, propose une instrumentation d'un ton aussi persifleur que l'est le texte. ''Saturne'' (1965) et ''Dans l'eau de la claire fontaine'' (1962), voient jaser ces beaux parleurs inquiétants ou satyres. Enfin ''Le Moyenâgeux'' (1966), qui conclut le récital, prend un tour encore plus singulier dans cet arrangement façon musique d'antan, avec son hautbois nasillard, mais aussi son mètre obstiné de Pop music. 

C'est bonheur de voir textes et musiques si adroitement associés par Les Lunaisiens ! Les accompagnements sont fort judicieux et magistralement accomplis : guitare ou archiluth d'Éric Bellocq, basson, flûtes à bec ou flageolet de Mélanie Flahaut, viole de gambe ou violoncelle d'Étienne Mangot. L'aisance d'Arnaud Marzorati, aussi bon conteur que fin chansonnier, de sa voix claire ou grasseyante, de son élocution gourmande, est un autre objet de contentement.

L'enregistrement, à la Cité de la voix à Vézelay, est d'une belle immédiateté et porte toute l'immense séduction dont ces pièces ne manquent pas. La voix soliste est bien sertie parmi les musiciens.

Texte de Jean-Pierre Robert

Disponible sur Amazon en CD et MP3


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