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CD : L'âme slave déclinée par Dvořák, Janáček et Martinů

Orchestre Auvergne Ame slave

  • Antonín Dvořák : Sérénade pour cordes op. 22
  • Leoš Janáček : Suite pour orchestre à cordes
  • Bohuslav Martinů : Sextuor à cordes (arrangement pour orchestre à cordes)
  • Orchestre d'Auvergne, dir. Roberto Forés Veses
  • 1 CD Aparté : AP 195 (Distribution : PIAS)
  • Durée du CD : 63 min
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile grise 4/5

Les trois compositeurs slaves emblématiques, Dvořák, Janáček et Martinů, réunis au son des cordes, voici une proposition qui tombe sous le sens. Alors que les œuvres choisies présentent chacune une originalité : l'Urtext de la Sérénade de Dvořák, offrant une lumière nouvelle sur une pièce qu'on croyait pourtant bien connaître, une œuvre de jeunesse de Janáček, bien différente du style de ses opéras, enfin une pièce bien peu connue de Martinů, au surplus dans son arrangement pour orchestre à cordes. Elles sont jouées avec infiniment de délicatesse et de maestria par l'Orchestre d'Auvergne, sous la houlette de son directeur musical Roberto Forés Veses. Un bien beau disque !

Dvořák termine sa Sérénade pour cordes en 1875. Elle respire le bonheur de vivre, fruit d'une période heureuse de la vie du musicien. Comment mieux le traduire qu'en faisant chanter les cordes, son jardin secret, dans une formation peu nombreuse. Dvořák la retouchera à plusieurs reprises. La présente exécution en livre la version complète réintégrant les diverses coupures opérées par le compositeur et les corrections effectuées en 1879. Ses cinq mouvements montrent une fraîcheur d'inspiration qui jamais ne fléchit, une floraison de mélodies d'un charme typique slave. Le Moderato, dont le premier thème est pris ici retenu, très expansif, laisse transparaître une émotion simple jusqu'à une coda diaphane. Le ''Tempo di valse'' offre un joli motif hésitant entre valse et mazurka. Le passage médian encore plus lyrique et rêveur ne manque pas de s'animer cependant. Une exubérance mesurée caractérise le Scherzo Vivace, empreint même d'une pointe d'humour. Le trio apporte une note de contraste dans le jeu en miroir des cordes aiguës et graves, avec un fugace solo du violoncelle, et la coda s'avère tourbillonnante. Le Larghetto introduit comme une profonde rêverie dans le tempo très retenu qu'adopte Forés Veses. Le 2ème thème renchérit en passion presque amoureuse. Le finale vivace transpose tout cela dans le registre d'une joie sans réserve, comme s'il s'agissait de jeux d'enfants s'animant dans une succession de variations. On l'aura compris, cette exécution est parée d'un extrême raffinement, ne dépassant guère le mezzo forte et dispensant d'extraordinaires pianissimos.

La Suite pour orchestre à cordes a été écrite par Janáček en 1877, peu de temps après la pièce de son ami Dvořák. Ses six numéros sont clairement dans l'orbite de ce dernier. Voilà une œuvre lumineuse de jeunesse, aux antipodes de la musique qu'on associe habituellement à l'auteur de Jenufa. Qui recèle bien des gemmes à l'écoute de la présente interprétation. Le Moderato, joué ici presque aussitôt après la fin de la Sérénade de Dvořák, en semble bien proche stylistiquement, par son ample mélodie nantie de beaux unissons. Suit un adagio en forme d'un étonnant trio à trois voix égales des violons I et II et des altos, joué en sourdine et d'où émane une vraie sérénité. L'Andante est un rondo d'un classicisme au premier degré. Le Presto fait contraste de sa rythmique bien sentie, entrecoupé d'un trio lent rompant un temps ces jeux. Un second adagio débuté dans le registre grave, épanche une profonde cantilène que souligne le doux solo du violoncelle. Le finale Andante se situe encore plus dans les pas de Dvořák par son expressivité et le sens de la gradation des effets. La lecture de Forés Veses et des cordes de l'Orchestre d'Auvergne est enthousiasmante.

Saut dans le temps : le Sextuor à cordes de Bohuslav Martinů (1890-1959) a été créé en 1933. Il est joué ici dans l'arrangement pour orchestre à cordes réalisé en 1951 et créé en 1959 par Paul Sacher. L'écriture en est riche mais toujours transparente pour une construction savante sur le schéma lent-vif à l'intérieur même des trois mouvements. Le premier, débuté très lent, s'anime peu à peu avec, à la section ''poco moderato'', une belle phrase des violons I. L'écriture pour chacun des six groupes de cordes est fort inventive et différenciée, ce qui permet une progression d'une belle intensité, comme construction en arche. Le 2ème mouvement fait figure de parenthèse néo-classique évoquant le Stravinsky de cette manière. Suit un passage ''allegretto scherzando'' quelque peu fantasque, qui cèdera la place au premier tempo. Le dernier mouvement fait référence à Albert Roussel, le mentor parisien de Martinů : atmosphère joyeuse, presque truculente. Là encore, on admire la souplesse d'articulation des musiciens auvergnats, la sûre maîtrise comme un rare souci des nuances inculqué par le chef.

La prise de son laisse apparaître quelque résonance dans le grave, en particulier pour ce qui est de la pièce de Janáček. Mais l'image est bien centrée, présente et naturelle.

Texte de Jean-Pierre Robert

CD disponible en précommande sur Amazon


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