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CD : « Josquin et l'Espagne », deux messes de Josquin Desprez

Josquin Desprez Messes

  • Josquin Desprez : Messe « Fortuna desperata ». Messe « Une musque de Biscaye »
  • Ensembles vocaux Biscantor ! & Métamorphoses, dir. Juliette de Massy
  • 1 CD AR RE SE : AR 2018-1 (Distribution : )
    www.arre-se.com
  • Durée du CD : 66 min 52 s
  • Note technique : etoile verteetoile verteetoile verteetoile verteetoile verte (5/5)

Au cœur de la musique vocale de la Renaissance, il est un compositeur phare : Josquin Despez, qui durant sa longue carrière à travers l'Europe, a écrit plus d'une quinzaine de messes ou de fragments de messes, outre d'innombrables motets et chansons. Ce CD présente deux de ces messes, sur le thème de l'Espagne, nouveau volume de l'intégrale débutée en 2007. L'interprétation en est confiée à des ensembles spécialistes de ce répertoire : Métamorphoses et Biscantor ! fondés à l'initiative de Maurice Bourbon dans le cadre de l'association La Chapelle des Flandres. Une immersion singulière dans l'univers envoûtant du chant a cappella.

Déjà européen convaincu, Josquin Desprez (c. 1450-1521) connaît une célébrité enviable grâce à ses œuvres vocales. En particulier en Italie, en Flandres et en Espagne. Cette dernière fournit la thématique des deux messes ici enregistrées, basées sur la technique du cantus firmus, à savoir sur une mélodie préexistante, confiée à l'une des voix. La messe « Fortuna desperata », datant vraisemblablement de la maturité, est construite sur une chanson profane éponyme attribuée à Antoine Busnoys, contemporain de Josquin Desprez. Le thème de la fortune est très en vogue à l'époque de la Renaissance, en littérature comme en musique. On y décèle une grande virtuosité d'écriture, à trois ou à quatre voix, une vraie géométrie vocale où le musicien varie les longueurs de notes et invente des effets de symétrie. Ce qui confère à l'œuvre une force certaine, plus tournée vers l'avenir qu'ancrée dans la tradition, comme chez son prédécesseur Guillaume Dufay, par exemple. S'y fait jour aussi un grand lyrisme par le jeu d'imitations fréquentes dans plus d'un passage, notamment du Gloria, ou par la répétition d'une même formule comme dans le Sanctus. Le Credo est magistral et l'Agnus Dei pas moins inspiré qui, après un crescendo introductif, installe un climat dune grande douceur, « une suspension d'éternité », selon Juliette de Massy, pour s'achever dans un pianissimo serein. 

Plus impressionnante encore, la Messe « Une musque de Biscaye » s'appuie sur la mélodie d'une chanson populaire anonyme d'origine basque (''une fille du pays basque''), peut-être répandue par des pèlerins se rendant à Saint Jacques de Compostelle. Le sujet est de nouveau profane, voire ''gaillard'', s'agissant d'une chanson de séduction, ce qui est commun dans le répertoire polyphonique de l'époque. On y remarque un Credo très développé et un Sanctus envoûtant aux délicats contrastes jusqu'à une fin jubilatoire. Bien qu'il s'agisse certainement d'une œuvre de jeunesse, le style de Josquin Desprez s'y affirme pleinement, en particulier dans l'utilisation du contrepoint dominé par le principe de l'imitation, alternant avec des séquences de voix se répondant deux à deux. L'inventivité avec laquelle le musicien utilise le matériau d'origine confère à la pièce un caractère souvent enlevé. 

La jeune chef Juliette de Massy, elle-même soprano, dirige un chœur de 9 voix composé de trois chanteurs de l'ensemble Métamorphoses (soprano, contre-ténor, basse) et de 6 jeunes chanteurs de l'ensemble Biscantor ! (alto, haute-contre, trois ténors, basse). Les premiers sont des professionnels rompus à l'interprétation des chefs-d'œuvre du répertoire a cappella, les seconds de jeunes chanteurs polyphonistes de talent destinés à former les élites de demain de ce répertoire. Un mélange permettant de restituer les tessitures variées, de travailler particulièrement certains thèmes et de donner toute leur valeur aux longues phrases, chantées d'un seul tenant sans respiration. Le résultat est saisissant. On admire la beauté de ces voix claires, ductiles, traitées comme des instruments, la rigueur d'émission, la souplesse du cantabile. Comme la science du contraste entre les pianissimos d'une douce résonance, notamment des voix graves, et les éclats d'une puissance maîtrisée, empreints de clarté solaire. 

L'enregistrement, dans une église de Lozère, est justement aéré, sans réverbération excessive, pour une image sonore claire et immédiate. 

Texte de Jean-Pierre Robert


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