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CD : « Les Boys » joués par les Girls de Jatekok

CD les boys

« Les Boys ». Francis Poulenc : Sonate pour deux pianos. Élégie pour deux pianos. Baptiste Trotignon : Trois pièces pour deux pianos. Dave Brubeck : Points on jazz for two pianos
Duo Jatekok (Adélaïde Panaget, Naïri Badal), pianos
1CD Alpha : Alpha 388 (Distribution : Outhere Music)
Durée du CD : 65'22
Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile orange (5/5)

Incontestablement un CD original ! Le duo Jatekok, qui s'est déjà taillé un beau succès au disque depuis ses débuts en 2007, rend hommage aux fameux duettistes des années 40 Arthur Gold et Robert Fizdale. Surnommés « Les Boys », ils ont contribué à installer le duo de piano comme une formation à part entière. Leur célébrité fut telle qu'ils suscitèrent de nombreuses compositions, des deux côtés de l'Atlantique. Ainsi le présent programme présente-t-il des pièces que leur dédia Poulenc, et une du pianiste américain Dave Brubeck. Clin d'œil à l'ouverture sur l'actualité qui caractérisait « Les Boys », les Jatekok ajoutent une pièce du français Baptiste Trotignon.

Comme Germaine Tailleferre, Georges Auric ou Darius Milhaud, Francis Poulenc, enthousiasmé par le jeu des deux américains, décide d'écrire pour eux. Répondant à leur commande. Ce sera la Sonate pour deux pianos qu'ils créeront à Londres en 1953. Elle « présente la gravité d'un quatuor à cordes », selon l'auteur. Bâtie librement en quatre mouvements, l'inspiration y est avant tout mélodique et croise un mélange de légèreté et de sérieux. Le Prologue introduit un thème serein lui-même dédoublé par un second en progression rythmique. L'allegro molto est un scherzo enjoué à la démarche saccadée qui fait place à un épisode central « extraordinairement paisible ». Cœur de l'ouvrage, l'Andante lirico, « un élan lyrique et profond », progresse en intensité par paliers, traversé de plages d'une douce ferveur, qui font penser aux Dialogues des Carmélites, alors en chantier. L'Épilogue gracioso récapitule les trois sections précédentes et la coda est un modèle d'esprit. L'Élégie pour deux pianos en accords alternés, également écrite pour Les Boys en 1959, associe lyrisme et subtilité d'écriture. « Jouez-moi cette élégie comme une improvisation, un cigare aux lèvres et un verre de cognac sur le piano », leur demandait-il ! Inutile de dire que ces dames de Jatekok l'entendent de cette oreille. Leur lecture des deux œuvres est un winner !

Les Trois Pièces pour deux pianos de Baptiste Trotignon (*1974) livrent quelques clins d'œil savoureux puisque dédiées à Francis Poulenc (II), John Adams (I) et Martha Argerich (III). La « Passacaille » reprend la manière minimaliste du compositeur américain, « Élégie » s'inspire librement de la pièce de Poulenc. Quant à « Moteur », son côté irrévérencieux – une citation fugace de la sonate « Waldstein » de Beethoven - se double d'un salut à une grande virtuose du clavier, outre une touche de jazz. Ces trois vignettes emplies d'énergie et de joie de vivre reçoivent une interprétation éblouissante.

La dernière partie du programme propose une rareté : Points on Jazz for two pianos de Dave Brubeck (1920-2012) : une pièce écrite sur le coin d'une table dans les années 1950 par une légende de la scène américaine, élève de Milhaud. Neuf morceaux entre jazz et classique, entre salle de concert et bar enfumé, proches ou indissociables de l'improvisation. Ce qu'illustre déjà le « Prélude » où l'on est d'emblée conquis par cet irrésistible mélange. Et est décliné au long des morceaux suivants : « Scherzo », gouailleur et bien balancé, « Blues », plus vrai que vrai, d'abord carillonnant dans l'aigu des instruments, puis virant à une section ostinato croissant et décroissant, « Fugue » qui respecte le canon formel en l'enrobant dans un contexte jazzy, « Rag » surenchérissant en énergiques scansions, « Chorale » apportant le répit avec un regard tourné vers Bach, « Waltz » fort chaloupée, enfin « A la Turk », magistral épilogue qui swingue, feu d'artifice de rythmes enivrants.

Cela doit être une fête à jouer et les ''Girls'' de Jatekok s'en donnent à cœur joie. Comme au fil de toutes ces pièces. Elles déploient une vitalité à toute épreuve, une verve communicative, une science de la couleur, et une sidérante adéquation à des idiomes aussi divers que ceux de Poulenc et des tunes jazzy

L'enregistrement des deux Yahama dans la Maladrerie Saint-Lazare de Beauvais, belle structure à la charpente en bois, est clair et ouvert, offrant une image bien centrée.

Jean-Pierre Robert  

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Mots-clés: Jatekok

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