CD : Le violon de Proust

CD Le Violon de Proust 700x700

César Franck : Sonate pour violon et piano en la majeur. Reynaldo Hahn : Sonate pour violon et piano en Ut majeur. Camille Saint-Saëns : Sonate pour violon et piano N° 1 en ré mineur op. 75
Gabriel Tchalik, violon, Dania Tchalik, piano
1 CD Evidence classic : EVCD036 (Distribution : PIAS)
Durée du CD : 73'44.
Note technique : etoile orangeetoile orangeetoile orangeetoile griseetoile grise (3/5)

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Un propos littéraire entoure ce CD, emprunté à Marcel Proust, féru de musique : est-il possible de donner une réalité à la Sonate de Vinteuil et sa fameuse « petite phrase » ? Cette sonate imaginée dont il est tant question dans À la recherche du temps perdu, idéalisation esthétique, évoque peut-être la 1ère Sonate de Saint-Saëns ou la Sonate de Franck. Voire celle de Reynaldo Hahn dont on sait combien Proust était proche. Dès lors, réunir ces trois pièces fait sens. Les personnages du roman peuvent s'approprier ce mot de leur créateur : « le piano et le violon gémissent comme deux oiseaux qui se répondent ».

Passée la pertinence du propos, la Sonate de Franck (1886) parait bien sage entre les mains des frères Tchalik. Certes, on se délecte du mélodisme aisé et apparemment sans limite dont le compositeur gratifie ses auditeurs, si bien mis en exergue par le principe cyclique qui amine toute l'œuvre, et de la sinueuse manière des interprètes. Mais la sonorité du violon de Gabriel Tchalik n'est pas toujours des plus flatteuses, plus terrienne que solaire. Son instrument moderne n'a pas la couleur d'un strad. La Sonate N° 1 de Saint-Saëns (1885) est d'une lecture plus convaincante, en particulier à l'Allegro agitato initial où règne presque une certaine fébrilité. Le thème de l'adagio s'enroule sur lui-même et délivre quelques moments de grâce. L'allegretto moderato, sorte de scherzo, virevolte plaisamment et la section centrale déploie un lyrisme tout aussi séduisant. Le finale se vit comme un mouvement perpétuel, preste et aérien, tout en étant savamment construit. Une légère accélération du tempo sied bien à la conclusion virtuose. L'intérêt du disque réside surtout dans la Sonate de Reynaldo Hahn, où l'on savoure le solide métier du musicien qui sait faire son miel de ce qui est en l'occurrence musique pure, bien loin de la frivolité de la comédie musicale. Créée en 1926, elle s'inscrit dans le droit fil de la composition de Franck ou des Sonates de Fauré ou de Debussy. L'empathie des présents interprètes pour son idiome est bien réelle et on apprécie le charme français et la subtilité d'un premier mouvement « Sans lenteur, tendrement », limpide pour une conversation aimable, puis un ludique « Véloce », évoquant dans sa fantaisie motorique quelque bolide, comme Pacific 231 de Honegger, le mugissement de la locomotive. L'idée de conclure par le mouvement lent (« Modéré, très à l'aise ») est originale : une lumineuse cantilène à la fois discrètement expressive et charpentée, que ne renierait pas César Franck. N'est-on pas ici dans les pas de la sonate proustienne ? Les deux interprètes sont là à leur meilleur.

L'image sonore est bien centrée mais le violon est saisi de trop près et dans une atmosphère sèche, ce qui fausse la perspective.

Texte de Jean-Pierre Robert  

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Mots-clés: Reynaldo Hahn

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