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CD : Concerti grossi de Corelli

Corelli Concerti grossi

  • Arcangelo Corelli : Concertos grossos op. 6, Nos 1, 2, 3, 4, 5 & 7
  • Sonfonia Santa Beatrice d'Este
  • Freiburger Barockorchester, dir. Gottfried von der Goltz
  • 1 CD Aparté : AP 190 ( Distribution PIAS)
  • Durée du CD : 70 min
  • Note technique : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile bleue (5/5)

Au sein de l'unique production instrumentale d'Arcangelo Corelli, marquée par la modestie des compositions, comparées à celles de Vivaldi par exemple, et un souci d'extrême perfection, le genre du concerto grosso occupe une place particulière avec l'op.6, sa dernière grande œuvre. Le Freiburger Barockorchester et Gottfried von der Goltz en ont choisi une sélection significative et offrent une interprétation passionnante de musicalité. 

Les concertos grossos de l'opus 6, qui datent de la dernière période créatrice de Corelli et ont été publiés de manière posthume en 1714, sont un des sommets du genre du concerto grosso. Ce célèbre violoniste a ici couché sur le papier des miniatures, chaque pièce ne dépassant guère les dix minutes, d'une rare perfection de facture. La distinction habituelle du genre entre formes de la ''sonata di camera'' ou suite française de danses, et de la ''sonata du chiesa'' qui offre une succession de mouvements partagés ente vif et lent, est en l'occurrence dépassée. En effet, des 12 concertos que compte l'œuvre, les huit premiers, dont ceux auxquels il est ici puisé, et appartenant au second type, présentent en fait un mélange entre les deux formes : bien des mouvements de chacun se référant à la danse, même si les appellations ne sont pas spécifiquement indiquées. Ces œuvres sont taillées sur un même modèle, offrant d'une part un concertino de deux violons et d'un violoncelle, d'autre part, un tutti ou ''ripieno'' des autres instruments, lui-même divisé en deux ensembles se répondant comme en miroir. Ainsi du N°1 qui débute comme un concerto de violon et dont le finale est marqué par un vif dialogue entre les violons. Le N°2 se réfère encore plus à la suite de danse, en commençant par une gavotte, autrement dit une danse un peu rapide qui bascule dans une section adagio, puis une autre Vivace et enfin un Largo. On a là le schéma caractéristique d'un mouvement de concerto de Corelli, qui fait se succéder des tempos se modifiant en un tournemain. Le finale est on ne peut plus enlevé, façon ritournelle. Le N°3 déroule lui aussi les divers mouvements de la suite de danse, et finit par une allemande marquée Vivace et une Gigue débordant d'énergie. 

Le Quatrième, en seulement quatre mouvements, se signale par une première section plus que vive, presque boulée, suivie d'une cantilène doucement rythmée. Plus tard, le finale donne dans une course poursuite à l'arraché. Dans le N°5, les mouvements sur le versant rapide dominent, même si les passages adagio ne sont pas négligeables. Comme à la vertigineuse ritournelle concluant le 1er mouvement, tourbillonnante. Avec le N°7, c'est le grandiose qui l'emporte : le spectre sonore est soudain plus large avec des cuivres vaillants jouant en écho, dans une manière décidément bien française. Le concertino des cordes se détache agréablement d'un tutti ritornello brillant. On note aussi une fugue introduite par la trompette ! Plutôt que le sixième concerto, omis ici, on a inclus une autre pièce : la Sinfonia dite « Santa Beatrice d'Este ». Ses cinq mouvements sur le schéma lent-vif-lent-lent-vif mettent bien en valeur l'échange entre concertino et ripieno et ce dispositif en miroir qui fait tout le sel des morceaux de l'opus 6.

L'interprétation du Freiburger Barockorchester sous la direction de Gottfried von der Goltz s'inscrit dans la démarche dite historiquement informée. Goltz a reconstitué les parties manquantes de certaines pièces et, à un orchestre exclusivement dévolu aux cordes, a ajouté des vents, bois et même cuivres, ainsi qu'une harpe. Une décision audacieuse qui apporte une couleur particulière à ces pièces et accentue leur diversité, tout en rehaussant leur théâtralité. L'ensemble fribourgeois dont on ne saurait trop clamer les louanges, offre des exécutions d'un souverain fini instrumental. À l'image des deux violons solos de Gottfried Goltz et de Petra Müllejans, et d'une grande cohésion, outre un achalandage dynamique particulièrement étudié pour notamment des pianissimos évanescents de fin de phrase. Enfin un jeu qu'on peut qualifier de communicatif.

L'enregistrement, dans la salle de l'ensemble à Fribourg, par Nicolas Bartholomée, se signale par l'équilibre parfait entre concertino et tutti. L'image sonore ménage plusieurs plans, gauche-droite, avant-arrière, dans un relief saisissant, et un beau contraste entre climats chambristes et plus aérés. Une prise de son ''musicale'' parachevant la démarche musicologique originale à laquelle ce disque nous convie. 

Texte de Jean-Pierre Robert  

Disponible sur Amazon en CD et MP3


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